AUDITEUR

Claude Lambert

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Un beau portrait d'époque

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Évalué le: 2020-02-19

Voici la suite d'une chronique que j'ai dévorée avidement. Notez que je n'ai pas lu le tome 1 mais ça n'a aucunement nui à ma compréhension de l'histoire qui tourne toujours autour de Marjolaine et de Philippe. Nous sommes au printemps 1980, le couple vient d'hériter d'une maison sur l'Île Verte, qui existe vraiment, dans l'estuaire du Bas-Saint-Laurent dans la région de Rivière-Du-Loup. L'île abrite le plus ancien phare du Saint-Laurent qui en compte 43. Le phare de l'Île Verte est classé monument historique. Ainsi débute pour Marjolaine et Philippe une nouvelle aventure avec son lot d'évènements et d'émotions. Le couple y exploitera un gîte touristique et différents personnages vont graviter dans leur vie quotidienne dont Paul, le père de Marjolaine, Sophie, la sœur de Marjolaine qui débarque sur l'île sans s'annoncer après cinq ans d'absence et qui a, apparemment beaucoup à se faire pardonner, Marc-André et Marie-Laure, père d'un enfant dont personne sur l'île ne comprend le comportement. Jules est autiste. Et enfin, je citerai Adrien, un vieux grognon avec le cœur sur la main. À cette brochette de personnages s'ajoutent d'autres insulaires qui viennent enrichir, au fil de l'histoire, le quotidien de Philippe et Marjolaine.

Ce récit m'a séduit pour plusieurs raisons. Tous les personnages de l'histoire ont été bien travaillés et développés. L'auteure les a gratifié d'une personnalité attachante. Ils ne sont pas tous commodes mais personne n'est méchant. Ça met juste un peu de piment. Ensuite, si je fusionne la beauté de l'écriture avec l'ardeur narrative de Marie-Hélène Fortin, cela donne un récit qui m'a fait sortir du temps...qui m'a fait oublier le temps qui passe. En disant cela, j'évoque surtout les émotions véhiculées dans le récit. Par exemple, le passage où un enfant est enseveli par la neige suite à l'effondrement d'igloo qu'il s'était construit m'a fait vibrer. J'ai ressenti une forte empathie. J'ai eu peur. Je pourrais aussi parler de Benoit, l'infirmier nouvellement arrivé sur l'île qui a dû s'improviser accoucheur par la force des choses. Cela a donné lieu à des moments de grande intensité. Donc le récit est remarquable pour l'émotion qui s'en dégage. La plume de France Lorrain est aussi très descriptive. Tellement qu'elle m'a donné le goût de visiter l'Île Verte.

Enfin, je dirai que j'ai été surpris par la qualité du récit en tant que portrait d'une époque, le Québec des années 1980 qui est très bien illustré malgré l'absence de certains thèmes qui auraient amené des petites chicanes comme toutes les familles du Québec en ont connu, au sujet de la politique par exemple, le référendum de 1980 ou de la forte rivalité entre les Canadiens et les Nordiques. C'est un peu dommage. Les sujets qui tiraillaient les familles québécoises à l'époque ont été occultés ou tout au moins sous-développé. C'est bien le seul petit reproche que je peux faire à l'oeuvre de France Lorrain. Sinon, nous avons ici une belle histoire dans laquelle les drames chevauchent les p'tits bonheurs et la toute fin du récit annonce une suite prometteuse je crois. Je recommande donc AU CHANT DES MARÉES, une belle saga...un dessert littéraire à écouter..

Les dieux qui se meurent

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Histoire
3 out of 5 stars

Évalué le: 2020-02-10

C'est un ouvrage qui s'ajoute à une imposante bibliothèque essentiellement consacrée au cycle arthurien. J'ai lu plusieurs des livres consacrés au Haut-Roi Arthur et à la Table Ronde, le meilleur, à mon avis, étant LE CYLE DU GRAAL de Jean Markale. Le livre que je viens d'écouter est sans doute le plus sombre des récits du cycle arthurien portés à mon attention et pour cette raison, j'ai été un peu déçu. La hardiesse, le courage, les prouesses, les quêtes audacieuses et la chevalerie ont été mis de côté au profit des intrigues de cour, complots, trahison, infidélité, amours illégitimes, triangle amoureux, inceste et manoeuvres politiques. Il y a un net déséquilibre entre les périls qui menacent le royaume de Bretagne et les aspects fiers et merveilleux de la Chevalerie. On y apprend ce qu'on sait déjà : d'abord Guenièvre, symbole très actuel je dirais d'intolérance religieuse, précipitera la chute du royaume. Elle causera autant de tort que la légendaire Hélène de TROIE évoquée par Homère. On apprend surtout, encore là comme nous l'a appris Homère, que lorsqu'on cesse de croire aux Dieux, ils n'existent plus. Ça, c'est l'aspect le plus intéressant de ce récit en deux volets de Marion Zimmer-Bradley.

Dans ce livre, on voit comment la grande déesse d'Avalon, symbole intransigeant d'équilibre religieux disparaît graduellement au profit du Dieu unique des Chrétiens. C'est une force du livre exploitée très graduellement et avec une grande justesse et qui justifie amplement le titre du deuxième tome. Pour le reste, peut-être suis-je trop imprégné de l'oeuvre de Markale, mais j'ai été déçu. La Table Ronde m'a semblé occultée, Il me semble aussi que Merlin avait un rôle plutôt secondaire. La haine de Mordred pour Arthur s'est manifestée comme un diable sorti d'une boîte. Pas beaucoup de détails non plus sur la quête du Graal. Peu ou pas de détails sur la guerre évoquée à la fin du cycle et la bataille entre Arthur et son fils a été carrément bâclée. Bref, la fin est manquante, ce que je n'ai jamais vu dans aucune version écrite.

Dans l'ensemble, c'est bien écrit mais l'histoire est sous-développée. Avant d'entreprendre l'audition du livre, il faut se rappeler que la légende arthurienne a été revisitée donnant un rôle accru à l'île mythique d'Avalon, aussi inutile que nuisible dans le développement de la Bretagne, ainsi qu'aux intrigues et manigances de cour. Ce choix a malheureusement mis de côté le caractère féérique, majestueux et merveilleux du cycle arthurien avec ses valeureux chevaliers portés à la défense des opprimés et du bon droit. Ce n'est pas mauvais en soi. Que le livre soit porté surtout sur la politique, les exactions et la stupidité religieuse pourrait rejoindre une grande quantité de lecteurs et d'auditeurs et j'en profite pour mentionner ici que, sans être un chef d'oeuvre, la performance narrative de Bénédicte Charton est fort satisfaisante. Je suis déçu du manque d'équilibre dans le récit. Au moins j'ai beaucoup apprécié le développement et l'évolution de la transition religieuse dans le récit.

petite leçon de tolérance

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4 out of 5 stars
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Histoire
5 out of 5 stars

Évalué le: 2020-01-22

Voici un brillant petit opus imaginé par un écrivain passionné, Marc Thil, véritable homme-orchestre qui a écrit l'histoire, en a fait la narration et a même fait l'accompagnement musical. Marc Thil adore écrire pour les enfants, ça m'a paru très évident dans cette mignonne petite histoire dont les héros sont des enfants. Arthur, Fred et Lisa croisent un chien qui semble perdu. Ils décident d'amener le chien avec eux et d'entreprendre une recherche pour trouver son propriétaire. En principe, ça devait être facile en publiant une simple annonce mais les enfants ont eu une petite surprise. Pendant leur enquête, les enfants ont rencontré une petite fille appelée Julie, affligée par un handicap qui lui déforme le dos. Julie aurait un lien avec ce chien appelé Gribouille. Ce petit mystère sera résolu par des enfants décidés à se mettre en mode solution.

Pour des observateurs littéraires, le défi dans ce genre d'écoute est d'essayer le plus possible de se mettre dans la peau des enfants à partir de 7 afin de comprendre leur logique d'enfant et leur perception des difficultés qu'ils peuvent vivre. Ce n'est pas toujours facile quand cette espèce de pureté est loin en arrière de nous. Mais j'ai aimé ce que j'ai entendu et j'ai apprécié la qualité d'approche des enfants par l'auteur ainsi que les petites matières à réflexion amenées tout en douceur: une vertu qui manque cruellement à notre Société, la tolérance, l'acceptation des différences, sans oublier les bienfaits de la zoothérapie et un des plus belles valeurs apportées par la vie : l'amitié. Ce n'est pas moralisant. L'auteur ouvre une porte que les enfants n'ont qu'à ouvrir pour faire un pas de plus dans leur apprentissage.

La seule chose qui m'a agacé dans l'ensemble est la narration. Je l'ai trouvé très déclamée même pour des enfants. Je ne suis pas sûr toutefois que ce soit un obstacle significatif pour les enfants. L'audition de cette histoire me conforte dans l'idée que le livre audio est un moyen très intéressant d'introduire les enfants dans le monde de la lecture car à 7, 8, 9 ans et plus même, les jeunes sont encore liés à la communication orale. La bibliothèque audio n'a de cesse de s'enrichir afin de desservir une nouvelle génération de lecteurs dans laquelle pourraient se trouver aussi de futurs auteurs. Je n'hésite donc pas à recommander HISTOIRE DU CHIEN GRIBOUILLE.

Risque élevé d'addiction

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Évalué le: 2020-01-21

L'ÉGARÉE est un thriller psychologique de forte intensité, noir et complexe. Quoiqu'audible indépendamment, je considère préférable d'avoir lu ou écouté les deux premiers tomes pour saisir toute la portée de l'histoire et sa mécanique littéraire...une façon de dire que je me suis senti manipulé par l'auteur pour ne pas dire en bon québécois qu'il a joué sur mes nerfs. Dès le départ, il ne faudra pas mettre en doute l'habileté de l'auteur à nous faire frissonner et nous faire égarer dans nos sentiments. Il faut donc rester attentif. Quinze ans après sa disparition alors qu'elle n'avait que treize ans, une jeune fille, Samantha Andretti est retrouvée sur le bord d'une route, une jambe brisée. Elle venait apparemment de s'échapper du labyrinthe, un endroit sinistre où elle était séquestrée par un psychopathe. La police enquête mais parallèlement, les parents de Samantha engagent un détective privé, Bruno Genko, chargé d'aller au bout de ses affaires, un homme opiniâtre que la médecine a déjà condamné à mort par arrêt spontané du cœur pouvant se produire à tout moment. Genko est un personnage fascinant qui marche vers la mort d'une façon ou d'une autre.

C'est un roman très fort qui garde sous tension pendant toute la durée de la narration. En fait, c'est une des intrigues les plus tordues qu'il m'a été donné de lire ou d'entendre. Suivez spécialement les dialogues entre Samantha et le psychiatre qui la suit, le docteur Green. Vous pourriez réaliser comme moi que tout peut n'être qu'apparence dans ce thriller dont le poids psychologique nous saisit comme un long choc électrique. *Quand je parle de danger, je veux dire qu'il est capable d'une méchanceté que ni toi ni moi ne pouvons imaginer... Green l'a qualifié de « sadique virtuose.* (extrait) Les personnages sont particulièrement bien travaillés et le profil psychologique du psychopathe secoue l'auditeur/lecteur tellement il est dérangeant. La corde est sensible en effet parce que les victimes visées sont des enfants et pour ce psychopathe sans âme il est moins important de tuer que de transformer. Vous pouvez faire tous les pronostics que vous voulez pour trouver qui est le tueur, l'auteur les détournera un par un jusqu'à la grande finale qui m'a laissé pantois et qui démontre que l'auteur du chuchoteur, qui a créé Mila Vasquez est un maître, rien de moins.

C'est une audition qui ébranle à plusieurs égards. Les détournements de situation et les nombreux rebondissements obligent l'auditeur à rester alerte. Il y a aussi de nombreux passages rien de moins qu'hallucinants. Je veux aussi noter au passage qu'Antoine Tomé s'est laissé aller à un chef d'oeuvre de narration. Il a fortement contribué à mon addiction avec une maîtrise vocale traductrice de sentiments et d'émotions. Une performance impeccable. Je crois que ce livre vous fera passer un bon moment. Le fil conducteur est un peu instable. On a l'impression que parfois l'intrigue prend plusieurs directions. Cela se produit souvent dans les thrillers de ce calibre. Mais au risque de vous laisser mener par le bout du nez par un auteur doué, laissez-vous aller...vous aimerez je crois.

fait pour être entendu

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4 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Évalué le: 2020-01-16

L'histoire est intéressante. Elle est un peu abracadabrante, quelque peu prévisible mais elle est brillamment racontée. Voici donc l'histoire de Laurent Volter, humble vendeur de canapés dans un magasin de meubles dirigé par un mufle. C'est un homme simple, pas très adroit en amour, aime et pratique le jogging et il a une passion: il écrit des thrillers. Lui considère que ses histoires sont géniales et haletantes mais disons que le succès est plutôt discret. Un jour, un avocat très huppé offre à Volter d'écrire la biographie d'un de ses plus prestigieux clients: Max Tonnet, condamné à 20 ans de prison pour meurtre. L'écrivain vendeur de canapés accepte l'offre. En débutant ses démarches, Laurent s'aperçoit que quelque chose cloche. Ce qui, au départ, devait se limiter à des recherches pour la rédaction d'une biographie devient une véritable enquête qui fera vivre à Laurent Volter les huit semaines les plus folles et les plus improbables de sa vie, suffisamment en tout cas pour donner une toute nouvelle impulsion à ses thrillers. Ici, Laurent joue sa vie pour faire triompher sa conviction. Il vit un thriller...rien de moins.

Il y a beaucoup de garniture dans cette histoire et un peu de confusion. Le début est sensiblement chaotique. C'est un peu long pour embarquer dans l'histoire mais une fois accroché au fil conducteur qui est assez solide, les auditeurs et auditrices peuvent suivre une histoire peut-être un peu tirée par les cheveux mais avec un rythme relativement élevé et un développement constant. L'histoire est simple. Il est facile de la suivre. J'ai trouvé aussi l'idée d'imbriquer la notion de thriller dans l'histoire originale car elle laisse à penser que le vécu d'un auteur vient compléter l'imagination et à la rigueur, l'intuition. Les personnages dans l'ensemble sont assez superficiels. Celui de l'avocat frôle un peu la caricature. Par contre, Laurent Volter est un personnage bien travaillé et je me suis surpris, comme auditeur, à le trouver attachant et amical.

Comme cela se produit occasionnellement dans l'univers du livre audio, la narration est la principale force de cette œuvre de Colize. Pierre Rochefort a réussi à mettre en valeur ce livre en mettant de côté ses petits travers. Un bon narrateur est le plus précieux allié qu'un auteur puisse trouver. Dans ce cas-ci. Pierre Rochefort déploie une véritable <voix-orchestre>. Si certains personnages sont plus grands que nature comme Max Tonnet par exemple, ou mieux encore, l'avocat qui est particulièrement haut-perché, Rochefort a un registre vocal précis et spécifique pour chacun des principaux personnages. Sa prestation est parfaite. Ce livre n'est pas une trouvaille littéraire que je qualifierais de géniale mais mes sentiments penchent en sa faveur.

du sang sans bon sens

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4 out of 5 stars
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Histoire
3 out of 5 stars

Évalué le: 2020-01-09

MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE aurait pu s'intituler <journal d'un vampire>. En effet, dans ce récit, un vampire, transformé dans son adolescence se raconte...son visage est d'ailleurs marqué par une éternelle jeunesse. Son nom est Joey Peacok. C'est le narrateur et il nous entraîne dans les basses fosses de New-York, c'est-à-dire les égouts qui constituent sa résidence et qui le protègent de la lumière et qui lui permettent de remonter à la surface ponctuellement afin de se nourrir. Il raconte comment il arrive à charmer les humains avant de s'en nourrir en tuant le moins possible car, faut-il le préciser, Joey a des états d'âme. On trouve dans le récit beaucoup des clichés courants sur les vampires, mais Joey profite du <micro> pour en démonter quelques-uns comme le fameux crucifix par exemple. En effet, celui-ci fonctionne si le vampire y croit, sinon il devient aussi utile qu'un fusil à l'eau. Joey nous raconte et nous explique les mœurs des vampires, leur langage, leurs manies. Un jour, de nouveaux arrivants menacent la petite communauté vampirique des sous-sols new-yorkais: des enfants, de véritables monstres, petits tueurs impitoyables aux appétits illimités. Le récit devient alors glauque, macabre, terrorisant et pourrait bien générer chez certains auditeurs sensibles de sérieux frissons.

Première observation, malgré un ton monocorde, j'ai senti que le narrateur s'adressait à moi. Il me raconte son monde. Je sens parfois la conviction mais en général le ton est détaché et froid ce qui est peut-être normal quand on pense qu'ici, c'est un vampire qui s'exprime. Malheureusement, l'histoire n'est pas facile à suivre. Le fil conducteur est instable et prend toutes sortes de directions. J'en ai perdu des bouts je l'admets. Dans ce récit, il y a peu d'action. L'histoire génère un peu d'émotion quand on y explique avec des détails parfois croustillants la cruauté des enfants. Mais je m'attendais à plus d'action, un caractère plus soutenu dans le développement du récit, un rythme plus élevé ou tout au moins un peu plus nerveux. Au début, c'est prometteur mais au final, le sujet m'a semblé sous-développé. Et puisque je parle de finale, je dois vous dire que je l'ai trouvé bizarre, peu claire. Je n'ai pas vraiment compris où l'auteur voulait en venir. J'aurais souhaité quelque chose de plus précis sur le sort des enfants et les effets sur la communauté de vampires.

Je suis sorti de cette audition un peu déçu. Sur le plan littéraire, si vous ne gagnez pas l'auditeur ou le lecteur dans les cinquante premières pages, il devient très difficile de le gagner pour l'ensemble de l’œuvre. La première moitié du récit justifie le titre : des mémoires imbriqués sans suite. Dans la deuxième partie, l'écriture est plus limpide mais nous dirige vers une finale étrange. La première idée qui m'en est venue se résume à ces mots: C'est n'importe quoi. Je veux quand même terminer sur certains points positifs : entendons-nous, il n'est pas question ici de <gentils vampires> mais la sincérité de Joey m'a semblé évidente et la narration de Pierre Rochefort est conforme au genre. Il y a dans l'histoire de bonnes idées, entre autres sur les mœurs vampiriques. La plume est directe, le sang coule à flot, beaucoup vont apprécier sans doute. Plusieurs passages sont très durs. Amis auditeurs et auditrices, la balle est dans votre camp.

De quoi se reconnaître

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3 out of 5 stars
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3 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Évalué le: 2019-12-30

RUE PRINCIPALE, été 1966 est une chronique qui raconte le quotidien de la famille Thibault: le père, Pascal, médecin dévoué à sa famille et à ses patients, la maman, Simone, une femme forte mais qui n'arrive qu'à surnager parfois avec ses cinq filles, dont une rebelle redoutable qui cause bien des soucis, Martine. Il ne faut pas oublier la bonne, Françoise, de l'or en barre qui est devenue indispensable à Simone. J'ajoute à cette belle distribution, Alice, personnage aussi redoutable, incontournable et tyrannique. Alice est la mère de Pascal, la grand-maman tornade et la belle-mère de Simone. Même Pascal évite sa mère. D'ailleurs l'histoire débute sur un conflit de cuisine particulièrement intéressant qui obligera Simone à mettre ses culottes devant l'horrible mégère. Il y a dans l'histoire certains personnages de second plan qui sont passionnants à suivre : Rémi, le frère de Pascal. Rémi est aussi éloigné de son frère que le nord l'est du sud. Il y a François, son autre frère et Thierry, un ado qui a un faible pour une des filles Thibault: Christine. Et le bon docteur lui, voit en Thierry le fils qu'il n'a jamais eu.

Voilà donc comment se met en place cette saga d'époque particulièrement bien documentée et recherchée car il s'en dégage toute l'atmosphère des années 1960 au Québec, C'est une époque qui ne connait pas la famille éclatée. Le divorce est classé au rang des scandales et les tares familiales sont scrupuleusement camouflées. Relativement au portrait social, je n'ai trouvé qu'une petite faiblesse : l'absence de la religion. À une époque où l'Église avait la main haute sur la Société québécoise, je crois que l'auteure aurait dû inclure cette réalité dans l'oeuvre ainsi que la réalité de signes évidents de la révolution tranquille. Sinon, c'est un très bon roman. La plume est forte, expressive. Les personnages sont attachants malgré le caractère stéréotypé de certains comme la belle-mère par exemple. Il y a aussi des personnages plus grands que nature, je pense à une voisine qui a un sale caractère, l'acariâtre Rachel. L'auteure a cette capacité de faire rire le lecteur avec ses personnages, de le faire pleurer et même d'anticiper le futur immédiat de cette famille et d'avoir, malgré tout, la surprise de dénouements inattendus.

Rosette Laberge a dû travailler fort pour me convaincre de la crédibilité de son œuvre, la narratrice ayant peu contribué à la mettre en valeur. Émilie est sûrement une bonne narratrice mais pour ce genre d'histoire, ça prend autre chose. La narration de RUE PRINCIPALE manque de conviction et elle est parfois déclamée comme si on lisait l'histoire à des enfants. En général, le registre vocal est sous-exploité. Le pouvoir attractif de l'auteure m'a grandement aidé à surmonté cette difficulté mais ce pouvoir n'est peut-être pas le même pour tout le monde. Je suis mitigé sur la version audio, mais je recommande l’œuvre sans hésiter. Je l'ai beaucoup appréciée d'autant qu'elle se termine sur un drame qui met tout en place pour la suite: RUE PRINCIPALE HIVER 1967 qui réserve à la famille Thibault bien des épreuves et aux lecteurs-lectrices bien des émotions et qui permettra encore, aux baby-boomers en particulier de se reconnaître et de plonger au cœur de la rue Principale.

un chef d'oeuvre amputé

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4 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Évalué le: 2019-12-23

C’est vrai, c'est peut-être un peu gros comme titre, mais ça évoque ma seule déception relativement à cette œuvre. Elle est incomplète. Il manque le livre troisième qui fait l'objet d'une narration à part chez Audible. Je n'ai pas compris ce choix de l'éditeur et je ne vous le cache pas, ça m'a irrité. Sinon, nous avons affaire ici à une œuvre culte de la science-fiction, un des romans les plus vendus dans le monde. Voyons d'abord les principaux éléments que les premiers livres mettent en place en vue de la longue saga DUNE : L'empereur Padisha Shadam IV confie au duc Leto la gestion de la planète Dune, une planète de sable occupée par les framens et qui produit l'épice, un mélange addictif convoité dans tout l'univers et pour lequel on tue, on guerroie, on complote sans compter l'obligation d'affronter des vers énormes qui peuvent atteindre 400 à 600 mètres de longueur et qui dévastent tout sur leur passage y compris les usines d'extraction d'épice qui sont littéralement englouties. Pour la protection du système, Leto a besoin des Framens qui ne rêvent que de l'arrivée du prophète...l'élu qui changera le cours de l'histoire.

Or, les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent un programme millénaire de sélection génétique qui concrétisera tous les dons latents de l'espèce. Toutefois, les risques de dérapages sont sérieux. C'est ici qu'entre en scène Paul Atréïde, le fils de Leto, qui, par des dons très spéciaux qui commencent à se manifester, donne à penser qu'il pourrait être l'élu. Suite à une trahison, Leto meurt. Paul Atrïde, baptisé Muad'Dib par les Framens, hérite d'un univers dont il prendra le contrôle avec un redoutable savoir-faire ouvrant ainsi la voie au trône impérial. Évidemment, c'est résumé succinctement, mais au final, DUNE raconte un colossal Jihad qui bouleversera une galaxie entière. En écoutant l'excellente narration de Benjamin Jungers, je n'ai pu faire autrement que de revivre presque scène par scène la surprenant adaptation cinématographique signée David Lynch en 1984 dans lequel figure un de mes acteurs préférés, Max Von Sydow, sans oublier Sting. Le travail du narrateur Jungers m'a plongé dans cet univers extraordinaire et a mis en valeur le caractère immersif du roman.

Ce livre est un chef d’œuvre, un immortel. Son pouvoir descriptif atteint par moment la poésie. Il a aussi un petit côté environnemental qui n'est pas sans rejoindre les préoccupations humaines actuelles. L'oeuvre nous introduit presque à un cours de science politique et de diplomatie mais elle nous amène aussi à découvrir le mysticisme qui confirme la nature initiatique du récit. L'écoute de ce classique m'a fait vibrer pour ne pas dire qu'il m'a marqué car non seulement comporte-t-il une vision du futur où il faudra forcément croire à l'immatériel mais il comporte une vision de la vie. Dune pourrait être une quête du sens de la vie. Ce n'est pas toujours simple car le fil conducteur de l'histoire est parfois instable et prend plusieurs directions. Mais quand on y regarde de près, l'histoire évolue dans monde grisant, fascinant avec quelque chose qui nous ressemble...parfois un peu...parfois beaucoup. Cette version audio de DUNE fut pour moi un enchantement.

Alerte aux zombies

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4 out of 5 stars
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4 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Évalué le: 2019-12-16

Au-delà d'un possible cafouillage scientifique, au départ, il ne faut pas chercher à comprendre. Nous sommes dans une époque du futur ou la France est entièrement parasitée par des morts vivants: des zombies. Au coeur de cet enfer, quatre jeunes personnes tentent de gagner l'Angleterre qui, apparemment, n'est pas touchée par cette tragédie. Il y a Thomas, David et Laura et une petite fille qu'ils amènent in-extrémis : Sophie, 10 ans. Cette petite a un don particulier, elle ne se fait pas mordre, n'a pas peur des zombies et peut communiquer avec eux. Elle leur est tellement sympathique qu'elle est enlevée et enfermée dans le château de Vincennes avec des zombies à qui elle raconte des tas d'histoires. Reste à savoir qui est vraiment Sophie, d'où vient-elle ? Pourquoi et comment résiste-t-elle aux zombies. Pourrait-elle être la source d'un précieux vaccin? C'est une série époustouflante qui, même avec un côté gore, parodie les histoires de zombies. Les passages humoristiques ne manquent pas. Les dialogues sont pétillants. Et la petite Sophie jouée par Mathilde Serre est particulièrement brillante même si sa petite voix aigüe peut parfois devenir énervante. La distribution est excellente.

Pour ce qui est de l'histoire, elle n'a pas ce que j'appellerais le prix de l'originalité...du réchauffé auquel on a ajouté de la fraîcheur: des bruitages et des effets spéciaux parfois saisissants, des dialogues parfois dynamiques et souvent burlesques. Le scénario qui a un petit quelque chose de médiéval, serait digne d'un film et ce qui m'a particulièrement plu, ce sont des trouvailles intéressantes dont plusieurs sont rattachées à l'actualité européenne, des passages qui évoquent cette vieille rivalité entre la France et l'Angleterre, autre exemple : lorsqu'ils recherchent un zombie géant caché sous les combles de la bibliothèque nationale de Paris, Lara, David et Thomas tombent sur des *gilets jaunes* perdus depuis des mois dans ces sous-sols, pas du tout au courant de la *zombisation* de la France. Voilà qui vient rafraîchir et stimuler un sujet élimé. J'ai adoré ça.

Parmi les petites faiblesses, appelons ça des irritants mineurs qui pourraient bien être voulus par les auteurs, car c'est évident que tout le monde a pris un plaisir fou à créer cette production, sans trop se prendre au sérieux et pourtant désireux de faire quelque chose de professionnel. Les dialogues sont déclamés et rappellent un peu le ton utilisé sur les planches d'un théâtre. Le tout est sensiblement caricatural, grossi, expressions souvent gonflées. Le réalisme est dans l'ombre d'un jeu parfois exagéré. Par exemple, les sons produits par les zombies me rappellent ceux des cartoons. Ça m'a fait sourire mais au final, certains dialogues sont tellement tordus que j'ai carrément éclaté de rire. Dans cette création, l'horreur chevauche la comédie et l'humour souvent spontané n'est pas sans me rappeler FRANKESTEIN JUNIOR, célèbre comédie hilarante réalisée par Mel Brooks en 1974. DERNIÈRE TERRE est en fin de compte un bon divertissement, très proche de la littérature jeunesse, une production de qualité, multi-sonore, essentiellement audio.

Nom: Ajatashatru Lavash Patel Profession : fakir

Au global
4 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
3 out of 5 stars

Évalué le: 2019-12-11

C'est une histoire rocambolesque, abracadabrante, improbable. Je ne l'ai pas vraiment trouvé drôle, je dirais plutôt spirituelle. Je suis mitigé en fait. Je n'ai pas du tout été impressionné par le texte mais je dois admettre que ce dernier a été mis en valeur par le narrateur. Puisqu'il est question d'Ikéa, je dirai que Dominique Pinon a sauvé les meubles. Nous avons ici l'histoire d'un indien : Ajatashatru Lavash Patel (nom tape-à-l'oreille prononcé dans des dizaines de façons différentes) un gentil filou qui part de New Delhi pour Paris afin d'acheter un lit à clou, spécial fakir, en solde chez Ikéa. N'ayant pas les moyens de se payer l'hôtel, Ajatashatru ère dans le grand magasin et pour échapper à toute surveillance, se cache dans une armoire qui sera rapidement retirée afin d'être expédiée...en Angleterre. Tout le récit relate les tribulations du petit homme aux yeux coca-cola. C'est une histoire loufoque doublée d'un petit caractère sentimental. Le tout me rappelle un peu les comédies d'erreur. L'histoire est bourrée de clichés et d'allusions, certaines fines d'autres grossières : *On pissait aussi mal dans une armoire que dans un avion remarqua l'indien qui n'aurait jamais cru être un jour amené à une telle constatation*. (Extrait) Eh oui, même tapi dans une armoire Ikéa, la vie continue.

On trouve dans le texte beaucoup de jeux de mots, de déformations linguistiques. J'ai senti que l'auteur ne se prenait pas au sérieux et planchait davantage sur le pouvoir des mots que sur le style. Une description de son principal personnage prise au cœur du récit en dit très long : *Ses manières raffinées n'allaient en rien avec le personnage : jeans troués, piercing, cheveux teints en rouge, veste verte délavée, quelque chose entre un fakir et un clown.* (Extrait) Je m'attendais à éclater de rire, j'en ai eu à peine envie. Peut-être qu'on attendait trop de ce roman. Pourtant, il n'est pas sans qualités. Entre autres, il pousse à la réflexion sur la situation des clandestins, humains désenchantés ayant choisi de fuir leur pays pour être finalement davantage exploités. Le texte n'est pas sans rappeler aussi que la vie nous réserve des petits détours qui nous font trouver le bonheur, qu'elle nous réserve des rencontres susceptibles de nous changer, de nous améliorer. Mais pour le reste, j'ai troqué la comédie hilarante pour un simple divertissement.

Si j'avais choisi le papier, j'aurais peut-être trouvé le temps long mais le narrateur Dominique Pinon m'a fait passer un bon moment avec son style relâché et un ton en parfaite concordance avec le caractère caricatural du texte. Il m'a gardé dans le coup jusqu'à la fin en donnant à l'ensemble un petit quelque chose de sympathique, de rafraichissant, de léger. À travers les clichés et les innombrables déformations du patronyme de notre héros, j'ai pu quand même m'attacher à un personnage sympathique, un peu naïf et quelque peu décalé...humain quoi. Un livre drôle...non pas vraiment, mais divertissant et par moment, sensiblement attendrissant.