Analyse des images de la mort d'Alex Pretti, à Minneapolis (Minnesotta), et de ce que cela dit de l'information aux États-Unis.
Les médias américains ont repris cette semaine les images du média en ligne The News Movement, dans lesquelles on voit Alex Pretti s'en prendre à une équipe de l'ICE, la police de l'immigration.
Ces images remontent à onze jours avant sa mort. Il crache sur leur véhicule, profère des insultes et donne deux coups de pied à l'arrière d'un SUV, dont un qui détruit le phare arrière, ce qui amène les agents à le plaquer au sol. On voit aussi distinctement qu'il porte un pistolet à la ceinture comme il en a le droit, y compris dans une manifestation, puisqu'il est détenteur d'un permis de port d'armes.
Évidemment, prenant la suite de militants MAGA, le président américain Donald Trump va se saisir de ces images pour essayer de retourner à son avantage cette nouvelle vidéo. Il a qualifié Alex Pretti d'« agitateur » et de potentiel « insurgé », ce qui n'est pas très loin de l'expression « terroriste intérieur » utilisée par certains de ses soutiens.
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Cette nouvelle vidéo change-t-elle le fond de l'affaire ? Les faits sont aujourd'hui connus grâce à des vidéos d'autres manifestants authentifiées par les agences de presse : Alex Pretti est mort à la suite de dix coups de feu tirés par deux policiers, alors qu'il avait été plaqué au sol. Est-ce la découverte de cette arme qui a justifié les tirs ? C'est ce qu'on comprend sur les images.
Est-ce qu'elle a servi de prétexte à une exécution extrajudiciaire ? L'enquête le déterminera, mais il est tout aussi certain qu'une version erronée a été donnée sciemment par l'administration Trump, qui a d'abord prétendu qu'Alex Pretti résistait lors de son interpellation et qu'il menaçait des agents. On sait aujourd'hui que c'est faux. Et au fond, on est un peu dans les codes du trumpisme : tenter d'installer une vérité alternative avant de reculer en cas d'évidence trop forte. Mais revenir à la charge dès que l'occasion se présente.
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La circulation de l'information, le nerf de la guerre Comme dans l'affaire Renee Nicole Good, cette femme de 37 ans tuée à Minneapolis, ce sont les vidéos qui font foi et contredisent la version officielle. Les journalistes qui couvrent les manifestations sont repoussés et, selon l'ONG Reporters sans frontières, six d'entre eux ont même été agressés par des agents en janvier.
Les réseaux sociaux, et la certification des images par les médias, sont donc un précieux levier pour rétablir la vérité des faits. Mais ils peuvent être aussi manipulés, comme on l'a vu avec ces photos trafiquées montrant Alex Pretti brandissant un pistolet à la place de son portable. Le comble est quand l'intelligence artificielle sur Meta amène le réseau social à bloquer un article dénonçant cette manipulation.
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