Épisodes

  • «Scramble!», les «Rafale» de l’aviation de chasse se dispersent pour l'exercice Topaze
    Feb 1 2026

    Mardi dernier devait être une journée normale pour les pilotes de la 30e escadre de chasse de Mont-de-Marsan… Mais l’ordre de disperser vingt chasseurs Rafale est tombé sans préavis. Décollage en un temps record vers quatre bases aériennes différentes dont celle de Cazaux, près de Bordeaux.

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  • Arctique: sans les marines européennes, les États-Unis n’ont pas les moyens de protéger le Groenland
    Jan 25 2026
    Les discussions entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis concernant la sécurité sur l'île arctique vont commencer «assez rapidement», a déclaré vendredi 23 janvier le ministre danois des Affaires étrangères Lars Rasmussen. La volte-face de Donald Trump à Davos, indiquant qu’il renonçait au recours à la force pour s’emparer de l'île arctique, révèle que les États-Unis ont besoin des marines européennes pour opérer dans le Grand Nord. En 2020, les Alliés ont approuvé le concept de dissuasion et de défense pour la zone euro-atlantique. Les marines de l’Otan concentrent leurs efforts dans le Grand Nord, avec une présence permanente dans cet espace où la navigation nécessite un savoir-faire bien particulier souligne Vincent Groizeleau de Mer et Marine. « Ce qui est compliqué dans les zones polaires, ce sont les conditions environnementales. Il y a soit de la banquise où ce qu'on appelle des Bourguignons, des blocs de glace plus ou moins gros, jusqu'à des icebergs. Donc, ça veut dire des conditions de navigation qui sont très difficiles parce qu'il faut éviter les obstacles dans des conditions où il y a parfois une visibilité extrêmement faible. Donc, ce n’est vraiment pas un sport de masse, ça nécessite de la connaissance non seulement en navigation, mais aussi en opération. Car toutes ces conditions environnementales extrêmes, elles ont aussi un impact sur les capacités de détection, par exemple des radars, mais aussi des sonars. En fonction de la qualité de l'eau, de la température de l'eau, des profondeurs des fonds marins, de la présence de la glace, et bien on ne fera pas de la lutte anti-sous-marine comme on en fait au milieu de l'Atlantique ou en Méditerranée. » La défense du Groenland commence au large S’il est presque impossible de manœuvrer sur la calotte glaciaire du Groenland par -40°, la défense de l’espace arctique ne se fait pas à terre mais plutôt au large. Et dans ces mers hostiles, l’US Navy reconnait l’excellence des marines européennes notamment celle des Français en matière de détection sous-marine. Les Européens sont redoutablement efficaces, en particulier dans le très stratégique « Giuk » pointe Mikaa Blugeon-Mered enseignant à l’école de guerre : « C'est un acronyme qui signifie Groenland, Islande et UK, pour le Royaume-Uni. Donc, c'est à dire le double bras de mer qui connecte l'océan Atlantique avec l'océan Arctique. Ce double bras de mer est extrêmement important, parce que les principales capacités navales nucléaires russes partent de la base de Severomorsk. Cette base, elle est sur la péninsule de Kola, dans l'Arctique russe, non loin de la Norvège et de la Finlande. Et pour sortir, ces sous-marins doivent passer le long des côtes norvégiennes. Pas forcément au proche du Groenland, mais il faut avoir des capacités au Groenland en lien avec l'Islande, en lien avec le Danemark, en lien avec les îles Féroé, en lien avec le Royaume-Uni, en lien avec la Norvège. Ça permet de contrôler cette zone-là, ce fameux Giuk. » À lire aussiGroenland: le cadre de l'accord conclu entre Donald Trump et l'Otan? Le « GIUK » espace stratégique La coopération otanienne dans le « Giuk » est donc fondamentale et pourrait expliquer le revirement américain sur le Groenland. En effet, personne n’a, seul, les moyens de contrôler une région aussi vaste et complexe. Pas même les Américains, martèle Vincent Groizeleau : « La grande différence entre nous et les Américains, c'est que les Européens ont essentiellement une zone, une grande région qui va de la Méditerranée jusqu'au Grand Nord, à protéger. Les Américains. Ils ont à la fois la façade Atlantique et la façade Pacifique. La réalité, c'est que les Américains ont un taux de disponibilité de leur flotte qui est assez faible. Et donc aujourd'hui, même s'il y a dix porte-avions sur le papier, en réalité, il y en a au mieux trois, peut-être quatre à la mer, et c'est tout. Donc ils ont absolument besoin de l'appoint des marines européennes, parce que seuls, effectivement, ils ne peuvent pas gérer à la fois l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud… » Il y a souvent un décalage entre les discours politiques et la réalité militaire : sans coopération, le contrôle du très stratégique espace Arctique par les seuls Américains aurait tout d’un projet chimérique et l’affaire du Groenland en est la parfaite illustration. À lire aussiGroenland : que sait-on de la mission militaire européenne ?
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  • Avec des militaires au Groenland, les Européens envoient «un signal» à «tout le monde»
    Jan 18 2026
    L'envoi de militaires européens au Groenland pour un exercice vise à « envoyer un signal » à « tout le monde », y compris aux États-Unis, sur la détermination des pays européens à « défendre leur souveraineté », a fait valoir ce vendredi 16 janvier la ministre déléguée aux Armées française. Les premiers éléments de la mission militaire européenne « Arctic Endurance » sont arrivés jeudi 15 janvier au Groenland. Mais les contours de cette mission restent encore assez flous. Le déploiement est modeste : seulement quelques dizaines d’opérateurs des troupes de montagne français, suédois, allemands et norvégiens ont rejoint les forces danoises, qui n’excèdent pas cent hommes à Nuuk capitale du Groenland. Un tout petit contingent donc et aux missions nécessairement limitées, indique Cyrille Bret chercheur à l’institut Jacques Delors : « Ce qu'on aurait pu montrer, c'est une capacité à combattre, se déployer, repousser un adversaire comme les alliés de l'OTAN le font régulièrement au nord de la Norvège, au nord de la Finlande. Mais là, en l'occurrence, le format du contingent multinational envoyé et le lieu où ils ont été envoyés montrent plutôt que ce sont des manœuvres qui seront destinées à préserver les centres névralgiques de l'île autour de Nuuk. Donc les infrastructures portuaires, les quelques infrastructures routières, les infrastructures de télécommunications et puis la protection des immeubles gouvernementaux locaux. Ça s'apparente beaucoup plus à une mission de protection ou d'exercice, à la protection des infrastructures cruciales de la capitale du Groenland qu'à de véritables manœuvres militaires. C'est presque du maintien de l'ordre. Cette manœuvre est plus d'ordre symbolique que d'ordre opérationnel. En raison du format et en raison de sa localisation, elle paraît circonscrite à Nuuk, la capitale du Groenland. » À lire aussiDes soldats français en route pour un exercice militaire européen au Groenland Une opération de dissuasion militaire conventionnelle Les chasseurs alpins français, une trentaine de soldats dans un premier temps, resteront au Groenland environ deux mois. Mais leur présence est historique. C’est la première opération de dissuasion militaire conventionnelle européenne destinée à contrer une potentielle hégémonie américaine sur le Groenland. Pour autant, cela sera-t-il suffisant, s’interroge le diplomate Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris, « Je ne pense pas que Trump prendra le risque d'échanger des coups de feu avec les forces européennes. Mais il ne faut pas oublier que les Européens ne sont là que pour deux jours… C'est des manœuvres, c'est un geste plus symbolique qu'autre chose. Si jamais ils veulent prendre le Groenland, c'est assez facile. Il y a 50 000 habitants, ils ont leur base sur place, ils peuvent tout faire. Mais je ne pense pas qu'ils le fassent parce qu’effectivement, malgré tout, ils ont un certain attachement à l'OTAN qui est un vecteur de puissance important pour les Américains en Europe. On peut donc penser que ça se terminera par une négociation léonine, bien sûr, mais par une négociation plutôt que par une invasion pure et simple que beaucoup dans l'opinion américaine ne comprendraient pas. » Un signal envoyé à Washington Un signal des Européens, mais reste à savoir quelle sera la réaction de la Maison Blanche. Une réaction redoutée car, l’affaire du Groenland, c’est une rupture dans la relation transatlantique estime Cyrille Bret, « D'une part, en affichage médiatique, ce sera perçu avec beaucoup de condescendance dans la mesure où le contingent des officiers et des soldats envoyés sur place est extrêmement limité. Mais de façon plus officieuse, effectivement, ce sera perçu par l'univers Maga comme le début d'un rapport de force et donc comme un signal assez net de l'unité des Européens du Nord et des alliés de l'OTAN historique en soutien à la souveraineté danoise sur le territoire. Donc, je pense vraiment que ce sera perçu de façon ambivalente. Ce n'est pas un contingent de quelques soldats qui dissuadera les États-Unis de défendre ses intérêts de sécurité, mais de l'autre, effectivement, un changement de posture stratégique des Européens qui passe d'une posture assez accommodante finalement avec l'administration Trump, à une posture où les dispositifs militaires, eux aussi, sont mobilisés pour contrer l'aventurisme militaire américain. » À lire aussiTrump menace 8 pays européens de nouveaux droits de douane «jusqu'à la vente totale du Groenland» « Quand on envoie un signal sur la volonté de défendre sa souveraineté, on l’envoie à tout le monde et on l’envoie aussi à nous même », a ainsi précisé vendredi Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées françaises.
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  • Groenland, la tentation américaine
    Jan 11 2026
    Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale mènent des discussions actives sur une acquisition du Groenland, a déclaré ce mercredi 7 janvier la Maison Blanche. Le Groenland, territoire semi-autonome intégré au royaume du Danemark, est au cœur des ambitions américaines, l’île du cercle polaire n’est plus une périphérie glacée. Réchauffement climatique oblige, le Groenland devient un espace de circulation structuré par trois routes maritimes polaires. Une au nord-est contrôlée par les Russes, une autre à l'ouest entre Groenland et Canada. Et enfin la Transpolar Sea Route (TSR) qui, du détroit de Béring rejoint l'Atlantique en passant par le nord du Groenland. Et outre les États-Unis, la Russie et la Chine entendent bien y planter le drapeau, souligne Mikaa Blugeon-Mered, enseignant à l'école de guerre à Paris : « Une militarisation russe qui, de fait, depuis quinze ans, arrive à des niveaux significatifs. Et l'autre, c'est la question chinoise, bien sûr, puisque la Chine arrive, été après été, à faire des premières de navigation sous-marine, sous banquise, qui permettent effectivement aujourd'hui à la Chine d'acquérir une compétence en Arctique qu'elle n'avait pas du tout et qu'elle pourrait tout à fait commencer à exploiter d'un point de vue stratégique dans les années qui viennent ». À lire aussiPourquoi la fonte des glaces du Groenland menace l'humanité (et ferait les affaires de Trump)? Une chasse gardée américaine Pour les États-Unis, le Groenland a toujours été perçu comme une chasse gardée, un territoire stratégique. Déjà pendant la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide et depuis les traités de 1951, Washington est même le garant de sa sécurité. L'armée américaine y possède encore une base à Pituffik, anciennement Thulé, au nord-ouest de l'île. « Cette base de Pituffik », dit Mikaa Blugeon-Mered, « a été mise sous le commandement de la Space Force, c'est-à-dire de l'armée spatiale des États-Unis, créée il y a quelques années. L'objectif de Pituffik aujourd'hui, c'est de servir de relais entre l'infrastructure au sol et les infrastructures spatiales au sens des satellites, notamment des satellites d'observation militaire, des satellites de renseignement électronique ou de renseignement optique qui déchargent leurs données à Pituffik, données qui sont ensuite exploitées ailleurs ». Un bras de fer autour des ressources naturelles Le Groenland, stratégique sur l'échiquier militaire, l'est tout autant pour ses ressources de zinc, de graphite, de cuivre, de lithium, des terres rares. Grand comme quatre fois la France, le Groenland abrite dans ses sous-sols un immense trésor attisant les convoitises de tous les compétiteurs, y compris des Européens. « La Chine, l’Europe et les États-Unis sont en compétition pour les mêmes ressources du Groenland. Parce que si effectivement le Groenland est stratégique pour les États-Unis, pour la défense, la tech, l'intelligence artificielle, c'est pareil pour nous. Que ce soit sur le molybdène, que ce soit sur les terres rares, que ce soit potentiellement pour l'uranium à long terme, que ce soit même pour du sable, on a les mêmes enjeux de compétition. Le deuxième élément important, c'est la question de l'architecture de sécurité transatlantique. Le Groenland fait partie de l'Otan parce que c'est encore un territoire d'outre-mer du Danemark. Et donc le sujet qu'il y a ici au Groenland, c'est que si effectivement les Américains débarquent au Groenland avec leurs gros sabots, est-ce que ça fera exploser l'Otan ? A priori, on peut dire que la réponse est potentiellement oui ». L’Otan en ébullition Les États-Unis vont-ils faire du Groenland une île forteresse, au nez et à la barbe des Danois, quitte à déstabiliser l'architecture de sécurité ? La réaction des Européens, pointe Mikaa Blugeon-Mered, n'a en tout cas pas tardé : « Ce qui est intéressant d'observer depuis le matin du lundi 5 janvier, ça a été la réaction coordonnée au plus haut niveau par rapport aux déclarations de Donald Trump post affaire Maduro au Venezuela, de dire, voilà, tous les pays nordiques par la voix de leur Premier ministre et les pays de la Baltique également, ce qu'on appelle le NB8, le Nordic Baltic 8. Ils ont tous réagi de manière concertée et de manière coordonnée pour dire que s'il se passe quelque chose, on ne va pas laisser le Groenland tomber. Ces huit États voient très bien ce qui pourrait se passer si Donald Trump prenait le Groenland par la force. Vladimir Poutine pourrait se dire que c'est le blanc-seing pour faire exactement la même chose, pas juste en Ukraine, mais notamment sur les États baltes. Et ça, c'est ce qui a provoqué a priori cette réponse concertée, avec encore une fois un haut degré de coordination sur le volet défense, on va défendre le Groenland si les Américains viennent ! Et ça,...
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  • Le char de combat, pierre angulaire du combat de haute intensité
    Jan 4 2026
    En Ukraine, malgré la transparence du champ de bataille et la guerre de position, les chars de combat demeurent la pierre angulaire des combats de haute intensité. Mais désormais de nouveaux rôles sont assignés aux blindés indique une étude menée par Léo Péria-Peigné, chercheur à l’Ifri. Les chiffres sont vertigineux et rappellent que le char de combat demeure un matériel hautement consommable. Depuis le début de l’invasion, l’armée russe en a perdu plus de 4 000, elle a même été contrainte pour étoffer ses rangs, de remettre en route d’antiques T-62. En 2025, les pertes se réduisent, pointe Léo Péria-Peigné, tout simplement car sur le front, les chars se font discrets, « On les voit moins. Tout simplement parce que vous avez à faire, au tout début de la guerre, à deux armées pour lesquelles le char était vraiment le pion de base. Ils en avaient énormément, ils l'utilisaient énormément. Ils apparaissent moins aujourd'hui, car le nombre de chars a effectivement été réduit par des pertes qui sont importantes et une industrie qui n'arrive pas à suivre. Néanmoins, il serait faux de penser qu'on ne les voit plus. Ils ont toujours une utilité. On en a par exemple beaucoup vu à Koursk. Quand le champ de bataille change et qu'on passe d'une guerre de position qui est très défavorable aux chars à cause des drones, à une guerre de mouvement où là le char redevient indispensable ». Les chars comme transport de troupes En 2025, si la moitié des chars détruits l’a été par des drones, la machine n’est pas pour autant devenue obsolète, ses missions en revanche ont évolué et plusieurs tendances se dégagent : « L'usage du char pour une mission d'abord antichar, il est extrêmement limité. Il est extrêmement rare. Les rencontres chars contre chars sont en fait très rares. Et de ce que disent les Ukrainiens eux-mêmes, ils disposent maintenant de bien suffisamment d'autres armes pour les détruire. Ce qui fait qu'ils n'ont pas besoin d'un outil aussi spécialisé qu'un char spécialisé en antichar. Le char va être utilisé pour d'autres choses. Il va être utilisé pour des assauts. Il va être utilisé pour des missions de tir indirect, comme une sorte de palliatif à l'artillerie. Il va être utilisé aussi pour beaucoup de missions comme du déminage, du dépannage et aussi du transport, plutôt du côté russe pour le coup, avec une transformation des chars qui parfois n'ont plus de tourelle, ou un canon qui est inopérant, en transport de troupes surblindé. Les fameux chars tortue qui ont un air qui peut paraître un petit peu ridicule au premier abord, mais le fait qu'on en voit depuis maintenant plus d'un an et que leurs apparitions se multiplient montrent qu'ils ont une pertinence sur le champ de bataille, ils ont une utilité. Les Ukrainiens eux même disant que ces véhicules sont tellement durs à détruire, qu’il faut 50 ou 60 drones et donc le temps de déployer 50 ou 60 drones pour les immobiliser, ça leur donne une vraie utilité en transport de troupes ». La Russie ne retrouvera jamais le niveau de stocks de chars de la guerre froide Très résilient, le char de bataille est aussi une plateforme très adaptable, doté d’une grande mobilité et d’une importante puissance de feu, mais il est disponible en faible quantité. Les stocks colossaux de l’ex-Union soviétique appartiennent au passé, souligne Léo Péria-Peigné, « Il y a une chose qu'il faut vraiment avoir en tête, c'est que la Russie ne retournera jamais au niveau de stock qu'elle avait avant la guerre. Elle a vraiment consommé dans la guerre en Ukraine son pain blanc, qui étaient les stocks soviétiques et qui étaient énormes. Aujourd'hui, on estime qu'elle produit entre 150 et 250 chars vraiment neufs par an. C'est très important. C'est bien plus que ce qu'on produit en Europe. Néanmoins, ça rend difficile de reconstituer des stocks. On voit aussi qu'il y a une idée de relance de la production de chars plus anciens, comme le T-80, alors qu'aujourd'hui, il n'y a que le T-90 dans sa dernière version qui est produit. Mais à côté de ça, des programmes plus futuristes, plus ambitieux comme le T-14 Armata qui avait été présenté en 2015, ont l'air d'avoir été purement et simplement suspendus pour une durée indéterminée, en expliquant qu'ils sont trop chers, trop complexes pour être produits en masse. Or, la Russie garde un besoin de masse, elle a fait son choix dans l'arbitrage entre quantité et qualité. Ce qui fait que ces réflexions-là, elles doivent aussi nous interroger sur notre propre rapport à l'innovation et au changement de génération dans nos plateformes ». Alors qu’il était en déclin depuis la fin de la guerre froide, on assiste à un regain d’investissement dans ce segment en Europe. Le char de combat, solidement taillé pour la guerre de haute intensité, est aussi l’apanage des grandes puissances ...
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  • La dissuasion nucléaire russe à l’épreuve de la guerre en Ukraine
    Dec 28 2025
    Dès le lancement de son « opération militaire spéciale » (SVO) contre l’Ukraine, le 24 février 2022, le Kremlin, qui dispose de l’un des plus vastes arsenaux nucléaires au monde, a adopté des mesures de dissuasion agressives et une rhétorique résolument menaçante. Décryptage d’un possible emploi de l’arme nucléaire par Moscou, avec Dimitri Minic, chercheur à l’Institut français des Relations internationales (Ifri). [Rediffusion] RFI : Dès les premiers jours de la guerre, Moscou adopte une rhétorique nucléaire agressive. Quelle est sa stratégie ? Dimitri Minic : Le 24 février 2022, sa stratégie, c'est de prendre Kiev en quelques heures et au pire quelques jours, et de soumettre politiquement l'Ukraine. Quand Vladimir Poutine fait son discours sur l'opération militaire spéciale le 24 février, qui annonce son déclenchement, il fait une allusion à un emploi possible de l'arme nucléaire, face à ceux qui voudraient s'impliquer directement dans ce conflit pour aider l'Ukraine. Ce qui, au fond, a permis à la Russie d'éviter effectivement une escalade de la guerre locale en guerre régionale, impliquant d'autres pays, d'autres puissances, mais qui n'a pas suffi non seulement à dissuader effectivement l'Ukraine de résister, mais surtout qui n'a pas permis d'éviter le début d'un flux d'aide militaire à l'Ukraine. Et par ailleurs, ces menaces nucléaires russes n'ont pas permis d'empêcher l'instauration de sanctions économiques très importantes de l'Occident contre la Russie. Donc, c'est un succès relatif de la stratégie nucléaire russe, mais qui, en réalité, ne permet pas à la Russie d'isoler l'Ukraine de l'Occident, ce qui était son principal objectif. Mais il y a quand même une véritable inquiétude qui plane en Occident, puisque le nucléaire tactique fait partie de l'arsenal russe. Le nucléaire a été étendu à la guerre conventionnelle, en quelque sorte ? Oui, absolument. En fait, à la chute de l'Union soviétique, les élites militaires russes héritent d'une doctrine de non-emploi en premier. Et progressivement, elles se rendent compte que la théorie de la dissuasion et ses mécanismes étaient peu développés par rapport à ce qui existait en Occident. Dans les années 90, vous avez une grande période d'élaboration conceptuelle, de théorisation qui conduit l'armée russe, au plan théorique et doctrinal, à effectivement étendre la dissuasion nucléaire aux guerres conventionnelles de toute ampleur, locales, régionales et à grande échelle. Il y a un emploi possible de l'arme nucléaire, un emploi démonstratif, limité, censé mettre fin aux combats dans des conditions favorables à la Russie. On aurait pu se dire, puisque l'opération militaire spéciale est un échec pour la Russie, il est possible que ces concepts soient appliqués. Mais en réalité, cette doctrine exigerait des conditions qui ne sont pas du tout réunies dans la guerre en Ukraine. Pour que Moscou prenne des mesures de dissuasion nucléaire très claires, il faudrait par exemple un transfert des têtes nucléaires depuis les entrepôts centraux vers les unités, vers les bases. Un transfert démonstratif médiatisé qui montrerait que la Russie commence à penser sérieusement à employer l'arme nucléaire ou un essai nucléaire réel, ou d'autres types de mesures qui montreraient qu'elle a vraiment la volonté de le faire. Mais il faudrait qu'elle se trouve dans des conditions extrêmement graves. Il faudrait qu'elle soit en passe de perdre de manière irrémédiable face à un ennemi conventionnel, aidé par des États d'ailleurs dotés de l'arme nucléaire, qui non seulement aient envie de conquérir des territoires russes ou bien aient envie de changer le régime russe. À lire aussiRussie: Vladimir Poutine annonce une révision de la doctrine nucléaire et menace les Occidentaux On le voit au début de la guerre, les Américains vont sonder les Russes afin de savoir dans quelles conditions ils pourraient utiliser l'arme nucléaire. Absolument. Et à l'époque, Valeri Guerassimov répond qu'il y a trois conditions : l'utilisation d'armes de destruction massive contre la Russie, une volonté, une tentative de changer le régime, une déstabilisation profonde du régime provoqué par un État étranger. Et la troisième condition serait des pertes catastrophiques sur le champ de bataille. Et c'est intéressant parce que, à l'époque, à l'automne 2022, la Russie subit des pertes et surtout des revers militaires importants en Ukraine, dans le Donbass. Valeri Guerassimov, à ce moment-là, en évoquant ces trois conditions, abuse de son interlocuteur parce qu'il est évident que la Russie aurait pu compenser ses pertes assez rapidement et qu'elle a de telles réserves matérielles et humaines qu'il est très peu probable qu'elle recourt au nucléaire dans ce type de conditions loin d'être inacceptable ou en tout cas catastrophique pour elle. Vous ...
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  • Ce que disent les graffitis des soldats russes en Ukraine
    Dec 21 2025

    C’est un aspect du conflit ukrainien encore peu documenté. Les soldats russes, depuis bientôt quatre ans de guerre, ont multiplié les graffitis sur les murs des zones occupées. Wall Evidence, un collectif basé à Kiev, répertorie et classe les photos de ces graffitis, comme des pièces à conviction. [Rediffusion]

    À ce jour, le collectif Wall Evidence a compilé près de 800 graffitis. Paul Dza, photographe à l’agence Sipa, participe à ce projet initié dès les premiers jours de la guerre, juste après les massacres de Boutcha.

    « Au milieu des débris, au milieu des appartements pillés et saccagés, on retrouve des messages, détaille-t-il. Ça peut être des messages qui sont adressés à la population ukrainienne. On retrouve par exemple, dans des appartements où les habitants ont été assassinés, des messages ironiques s'excusant pour le vacarme, s'excusant pour les dégâts qui ont été laissés. On retrouve des messages, par exemple, qui disent que l'Ukraine n'est pas un vrai pays. Il y a [aussi] des supermarchés dont les noms ukrainiens ont été barrés pour être remplacés par des noms russes. »

    Des graffitis comme outil de revendication

    Des graffitis omniprésents du Donbass au nord, à la région de Kherson au sud.

    « On imagine les soldats russes laisser des graffitis, poursuit Paul Dza. Pas dans un moment où l'assaut est en cours. Pas dans un moment où les combats font rage. C'est dans des moments d'entre-deux, des moments de latence, des moments d'attente, d'ennui. On les imagine en train de faire des graffitis en se disant "bon, il faut que je puisse dire à mes proches, à mon village, à ma région, que ce grand projet d'invasion de l'Ukraine, il faut que je le revendique". Donc, ils vont mettre la date, ils vont mettre la région d'où ils viennent. Et très souvent, ils sont pris en photo par les soldats russes et partagés sur des réseaux sociaux comme Telegram ».

    Un intérêt juridique et militaire

    Ces documents, accessibles aux chercheurs, éclairent sur le positionnement des unités russes et la temporalité du conflit.

    Grand reportageEst de l’Ukraine, lâcher du terrain ou combattre jusqu’au bout ?

    Et ceux retrouvés dans des lieux de tortures viennent aussi nourrir les dossiers des procureurs. Mais les graffitis russes, souligne Paul Dza, ont aussi un intérêt militaire : « Une unité qui va laisser beaucoup de graffitis - avec des noms, avec des pseudos, avec les villes d'origine - ce sont des informations tactiques qui sont utiles pour les soldats ukrainiens, qui vont en déduire que c'est une unité peu spécialisée, qui laisse beaucoup de traces, qui n'est pas discrète dans son avancée. »

    « À l'inverse, continue le photographe, des soldats qui vont laisser de l'humour, des graffitis qui prennent énormément de temps à être faits comme des poèmes, des extraits de romans entiers qu'on peut retrouver parfois sur certains murs de zones occupées, les soldats ukrainiens peuvent en déduire qu'ils ont face à eux des soldats russes très confiants, sûrement expérimentés, et qui prennent le temps de laisser des graffitis élaborés sans pour autant donner d'informations tactiques. »

    Une plongée dans la tête des soldats russes

    Tag, signatures, les soldats russes laissent également sur les murs de nombreux dessins, indique Paul Dza : « Des dessins font des références à la Grande Guerre patriotique, et certains mettent en parallèle l'invasion de l'Ukraine avec la Seconde Guerre mondiale. On retrouve des étoiles rouges, on retrouve des faucilles et marteaux. On retrouve parfois des dessins avec des références à la culture pop, avec des références à des mangas. On peut retrouver des représentations plus élaborées comme des dessins de soldats représentés à échelle humaine. On retrouve par exemple des espèces d'envolées lyriques ou les soldats russes s'inspirent ou modifient les paroles d'une chanson, modifient le texte d'un poème qui parle de la mort, qui parle de la fin qui approche, mais que le but, le grand combat dans lequel ils sont lancés, continuera malgré leur perte. »

    Information brute, les graffitis offrent une plongée dans la tête des soldats russes, véritables reflets de la dynamique d’une armée d’occupation.

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  • Ukraine: au contact de la «kill zone» de Pokrovsk, le récit glaçant d’un soldat ukrainien
    Dec 14 2025
    Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré jeudi que les États-Unis continuaient de demander d'importantes concessions de la part de son pays dans les négociations pour mettre fin à la guerre avec la Russie, dont le retrait de ses troupes du Donbass. Or, c'est dans la région de Donetsk, où se déroulent l'essentiel des combats, que la défense ukrainienne repose sur la ceinture fortifiée. Un dispositif militaire sans équivalent. De Sloviansk, au nord, à Prokovsk, au sud, sur une centaine de kilomètres s'étend la ceinture fortifiée de l'oblast de Donetsk. Ce n'est ni une ligne Maginot, ni un mur de l'Atlantique fait de béton et d'acier. La ceinture fortifiée, c'est avant tout une kill zone. Une ligne de front parfaitement transparente, sur dix kilomètres de profondeur, décrit Dmytro Kushnir, caporal au sein de la Rubizh Brigade de la garde nationale ukrainienne. Elle est déployée à Pokrovsk: « Pour faire un assaut. Pour avancer, il faut traverser cette zone. Tout ce qui se trouve dans cette zone risque d'être attaqué et abattu. Vous avez des drones de surveillance qui sont tout le temps en l'air, tout le temps. Dans les postes de commandement, vous avez des streams en ligne, donc les commandants voient en temps réel ce qui se passe sur toute la zone de leur responsabilité. Donc, ils voient tout. Tout ce qui bouge est ciblé. Dès qu'il y a un char qui sort son nez, tous les pilotes de drones disent: "Je le prends ! Je le prends !" C'est une espèce d'émulation qui se met en route. Les mecs, ils se bousculent pour abattre le char en question. » Le crépuscule des drones Il y a des drones équipés de caméras pour le jour, d'autres pour la nuit. Le seul moment où les infiltrations sont donc possibles dans la kill zone, c’est dans l’entre deux, entre « chien et loup ». « Les crépuscules, c'est la période où on change les drones, et c'est le moment qu'on utilise souvent pour passer, et que les Russes utilisent pour passer notamment. Ensuite, les conditions météorologiques peuvent jouer aussi leur rôle, par exemple le brouillard. Il y a eu une période d'une dizaine de jours, deux semaines sur notre zone de responsabilité à Pokrovsk, avec des brouillards extrêmement épais, ce qui a permis aux Russes d'avancer d'ailleurs, parce que le drone dans le brouillard, il ne voit pas. La pluie aussi, ça n'aide pas. Des vents forts, ça n'aide pas. Les drones sont omniprésents, oui, mais il y a quand même des limites parfois à leur utilisation.» La kill zone, un jeu vidéo meurtrier Au sein de la brigade d’intervention rapide d’infanterie Rubizh, il y a un bataillon de dronistes, armés de FPV, pour First personnal Viewer, des drones kamikazes pilotés avec des masques. Ces dronistes sont la pierre angulaire de la ceinture fortifiée et ce sont tous des geeks sourit Dmytro Kushnir. « Les meilleurs dronistes en Ukraine, ce sont des jeunes qui sont toujours des fans de jeux vidéo. D'ailleurs, j'ai des amis comme ça. J'ai un très bon ami qui était fan de jeux vidéo, aujourd'hui il est au front, il est droniste et il adore ça. C'est une sorte de jeu aussi, mais c'est un jeu meurtrier. Et, aujourd'hui, les gens qui maîtrisent le mieux les drones étaient tous très bons en jeux vidéo.» La transparence de la kill zone contraint les forces qui la défendent à être ravitaillées par drones également Des quadricoptères bombardiers sont utilisés pour la logistique, lestés de sacs de dix kilos, mais encore faut-il échapper aux brouillages électromagnétiques, insiste le caporal Kushnir : « Il y a toute une variété de systèmes de guerre électronique qui ont été développés. Les systèmes personnels, mais aussi des systèmes qui peuvent occuper toute une zone sur la ligne de front. De gros systèmes. La question, c'est les fréquences. Il faut connaître les bonnes fréquences. Et après vous avez des drones, par contre à fibre optique, qui prennent de plus en plus de place dans le combat. Ces drones sont vachement dangereux parce que justement ils n'ont pas peur du brouillage. Ils sont très bons contre les cibles statiques, par exemple, comme des bâtiments. Par contre, ils ne sont pas assez efficaces contre les cibles mobiles.» Avant d'être soldat, Dmytro Kushnir était, dès 2014, secouriste auprès des forces ukrainiennes. Il a donc connu la guerre, sans, puis désormais avec les drones. Des drones dont l'omniprésence limite les combats rapprochés, et constituent l'armature de la ceinture fortifiée de l'oblast de Donetsk. À lire aussiFortifications sur 2 000 kilomètres, drones, l'Ukraine se prépare à une guerre longue
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