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Chronique des médias

Chronique des médias

Auteur(s): RFI
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L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France, une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre. En partenariat avec le magazine «Stratégies».

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  • États-Unis: à Minneapolis, au cœur des polémiques autour de l'ICE, la bataille des images
    Jan 30 2026

    Analyse des images de la mort d'Alex Pretti, à Minneapolis (Minnesotta), et de ce que cela dit de l'information aux États-Unis.

    Les médias américains ont repris cette semaine les images du média en ligne The News Movement, dans lesquelles on voit Alex Pretti s'en prendre à une équipe de l'ICE, la police de l'immigration.

    Ces images remontent à onze jours avant sa mort. Il crache sur leur véhicule, profère des insultes et donne deux coups de pied à l'arrière d'un SUV, dont un qui détruit le phare arrière, ce qui amène les agents à le plaquer au sol. On voit aussi distinctement qu'il porte un pistolet à la ceinture comme il en a le droit, y compris dans une manifestation, puisqu'il est détenteur d'un permis de port d'armes.

    Évidemment, prenant la suite de militants MAGA, le président américain Donald Trump va se saisir de ces images pour essayer de retourner à son avantage cette nouvelle vidéo. Il a qualifié Alex Pretti d'« agitateur » et de potentiel « insurgé », ce qui n'est pas très loin de l'expression « terroriste intérieur » utilisée par certains de ses soutiens.

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    Cette nouvelle vidéo change-t-elle le fond de l'affaire ?

    Les faits sont aujourd'hui connus grâce à des vidéos d'autres manifestants authentifiées par les agences de presse : Alex Pretti est mort à la suite de dix coups de feu tirés par deux policiers, alors qu'il avait été plaqué au sol. Est-ce la découverte de cette arme qui a justifié les tirs ? C'est ce qu'on comprend sur les images.

    Est-ce qu'elle a servi de prétexte à une exécution extrajudiciaire ? L'enquête le déterminera, mais il est tout aussi certain qu'une version erronée a été donnée sciemment par l'administration Trump, qui a d'abord prétendu qu'Alex Pretti résistait lors de son interpellation et qu'il menaçait des agents. On sait aujourd'hui que c'est faux. Et au fond, on est un peu dans les codes du trumpisme : tenter d'installer une vérité alternative avant de reculer en cas d'évidence trop forte. Mais revenir à la charge dès que l'occasion se présente.

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    La circulation de l'information, le nerf de la guerre

    Comme dans l'affaire Renee Nicole Good, cette femme de 37 ans tuée à Minneapolis, ce sont les vidéos qui font foi et contredisent la version officielle. Les journalistes qui couvrent les manifestations sont repoussés et, selon l'ONG Reporters sans frontières, six d'entre eux ont même été agressés par des agents en janvier.

    Les réseaux sociaux, et la certification des images par les médias, sont donc un précieux levier pour rétablir la vérité des faits. Mais ils peuvent être aussi manipulés, comme on l'a vu avec ces photos trafiquées montrant Alex Pretti brandissant un pistolet à la place de son portable. Le comble est quand l'intelligence artificielle sur Meta amène le réseau social à bloquer un article dénonçant cette manipulation.

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    3 min
  • Alerte sur le modèle économique des médias en France
    Jan 23 2026

    Des menaces pèsent sur les médias traditionnels en France et singulièrement sur le service public. Notamment dans un contexte de restrictions budgétaires tous azimuts.

    Mercredi 21 janvier 2026, l'Assemblée nationale a voté une nouvelle coupe budgétaire de 30 millions d'euros sur l'audiovisuel public, ce qui porte à 100 millions la réduction budgétaire sur un peu plus de 2,8 milliards. Cela signifie pour France Télévisions un recul de 200 millions d'euros par rapport à la trajectoire financière prévue, somme qui manquera pour financer des séries, des téléfilms ou payer des émissions et des droits sportifs – le groupe a déjà dû renoncer à une partie du tournoi des 6 Nations. Sa présidente, Delphine Ernotte, entend préserver l'information, le numérique et l'offre jeunesse, mais elle doit composer avec une réalité européenne : l'attrition des ressources publiques.

    Un seul chiffre : en dix ans, selon l'Union européenne de radiodiffusion, la baisse de financement de l'audiovisuel public est de 7,4% dans les 27 pays de l'UE, en tenant compte de l'inflation. La France n'y échappe pas. On a vu en Lituanie dernièrement, comme en Hongrie, en Slovaquie ou en Italie auparavant, que le redimensionnement budgétaire s'accompagne souvent d'une reprise en mains politique sous l'influence de l'extrême droite.

    Modèle économique des médias menacé

    D’après le dernier rapport publié par l'Arcom et le ministère de la Culture, la production de l'information en France est assurée pour un tiers par le service public.

    Mais, chez les médias privés, la situation est presque plus alarmante au regard de leurs performances publicitaires. Sur cinq ans, de 2019 à 2024, la part de marché publicitaire des médias traditionnels s'est effondrée par rapport aux plateformes numériques comme Google, Meta ou Amazon : elle n'est plus que de 33 % alors qu'elle était de 42 %, il y a cinq ans. Cela signifie que les groupes privés ont de moins en moins les moyens de leurs recettes traditionnelles pour assurer leur mission.

    Accélérer leur développement numérique

    TF1+, France.TV, M6+ appliquent cette stratégie avec leurs applis. Seulement, on commence à comprendre que tout cet inventaire nouveau de contacts peinera à faire face aux géants du web qui se renforcent avec de nouveaux acteurs. On pense à YouTube, mais également à Netflix, qui vise trois milliards de dollars de revenus publicitaires dans le monde cette année, à Prime Video ou Disney+. Tous sollicitent l'argent des annonceurs et concurrencent les médias.

    Enfin, il faut compter avec les acteurs de l'IA qui, à l'instar d'OpenAI, créent leur régie publicitaire. Le jour où les IA auront détruit les médias en ayant pris leur pub après avoir pillé leurs contenus, la boucle sera bouclée. D'où l'importance de la question des droits d'auteur.

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    3 min
  • Black-out numérique et médiatique en Iran
    Jan 16 2026
    Plongée dans le noir numérique et médiatique en Iran pour réduire au silence les victimes de la répression du régime. C'est une sorte de voile noir qui s'est abattu sur le régime des mollahs depuis le 8 janvier 2026, à 20h, lorsqu'ont été bloqués internet et les communications téléphoniques. On a alors pensé qu'il s'agissait d'empêcher les manifestants de se coordonner, d'échanger sur des points de ralliement. En réalité, il y avait beaucoup plus que ça. Car ce 8 janvier, le gouvernement de la République islamique a pris la décision de massacrer en silence, en tirant à balles réelles sur les protestataires. Le Monde a publié le témoignage d'un certain Kiarash, qui a vu à Téhéran, sur la place Kadj, une femme, ou supposée telle, se glisser dans la foule sous un tchador, pour assassiner des manifestants au pistolet silencieux. On commence à estimer le nombre effroyable de victimes. Iran Human Rights, une ONG basée en Norvège, parle de 3 428 morts. Mais le bilan pourrait être plus lourd si l'on en croit un journaliste iranien anonyme qui a livré à Libération le récit de la violente répression des manifestations en cours contre le régime. Lui parle de 10 000 personnes tuées. Avec ce détail sordide : un prix de 5 000 à 15 000 euros par corps demandé aux familles pour récupérer les dépouilles. Cette enquête parue dans Libé montre aussi le rôle de la censure et des médias officiels Un black-out numérique et médiatique, cela signifie qu'on ne peut plus aisément documenter les événements en cours. Si certains témoignages, photos ou vidéos parviennent à sortir d'Iran, c'est que la communication se fait près de la frontière, en dehors du pays, ou bien que l'internaute peut se connecter depuis Starlink, le réseau d'Elon Musk. Mais on voit que les forces de répression traquent les paraboles ou les antennes Starlink et fouillent les photos dans les téléphones portables. Parallèlement, le black-out permet aux médias officiels de livrer la propagande du régime avec ses images de manifestations de soutien et son récit de lutte contre des « terroristes ». Même si, parfois, perce l'ampleur du massacre à travers les appels aux dons de sang. La figure de Reza Pahlavi, le fils du shah, exilé aux États-Unis, peut aussi avoir servi de prétexte Selon le journaliste iranien, c'est quand Reza Pahlavi a appelé à des rassemblements massifs, avec d'autres figures de l'opposition, que le régime a basculé dans la tuerie, au motif de défendre la révolution islamique. On sait que Reza Pahlavi, qui se veut proche de Donald Trump, a été appuyé par la CIA et, selon le média israélien Haaretz, par une opération secrète de promotion sur les réseaux sociaux par l'État hébreu avec des faux comptes et des contenus générés en farsi. Cela a produit une « chambre d'échos » pour appeler à son retour, selon un expert, Maziyar Ghiabi, directeur du centre d'études persanes et iraniennes de l'université d'Exeter, cité sur SkyNews. C'est à se demander si l'Iran ne l'a pas laissé dire - avant le black-out - pour mieux réprimer ensuite. À lire aussiIran: «Notre volonté est de secouer les Nations unies et la communauté internationale»
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    3 min
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