Épisodes

  • François Bégaudeau, auteur de «Désertion»: «La vie, c'est toujours un peu: tout ça pour ça»
    Feb 4 2026
    Qu’est-ce qui conduit deux jeunes hommes à quitter la Normandie qu’ils ont toujours connue pour combattre aux côtés des Kurdes en Syrie ? C’est sur cette question que se penche le dernier roman de François Bégaudeau, Désertion, publié aux éditions Verticales. Sur trois décennies, l’auteur suit deux frères issus de la classe moyenne, Steve et Mickaël, dont le parcours a priori sans grandes histoires finit par les mener au Rojava. RFI : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur ces deux frères qui partent tous les deux en Syrie, combattre avec les Kurdes ? François Bégaudeau : Ce sont des rencontres que j'ai pu faire, de gens qui sont partis en Syrie et notamment du côté des Kurdes. Parmi eux, il y avait des jeunes gens qui ressemblaient un peu à ceux qui allaient devenir mes personnages, Steve et Mickaël, et notamment à Steve. De fil en aiguille, plus je les écoutais, plus je me disais que ça ferait un matériau romanesque excellent. Le roman s’appelle Désertion. Cela peut être la désertion de là d’où ils viennent ; ça peut aussi être la désertion du terrain qu’ils finissent par quitter. De quelle désertion parle-t-on ? Je voulais que le titre soit très ouvert : chacun le rêvera comme il le voudra. Mais j’avais quand même dans l’idée de faire signe vers ce qu'on a appelé la désertion, récemment, de jeunes gens notamment qui désertent un peu les places économiques qui leur étaient promises pour essayer d'avoir une vie qu'ils vont juger plus équitable, plus vertueuse. Dans le cas de mes deux personnages, ils ne sont pas aussi politisés que ça, mais je pense qu'il y a chez eux, au bas mot, une sorte d'insatisfaction par rapport à la vie qui leur est offerte dans ce petit département de la France moyenne. Donc, il y a un appel d'air, et à la moindre occasion, en quelque sorte, ils vont prendre le large. C’est un livre qui, finalement, parle beaucoup de quête de sens. Mais il y a beaucoup de façons de trouver du sens aujourd’hui : le combat politique, écologiste, féministe. Pourquoi se tournent-ils vers ce sens-là ? Dans la vie, on est toujours un peu déterminé. On peut avoir un tronc commun, qui serait cette espèce d'aspiration à vivre autrement. Et puis après, on fait avec ce qui se présente. Et Steve et Mickaël vivent dans un milieu où ces propositions politiques-là n'existent pas. Donc ils font avec ce qu'ils ont trouvé. Et ce qu'ils ont trouvé, c'est plutôt partir à la guerre. La question du milieu social est très présente dans le livre. Est-ce l’histoire de deux jeunes qui partent en Syrie, ou est-ce plutôt l’histoire d’une classe sociale ? J’essaie toujours de maintenir une sorte de singularité à mes personnages, de faire en sorte que le personnage ne ressemble à personne d'autre et qu'il ne soit pas complètement un sociotype ou un archétype. Ceci dit, quand on regarde sérieusement la réalité des choses, on croise immédiatement des contextes sociaux qui sont quand même partie prenante de l'évolution d'un personnage. Donc moi, j'essaie d'être un peu précis sur le contexte dans lequel ils évoluent. Mais quand j’écris ce livre, j’essaie tout de même de m’affranchir des explications un peu trop faciles et de restituer la complexité d'un parcours. Sur 100 gamins qui auraient 18 ans dans le même contexte social que Steve, un seul part en Syrie. Cela veut bien dire qu’il y a un impondérable. C’est peut-être psychologique, peut-être le rapport aux parents, des circonstances peut-être... Steve, par exemple, est harcelé à l’école. Cela entraîne une déscolarisation, puis un fait de délinquance qui va le marginaliser. Et de fil en aiguille, on se retrouve à 3 000 bornes de chez soi. Donc, avec le déterminisme, il faut toujours être très précautionneux. Il faut toujours restituer la complexité des déterminations. À la fin du livre, Steve revient. Et on se dit que, finalement, il est revenu à ce qu’il était depuis le début, là où il était depuis le début, à quelques centaines de kilomètres près. Tout ça pour ça ? La vie, c’est toujours un peu : tout ça pour ça. La vie est totalement exaltante, c’est un cadeau au quotidien. Et en même temps... une vie se passe et, à la fin, qu’est-ce qu’on en a appris ? Il y a toujours un peu cette hypothèse — un peu pessimiste sans doute — qu'on n'apprend jamais rien de rien. Vous avez beau aller à 3 000 bornes, vous vous retrouvez presque dans le centre névralgique de la planète des années 2010. Au bout du compte, tout cela passe comme une espèce de tourbillon, une espèce de tempête à laquelle vous ne comprenez pas grand-chose. Et qu'est-ce que vous en tirez comme enseignement ? Pas grand-chose, si ce n'est qu'en fait, vous revenez un peu au statu quo. C’est difficile de rester enthousiasmé par les surprises de la vie, si c...
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    4 min
  • «Willy Protagoras enfermé dans les toilettes», la folie réjouissante du théâtre de Wajdi Mouawad
    Feb 2 2026

    Willy Protagoras enfermé dans les toilettes est une pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad. Il l'a écrite à l'âge de 19 ans dans son pays d'origine, le Liban, alors en proie à la guerre civile. Dans cette pièce, Willy est un jeune garçon en rébellion contre sa famille et la société. L'écriture parfois naïve recèle toutefois les promesses du grand dramaturge que deviendra l'auteur. Cette pièce verte et très touchante est celle qu'il met en scène pour faire ses adieux au Théâtre national de la Colline qu'il a dirigé durant plus de dix ans. Micha Lescot, au corps longiligne comme une liane, incarne très bien le jeune homme rebelle malgré ses 50 ans.

    À lire aussiLiban: annulation d'une pièce du dramaturge Wajdi Mouawad, accusé de «normalisation» avec Israël

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    4 min
  • Cinéma: «Les âmes bossales», plongée dans la mémoire insurgée d'Haïti
    Feb 1 2026

    Le cinéaste engagé François Perlier, dont le nouveau film, Les âmes bossales, sort ce mercredi 4 février 2026, plonge au cœur de la résistance haïtienne. Il y donne la parole à ceux que l'histoire a souvent ignorés : les descendants des Bossales, ces esclaves africains qui, par leur révolte, ont façonné l'identité d'Haïti.

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  • Cinéma: «La vie après Siham», filmer pour retenir ceux qu'on aime
    Jan 29 2026

    L'invité culture de ce 30 janvier 2026 est le cinéaste Namir Abdel Messeeh, qui a fait de sa propre histoire un terrain de cinéma. Dans son nouveau film, La vie après Siham, Namir Abdel Messeeh part d'un deuil intime, la disparition de sa mère Siham, en 2015, pour revenir sur l'histoire de sa famille. C'est un film traversé par l'Égypte, la famille, le mélodrame et une question simple mais vertigineuse : que peut le cinéma face à la perte ?

    À lire aussiCannes 2025: le Franco-Egyptien Namir Abdel Messeeh évoque le deuil dans «La vie après Siham»

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  • La metteuse en scène Gabrielle Chalmont-Cavache pour sa pièce «Doué.e.s»
    Jan 28 2026

    Que faire quand on se sent moins intelligent que les autres ? Quand on a l'impression d'être la personne la plus perdue d'un groupe, quand on a adoré une œuvre que personne n'apprécie, ou que l'on ignore une actualité mondiale visiblement connue de tous ? Ce complexe d'infériorité intellectuelle est au cœur de la pièce Doué.e.s : une comédie à la croisée des sciences sociales, des sciences cognitives et de la pop culture.

    Tournée de la pièce :

    31 janvier 2026 - La Ferme Corsange, Bailly-Romainvilliers (77)

    21 mai 2026 - La Canopée, Ruffec (16)

    6 juin 2026 - Le Bruit des Printemps, Montlieu-la-Garde (17)

    À écouter dans Priorité santéLe vrai du faux sur votre cerveau

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  • Aïssa Maïga, pasteure évangélique dans le film «Promis le ciel»
    Jan 27 2026

    Marie, Naney et Jolie vivent en Tunisie dans la peur d'être stigmatisées ou expulsées. Elles viennent du Sénégal ou de Côte d'Ivoire et se retrouvent dans une communauté évangélique à Tunis. Ce sont les personnages du film Promis le ciel, de la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri. Dans ce film qui sort en salles ce mercredi 28 janvier en France après avoir été projeté en sélection officielle au dernier festival de Cannes, Aïssa Maïga incarne Marie, une pasteure évangélique.

    À écouterAïssa Maïga, Erige Sehiri et Deborah Lobe Naney présentent «Promis le ciel»

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    6 min
  • «La radicalisation est partout». Ivo Van Hove réduit «Hamlet» à un contexte politique sans convaincre.
    Jan 26 2026

    Deux théâtres nationaux se serrent les coudes pour présenter une nouvelle création de « Hamlet » de Shakespeare. Le Belge Ivo Van Hove, fort de la troupe de la Comédie-Française, nous présente son ‬ «Hamlet » à l'Odéon dans une version réduite et une nouvelle traduction de Frédéric Boyer. Ivo Van Hove est l'un des metteurs en scène occidentaux les plus occupés. Près de 140 spectacles en quatre décennies dans les scènes et les festivals les plus prestigieux comme celui d'Avignon. Le ‬« Hamlet » qu'il nous propose, version allégée au niveau du texte, jouit toutefois d'une production lourde : vidéo, scénographie, lumière, danse, chant... Il explique ses intentions.

    À lire aussiIvo Van Hove réunit Electre et Oreste à la Comédie-Française

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    4 min
  • «Grottesco» ou les architectures imaginaires d'Eva Jospin exposées au Grand Palais
    Jan 25 2026

    À Rome, on raconte qu'un jeune habitant est tombé par hasard dans une cavité oubliée et y a découvert des fresques splendides : il s'agissait des vestiges de la villa de l'empereur Néron. L'artiste Eva Jospin s'est inspirée de cette légende pour son exposition « Grottesco », qui se tient jusqu'au 15 mars au Grand Palais. Elle a conçu un parcours foisonnant de forêts, de grottes et d'architectures imaginaires dans différents matériaux.

    L'exposition « Grottesco » est à voir jusqu'au 15 mars 2026 au Grand Palais.

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