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Claude Lambert

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savant mais passionnant

Overall
5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Story
5 out of 5 stars

Reviewed: 2020-04-02

LE NOM DE LA ROSE est, pour moi, une œuvre monumentale de Umberto Eco...un roman psycho-philosophico-mystico-théologique développé dans un contexte médiéval, le tout sur fond d’intrigue qui prend, du moins au départ, l’allure d’un polar. Si j’ai été subjugué par ce fleuron de la littérature, pendant l’audition du récit, je n’ai jamais pu m’enlever de l’esprit l’adaptation cinématographique du livre signée en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle de Guillaume de Baskerville et Christian Slater dans le rôle d’Adso de Melk. Ce film, que je considère comme un chef d’œuvre du septième art a le grand mérite de vulgariser et rendre accessibles les nombreuses exégèses, théories et explications philologiques contenues dans le livre. Le film m’a permis de rendre très recevable le livre d’Eco que j’ai trouvé très savant, érudit, pas toujours facile à suivre avec entre autres une impressionnante quantité de citations latines… irritantes mais probablement nécessaires.

Je crois qu’Umberto Eco a relevé un défi colossal en plongeant les auditeurs et auditrices dans le cœur de l’obscurantisme alors qu’on voyait l’hérésie partout, en suivant un cœur pur quoi qu’orgueilleux sur le plan intellectuel et duquel jaillit la lumière qui manquait tant à cette époque. Considérons Guillaume comme un précurseur de la période des lumières. Dans cette histoire, l’intrigue est noyée dans les palabres théologiques et philosophiques. Toutefois, cette intrigue est intéressante car elle est en lien avec les livres contenus dans la plus grande bibliothèque de la chrétienté, riche, mais cauchemardesque. Toute la richesse de l’œuvre repose sur les échanges et les débats entre autres sur une question qui a conservé toute son actualité : la pauvreté du Christ et les richesses de son Église. Il y a aussi de longues et intéressantes discussions sur le rire, objet de sciences sociale, objet de déchirement sur le plan théologique.

J’ai trouvé l’histoire un peu complexe. Elle m’a imposé des recherches, de la réflexion, de la concentration. J’ai fait de magnifiques trouvailles. Et au final, ce livre est un délice, une fresque remarquable de l’époque médiévale…un vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance et de l’éducation à la façon de Guillaume de Baskerville, par opposition au fanatisme et à l’obscurantisme personnifiés par Bernardo Gui. L’ensemble est très dense, l’intrigue est originale et même passionnante même si elle semble souvent secondaire. Le tout est plus facile à lire qu’à écouter, le contenu étant savant, tentaculaire et farci de latin. Toutefois, ça n’enlève rien à l’excellente narration de François d’Aubigny qui a brillamment relevé le défi. Considérez ce livre comme un défi, un passionnant exercice intellectuel. Un livre incontournable qui m’a subjugué par sa richesse et son atmosphère..

enquête en eaux troubles

Overall
5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Story
5 out of 5 stars

Reviewed: 2020-03-17

C'est un roman très noir et très librement inspiré de l'escalade criminelle de Luka Rocco Magnotta et du meurtre prémédité de Lin Jun, un étudiant chinois installé à Montréal et commis en 2012, ainsi que des crimes sordides du tueur en série Robert Christian Hansen qui a violé et assassiné dix-sept femmes entre 1971 et 1983 en Alaska. Tous les acteurs du récit un subi un ou plusieurs traumatismes dont quelques-uns liés au naufrage de l'EXXON VALDEZ, le célèbre pétrolier américain qui s'est échoué en 1989 sur la Côte de l'Alaska, provoquant une colossale marée noire. Une chaîne d'évènements amènera deux enquêtrices : Carrie Callan, une américaine en poste à Juneau, Alaska et Louise Beaulieu du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) à collaborer sur deux affaires qui n'ont rien d'évident en commun au début en tout cas : la découverte de deux jeunes filles en état de panique à Juneau et un homme assassiné à coup de pic à glace par son amant à Montréal. Le reste est une affaire de police qui va de découverte en découverte à un rythme très élevé et qui paralyse en quelques sortes les auditeurs/auditrices : torture, meurtres, pédophilie, séquestration, prostitution. Il n'y a pas de limites pour les esprits tordus et comme l'auteur a puisé sans retenue dans les faits divers, il n'a pu éviter une certaine crudité dans le langage.

Les auditeurs/auditrices vont peut-être s'attacher, comme moi aux enquêtrices, en particulier Louise Beaulieu du SPVM, une caractérielle accro au poker et qui jure comme une charretière mais qui est dotée d'un remarquable instinct et qui traîne elle aussi de dures épreuves de la vie. Ici, j'en profite pour dire que j'ai beaucoup apprécié la narration de Christine Bellier. J'ai trouvé remarquable sa façon de passer au français dit standard à l'accent québécois pure laine incluant une façon très crue de descendre les saints du ciel. Pour ce qui est de raconter, madame Bellier a un registre vocal qui force l'attention. Elle m'a donné l'impression de s'adresser à moi. Pour écouter ou lire cette histoire, il faut être ajusté à l'actualité jusqu'à un certain point parce qu'on sait ce qui va arriver. Ce qui est beaucoup moins évident, ce sont les motivations des tueurs. Le récit est empreint d'une analyse des mobiles qui nous tient prisonnier de la trame et ça pousse au questionnement : est-ce suffisant d'évoquer la maladie mentale ou les traumatismes subis dans l'enfance. Y a-t-il autre chose? Personne ne peut rester indifférent à un tel récit d'autant qu'il a été plus vécu que fantasmé.

Donc pour résumer, c'est un roman fort, très noir, très violent, certains passages sont difficiles. La finale est un peu obscure. Excellente narration. Beaucoup de québécois trouveront la couleur locale divertissante dans un contexte aussi sombre. Ensemble détaillé, rythme élevé...pas de temps morts et pas tellement conçu pour les âmes sensibles. Seule petite faiblesse, le lien de l'histoire avec l'exxon Valdez est un peu mince, sous-développé. Sinon, c'est un ouvrage fascinant.

expédié mais très instructif

Overall
4 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
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4 out of 5 stars

Reviewed: 2020-03-10

UNE HISTOIRE DU QUÉBEC est une synthèse très brève et simplifiée de l'histoire du Québec qui débute officiellement en 1534 par la plantation d'une croix à Gaspé : geste hautement symbolique posé par le Capitaine Jacques Cartier. Étrangement, l'histoire du Québec débute par la découverte du Canada. La brièveté du récit par rapport à la période couverte m'a laissé mitigé. Je dirais que c'est le défaut de sa qualité. Beaucoup de détails importants ont été escamotés mais l'essentiel a été livré. Pour une introduction simplifiée à l'histoire du Québec, j'ai trouvé le tout très acceptable et pour être honnête, j'aurais beaucoup aimé qu'à l'école, l'histoire du Québec m'ait été racontée à la façon d'Alexis Martin, le narrateur du récit de Jacques Lacoursière. Comme je le précise au début, le style du texte est très introductif et évoque une chaîne d'évènements sans nécessairement en expliquer le sens mais en en rapportant toutefois les conséquences. C'est un texte vulgarisé qui, sans entrer dans les détails, constitue un outil de révision de l'histoire très valable.

J'ai quand même su et compris beaucoup de choses qui m'ont échappé au fil du temps : que Jacques Cartier symbolisait un désir d'expansion et de puissance de la monarchie française. La France et l'Angleterre accumulaient les guerres et ça s'est senti jusqu'à la défaite de Montcalm aux Plaines d'Abraham en 1759 marquant le début de la conquête britannique du Québec. On comprend mieux la rivalité entre canadiens anglais et canadiens français, rivalité de langue, de religion et d'identité. Mais qu'à cela ne tienne, le Québec ne s'est jamais départi de son petit côté *Nouvelle France* et cet aspect des québécois est mis en perspective dans le récit de Jacques Lacoursière et cela, je l'ai beaucoup apprécié. J'ajouterai à ces nouvelles connaissances la naissance de certaines idées dont quelques-unes ont et ou encore la vie dure : le séparatisme, les conséquences de la guerre, la séparation de l'église et de l'État et même l'annexion du Canada aux États-Unis qui a été souhaitée à une époque où les britanniques se débrouillaient fort mal avec la notion de haut et de bas Canada. J'ai beaucoup apprécié la synthèse sur Maurice Duplessis, l'auteur proposant un intéressant rapport de forces et de faiblesses sur son héritage politique.

Donc en résumé, c'est un ouvrage intéressant qui va à l'essentiel, jugé incomplet par beaucoup de critique, parce que ça manque de détails entre autres, qu'on enchaîne les évènements sans en expliquer le sens. Moi je prends ce titre pour ce que je crois qu'il est : un condensé qui va à l'essentiel. La décision d'aller plus loin dans mes connaissances de l'histoire m'appartient et je dois dire que c'est tentant.

les raffinements de la criminalité

Overall
4 out of 5 stars
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4 out of 5 stars
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4 out of 5 stars

Reviewed: 2020-03-09

Comment deux quinquagénaires peuvent-ils mourir exactement au même moment et de la même façon? On découvre rapidement qu'ils étaient porteurs de pacemakers et que ceux-ci auraient littéralement explosé entraînant la mort instantanée des deux hommes. Le livre de Forge frappe fort dès le départ par deux morts tout à fait improbables qui vont mobiliser la Police judiciaire de Nantes et toutes les polices spécialisées. La conclusion à laquelle arrivent les limiers est tout à fait extraordinaire. La destruction des pacemakers n'est rien d'autre qu'un cyberattaque. Mais quelle application peut permettre de détraquer des pacemakers. Tout le récit repose sur un ennemi invisible et le temps est compté car des cyberattaques paralysent la police judicaire, infiltrent la vie privée des enquêteurs et obligent la population à se méfier du moindre objet connecté et connectable à un réseau. Une espèce de paranoïa cyber technologique se répand à une vitesse folle car les victimes s'accumulent. Les policiers, entre autres la commissaire Ludivine se lancent dans une enquête extrêmement pointue car ils assistent à l'émergence d'une nouvelle forme de criminalité.

Les premières constations à l'écoute de ce récit donnent à penser qu'il est poussé, exagéré voire caricatural. J'ai vite conclu que ce n'était pas le cas. Il n'y a pas de sang ou de scènes dégoûtantes dans cette histoire. Il n'y a rien de gore. C'est le non-dit, c'est-à-dire ce que laisse supposer le texte que j'ai trouvé effrayant : les raffinements de la cyber menace, la technologie complice du crime, le viol de la vie privée et ce qui en découle : chantage, arnaque, vol et maintenant meurtres. J'ai trouvé cette histoire tellement réaliste eu égard à la vitesse d'évolution des nouvelles technologies et au pouvoir des hackers qu'elle fait peur et pousse aux questionnements. Faudra-t-il se méfier de sa cafetière ou de son couteau électrique ou même de la distribution d'électricité. J'exagère ? Non je ne pense pas. Le titre est justifié. Ce n'est pas de la science-fiction. L'auteur ne fait que devancer très sensiblement la réalité en exposant les extrêmes capacités technologiques et les extraordinaires possibilités des intelligences artificielles. Par exemple, vous pourrez suivre, dans le récit, une créature aussi puissante qu'étrange, appelée Molly. Elle m'en a fait voir de toutes les couleurs.

Ce récit n'est pas un chef d'oeuvre de style, La plume est plutôt froide et passe à l'essentiel. L'enquête est complexe et ponctuée de revirements mais dans l'ensemble, le thème principal est sous-développé. C'est très classique comme polar mais ce qu'il raconte est tout à fait délirant et pire, crédible. En tant que consommateur hyper-connecté, je pourrais ne plus devenir à l'aise avec mes *applications*. Cet aspect a dû compter pour beaucoup dans l'attribution du prix du Quai des Orfèvres et justifie particulièrement le titre. Un dernier point: les personnages ne sont pas particulièrement bien travaillés ni attachants. Mais le hacker et Molly, repoussant les limites de la folie, m'ont littéralement hypnotisé. J'ai trouvé la narration de Nicolas Dangoise acceptable. Je m'attendais à mieux comme par exemple un peu plus de la tension annoncée dans le registre vocal. Donc ce récit m'a secoué et éveillé en moi de nouvelles émotions. Sa crédibilité soulève surtout beaucoup de questions sur un internet hors de contrôle, l'éthique et ça va jusqu'à une réflexion sur l'avenir de mes petits-enfants. TENSION EXTRÊME n'est pas une histoire d'horreur et pourtant, elle fait peur...et pas à peu près.

Un thriller de haut calibre

Overall
5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Story
4 out of 5 stars

Reviewed: 2020-03-04

C'est le meilleur thriller que j'ai lu. L'idée du complot contre l'humanité n'est pas nouvelle en soi. Le sujet est même réchauffé en littérature et au cinéma. Toutefois, le développement du récit réserve à l'auditeur et l'auditrice des surprises, des frissons, des revirements, de nombreux rebondissements et possiblement quelques haut-le-cœur. Le sujet est donc simple : une chaîne d'évènements meurtriers amène les services secrets américains à mettre au jour un complot contre l'humanité susceptible d'éradiquer les États-Unis et par la bande, plus de la moitié de l'humanité. L'affaire est extrêmement sérieuse, le temps restant très minime. Pour sauver la planète, on fait appel à un élite des services secrets. Nom de code : PILGRIM. Le récit repose sur la recherche et l'enquête de Pilgrim qui est extrêmement pointue, complexe et potentiellement mortelle. Si le développement est simple, le déploiement de l'enquête qui va crescendo, associé au pouvoir descriptif de la plume donne un tout absolument génial. Ajoutons à cela l'intensité du personnage principal, PILGRIM, très bien travaillé avec un équilibre parfait de forces et de faiblesses et une psychologie parfaitement mise au point.

C'est un récit très violent qui a la faiblesse de faire passer les américains pour les gentils bougres sauveurs de la planète et détenteurs de la vérité. Pas étonnant que l'histoire ait, comme toile de fond, la destruction du World trade center et présente une image très sombre de l'Islam. Toutefois, le récit a la force de mettre en perspective des aspects méconnus du terrorisme et présente une image peu flatteuse des services secrets : *Les évènements de ces douze dernières heures étaient, pour les services de renseignements, une faillite qu'on pouvait qualifier d'historique. La mission première du Renseignement américain dans son ensemble, dont le budget était faramineux, était de protéger la Mère Patrie, et jamais, depuis Pearl Harbor ces organisations toutes puissantes n'avaient foiré à ce point, au vu et au su de tous.* (Extrait) Je veux signaler enfin
que le début de l'histoire est lent. Il a été difficile de s'y accrocher. Mais soyez patient. Ça change vite. Stress garanti, voire addiction. Il y a aussi, après la finale, une forme d'épilogue inutilement longue à mon avis.

Donc, JE SUIS PILGRIM est un roman très fort. L'auteur nous amène à nous inquiéter pour l'agent PILGRIM, à penser pour lui, à ressentir toutes ses émotions. L'histoire est bien développée, la finale est surprenante et j'ai été agréablement surpris de la narration de Sylvain Agaësse. Le récit bénéficie aussi d'un bel équilibre. Si la distinction est évidente entre les bons et les méchants, l'auteur détaille autant la démarche de PILGRIM que celle du terroriste Islamiste, appelé le Sarrazin qui a, pour un temps, le pouvoir de mort sur l'humanité. Et puis c'est la première fois que je lis un roman d'espionnage qui me permet de comprendre un peu ce qui se passe dans la tête d'un terroriste et d'observer qu'un terroriste peut-être lui-aussi terrorisé. J'ai vraiment passé de très belles heures d'écoute.

Un beau portrait d'époque

Overall
5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars

Reviewed: 2020-02-19

Voici la suite d'une chronique que j'ai dévorée avidement. Notez que je n'ai pas lu le tome 1 mais ça n'a aucunement nui à ma compréhension de l'histoire qui tourne toujours autour de Marjolaine et de Philippe. Nous sommes au printemps 1980, le couple vient d'hériter d'une maison sur l'Île Verte, qui existe vraiment, dans l'estuaire du Bas-Saint-Laurent dans la région de Rivière-Du-Loup. L'île abrite le plus ancien phare du Saint-Laurent qui en compte 43. Le phare de l'Île Verte est classé monument historique. Ainsi débute pour Marjolaine et Philippe une nouvelle aventure avec son lot d'évènements et d'émotions. Le couple y exploitera un gîte touristique et différents personnages vont graviter dans leur vie quotidienne dont Paul, le père de Marjolaine, Sophie, la sœur de Marjolaine qui débarque sur l'île sans s'annoncer après cinq ans d'absence et qui a, apparemment beaucoup à se faire pardonner, Marc-André et Marie-Laure, père d'un enfant dont personne sur l'île ne comprend le comportement. Jules est autiste. Et enfin, je citerai Adrien, un vieux grognon avec le cœur sur la main. À cette brochette de personnages s'ajoutent d'autres insulaires qui viennent enrichir, au fil de l'histoire, le quotidien de Philippe et Marjolaine.

Ce récit m'a séduit pour plusieurs raisons. Tous les personnages de l'histoire ont été bien travaillés et développés. L'auteure les a gratifié d'une personnalité attachante. Ils ne sont pas tous commodes mais personne n'est méchant. Ça met juste un peu de piment. Ensuite, si je fusionne la beauté de l'écriture avec l'ardeur narrative de Marie-Hélène Fortin, cela donne un récit qui m'a fait sortir du temps...qui m'a fait oublier le temps qui passe. En disant cela, j'évoque surtout les émotions véhiculées dans le récit. Par exemple, le passage où un enfant est enseveli par la neige suite à l'effondrement d'igloo qu'il s'était construit m'a fait vibrer. J'ai ressenti une forte empathie. J'ai eu peur. Je pourrais aussi parler de Benoit, l'infirmier nouvellement arrivé sur l'île qui a dû s'improviser accoucheur par la force des choses. Cela a donné lieu à des moments de grande intensité. Donc le récit est remarquable pour l'émotion qui s'en dégage. La plume de France Lorrain est aussi très descriptive. Tellement qu'elle m'a donné le goût de visiter l'Île Verte.

Enfin, je dirai que j'ai été surpris par la qualité du récit en tant que portrait d'une époque, le Québec des années 1980 qui est très bien illustré malgré l'absence de certains thèmes qui auraient amené des petites chicanes comme toutes les familles du Québec en ont connu, au sujet de la politique par exemple, le référendum de 1980 ou de la forte rivalité entre les Canadiens et les Nordiques. C'est un peu dommage. Les sujets qui tiraillaient les familles québécoises à l'époque ont été occultés ou tout au moins sous-développé. C'est bien le seul petit reproche que je peux faire à l'oeuvre de France Lorrain. Sinon, nous avons ici une belle histoire dans laquelle les drames chevauchent les p'tits bonheurs et la toute fin du récit annonce une suite prometteuse je crois. Je recommande donc AU CHANT DES MARÉES, une belle saga...un dessert littéraire à écouter..

Les dieux qui se meurent

Overall
3 out of 5 stars
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4 out of 5 stars
Story
3 out of 5 stars

Reviewed: 2020-02-10

C'est un ouvrage qui s'ajoute à une imposante bibliothèque essentiellement consacrée au cycle arthurien. J'ai lu plusieurs des livres consacrés au Haut-Roi Arthur et à la Table Ronde, le meilleur, à mon avis, étant LE CYLE DU GRAAL de Jean Markale. Le livre que je viens d'écouter est sans doute le plus sombre des récits du cycle arthurien portés à mon attention et pour cette raison, j'ai été un peu déçu. La hardiesse, le courage, les prouesses, les quêtes audacieuses et la chevalerie ont été mis de côté au profit des intrigues de cour, complots, trahison, infidélité, amours illégitimes, triangle amoureux, inceste et manoeuvres politiques. Il y a un net déséquilibre entre les périls qui menacent le royaume de Bretagne et les aspects fiers et merveilleux de la Chevalerie. On y apprend ce qu'on sait déjà : d'abord Guenièvre, symbole très actuel je dirais d'intolérance religieuse, précipitera la chute du royaume. Elle causera autant de tort que la légendaire Hélène de TROIE évoquée par Homère. On apprend surtout, encore là comme nous l'a appris Homère, que lorsqu'on cesse de croire aux Dieux, ils n'existent plus. Ça, c'est l'aspect le plus intéressant de ce récit en deux volets de Marion Zimmer-Bradley.

Dans ce livre, on voit comment la grande déesse d'Avalon, symbole intransigeant d'équilibre religieux disparaît graduellement au profit du Dieu unique des Chrétiens. C'est une force du livre exploitée très graduellement et avec une grande justesse et qui justifie amplement le titre du deuxième tome. Pour le reste, peut-être suis-je trop imprégné de l'oeuvre de Markale, mais j'ai été déçu. La Table Ronde m'a semblé occultée, Il me semble aussi que Merlin avait un rôle plutôt secondaire. La haine de Mordred pour Arthur s'est manifestée comme un diable sorti d'une boîte. Pas beaucoup de détails non plus sur la quête du Graal. Peu ou pas de détails sur la guerre évoquée à la fin du cycle et la bataille entre Arthur et son fils a été carrément bâclée. Bref, la fin est manquante, ce que je n'ai jamais vu dans aucune version écrite.

Dans l'ensemble, c'est bien écrit mais l'histoire est sous-développée. Avant d'entreprendre l'audition du livre, il faut se rappeler que la légende arthurienne a été revisitée donnant un rôle accru à l'île mythique d'Avalon, aussi inutile que nuisible dans le développement de la Bretagne, ainsi qu'aux intrigues et manigances de cour. Ce choix a malheureusement mis de côté le caractère féérique, majestueux et merveilleux du cycle arthurien avec ses valeureux chevaliers portés à la défense des opprimés et du bon droit. Ce n'est pas mauvais en soi. Que le livre soit porté surtout sur la politique, les exactions et la stupidité religieuse pourrait rejoindre une grande quantité de lecteurs et d'auditeurs et j'en profite pour mentionner ici que, sans être un chef d'oeuvre, la performance narrative de Bénédicte Charton est fort satisfaisante. Je suis déçu du manque d'équilibre dans le récit. Au moins j'ai beaucoup apprécié le développement et l'évolution de la transition religieuse dans le récit.

petite leçon de tolérance

Overall
4 out of 5 stars
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4 out of 5 stars
Story
5 out of 5 stars

Reviewed: 2020-01-22

Voici un brillant petit opus imaginé par un écrivain passionné, Marc Thil, véritable homme-orchestre qui a écrit l'histoire, en a fait la narration et a même fait l'accompagnement musical. Marc Thil adore écrire pour les enfants, ça m'a paru très évident dans cette mignonne petite histoire dont les héros sont des enfants. Arthur, Fred et Lisa croisent un chien qui semble perdu. Ils décident d'amener le chien avec eux et d'entreprendre une recherche pour trouver son propriétaire. En principe, ça devait être facile en publiant une simple annonce mais les enfants ont eu une petite surprise. Pendant leur enquête, les enfants ont rencontré une petite fille appelée Julie, affligée par un handicap qui lui déforme le dos. Julie aurait un lien avec ce chien appelé Gribouille. Ce petit mystère sera résolu par des enfants décidés à se mettre en mode solution.

Pour des observateurs littéraires, le défi dans ce genre d'écoute est d'essayer le plus possible de se mettre dans la peau des enfants à partir de 7 afin de comprendre leur logique d'enfant et leur perception des difficultés qu'ils peuvent vivre. Ce n'est pas toujours facile quand cette espèce de pureté est loin en arrière de nous. Mais j'ai aimé ce que j'ai entendu et j'ai apprécié la qualité d'approche des enfants par l'auteur ainsi que les petites matières à réflexion amenées tout en douceur: une vertu qui manque cruellement à notre Société, la tolérance, l'acceptation des différences, sans oublier les bienfaits de la zoothérapie et un des plus belles valeurs apportées par la vie : l'amitié. Ce n'est pas moralisant. L'auteur ouvre une porte que les enfants n'ont qu'à ouvrir pour faire un pas de plus dans leur apprentissage.

La seule chose qui m'a agacé dans l'ensemble est la narration. Je l'ai trouvé très déclamée même pour des enfants. Je ne suis pas sûr toutefois que ce soit un obstacle significatif pour les enfants. L'audition de cette histoire me conforte dans l'idée que le livre audio est un moyen très intéressant d'introduire les enfants dans le monde de la lecture car à 7, 8, 9 ans et plus même, les jeunes sont encore liés à la communication orale. La bibliothèque audio n'a de cesse de s'enrichir afin de desservir une nouvelle génération de lecteurs dans laquelle pourraient se trouver aussi de futurs auteurs. Je n'hésite donc pas à recommander HISTOIRE DU CHIEN GRIBOUILLE.

Risque élevé d'addiction

Overall
5 out of 5 stars
Performance
5 out of 5 stars
Story
5 out of 5 stars

Reviewed: 2020-01-21

L'ÉGARÉE est un thriller psychologique de forte intensité, noir et complexe. Quoiqu'audible indépendamment, je considère préférable d'avoir lu ou écouté les deux premiers tomes pour saisir toute la portée de l'histoire et sa mécanique littéraire...une façon de dire que je me suis senti manipulé par l'auteur pour ne pas dire en bon québécois qu'il a joué sur mes nerfs. Dès le départ, il ne faudra pas mettre en doute l'habileté de l'auteur à nous faire frissonner et nous faire égarer dans nos sentiments. Il faut donc rester attentif. Quinze ans après sa disparition alors qu'elle n'avait que treize ans, une jeune fille, Samantha Andretti est retrouvée sur le bord d'une route, une jambe brisée. Elle venait apparemment de s'échapper du labyrinthe, un endroit sinistre où elle était séquestrée par un psychopathe. La police enquête mais parallèlement, les parents de Samantha engagent un détective privé, Bruno Genko, chargé d'aller au bout de ses affaires, un homme opiniâtre que la médecine a déjà condamné à mort par arrêt spontané du cœur pouvant se produire à tout moment. Genko est un personnage fascinant qui marche vers la mort d'une façon ou d'une autre.

C'est un roman très fort qui garde sous tension pendant toute la durée de la narration. En fait, c'est une des intrigues les plus tordues qu'il m'a été donné de lire ou d'entendre. Suivez spécialement les dialogues entre Samantha et le psychiatre qui la suit, le docteur Green. Vous pourriez réaliser comme moi que tout peut n'être qu'apparence dans ce thriller dont le poids psychologique nous saisit comme un long choc électrique. *Quand je parle de danger, je veux dire qu'il est capable d'une méchanceté que ni toi ni moi ne pouvons imaginer... Green l'a qualifié de « sadique virtuose.* (extrait) Les personnages sont particulièrement bien travaillés et le profil psychologique du psychopathe secoue l'auditeur/lecteur tellement il est dérangeant. La corde est sensible en effet parce que les victimes visées sont des enfants et pour ce psychopathe sans âme il est moins important de tuer que de transformer. Vous pouvez faire tous les pronostics que vous voulez pour trouver qui est le tueur, l'auteur les détournera un par un jusqu'à la grande finale qui m'a laissé pantois et qui démontre que l'auteur du chuchoteur, qui a créé Mila Vasquez est un maître, rien de moins.

C'est une audition qui ébranle à plusieurs égards. Les détournements de situation et les nombreux rebondissements obligent l'auditeur à rester alerte. Il y a aussi de nombreux passages rien de moins qu'hallucinants. Je veux aussi noter au passage qu'Antoine Tomé s'est laissé aller à un chef d'oeuvre de narration. Il a fortement contribué à mon addiction avec une maîtrise vocale traductrice de sentiments et d'émotions. Une performance impeccable. Je crois que ce livre vous fera passer un bon moment. Le fil conducteur est un peu instable. On a l'impression que parfois l'intrigue prend plusieurs directions. Cela se produit souvent dans les thrillers de ce calibre. Mais au risque de vous laisser mener par le bout du nez par un auteur doué, laissez-vous aller...vous aimerez je crois.

fait pour être entendu

Overall
4 out of 5 stars
Performance
5 out of 5 stars
Story
4 out of 5 stars

Reviewed: 2020-01-16

L'histoire est intéressante. Elle est un peu abracadabrante, quelque peu prévisible mais elle est brillamment racontée. Voici donc l'histoire de Laurent Volter, humble vendeur de canapés dans un magasin de meubles dirigé par un mufle. C'est un homme simple, pas très adroit en amour, aime et pratique le jogging et il a une passion: il écrit des thrillers. Lui considère que ses histoires sont géniales et haletantes mais disons que le succès est plutôt discret. Un jour, un avocat très huppé offre à Volter d'écrire la biographie d'un de ses plus prestigieux clients: Max Tonnet, condamné à 20 ans de prison pour meurtre. L'écrivain vendeur de canapés accepte l'offre. En débutant ses démarches, Laurent s'aperçoit que quelque chose cloche. Ce qui, au départ, devait se limiter à des recherches pour la rédaction d'une biographie devient une véritable enquête qui fera vivre à Laurent Volter les huit semaines les plus folles et les plus improbables de sa vie, suffisamment en tout cas pour donner une toute nouvelle impulsion à ses thrillers. Ici, Laurent joue sa vie pour faire triompher sa conviction. Il vit un thriller...rien de moins.

Il y a beaucoup de garniture dans cette histoire et un peu de confusion. Le début est sensiblement chaotique. C'est un peu long pour embarquer dans l'histoire mais une fois accroché au fil conducteur qui est assez solide, les auditeurs et auditrices peuvent suivre une histoire peut-être un peu tirée par les cheveux mais avec un rythme relativement élevé et un développement constant. L'histoire est simple. Il est facile de la suivre. J'ai trouvé aussi l'idée d'imbriquer la notion de thriller dans l'histoire originale car elle laisse à penser que le vécu d'un auteur vient compléter l'imagination et à la rigueur, l'intuition. Les personnages dans l'ensemble sont assez superficiels. Celui de l'avocat frôle un peu la caricature. Par contre, Laurent Volter est un personnage bien travaillé et je me suis surpris, comme auditeur, à le trouver attachant et amical.

Comme cela se produit occasionnellement dans l'univers du livre audio, la narration est la principale force de cette œuvre de Colize. Pierre Rochefort a réussi à mettre en valeur ce livre en mettant de côté ses petits travers. Un bon narrateur est le plus précieux allié qu'un auteur puisse trouver. Dans ce cas-ci. Pierre Rochefort déploie une véritable <voix-orchestre>. Si certains personnages sont plus grands que nature comme Max Tonnet par exemple, ou mieux encore, l'avocat qui est particulièrement haut-perché, Rochefort a un registre vocal précis et spécifique pour chacun des principaux personnages. Sa prestation est parfaite. Ce livre n'est pas une trouvaille littéraire que je qualifierais de géniale mais mes sentiments penchent en sa faveur.