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L'Afrique en marche

L'Afrique en marche

Auteur(s): RFI
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L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne envie d’aller plus loin !

Diffusion : dimanche à 5h47, 7h47 et 12h50 TU.

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  • ToumAI rend les langues africaines intelligibles pour l'intelligence artificielle
    Feb 3 2026

    Gros plan sur ToumAI une start-up marocaine qui travaille à intégrer les langues et dialectes africains dans les usages que l’on fait de l’intelligence artificielle. L'entreprise, qui compte une quinzaine d'employés, propose une application permettant de mieux communiquer entre clients et plateforme téléphonique de service.

    Ce n'est pas toujours évident lorsque l'on parle hausa, bambara ou le darija d'utiliser des plateformes de service téléphonique pour gérer son compte bancaire, réserver un hôtel ou bien régler ses problèmes de connexion internet. Les serveurs téléphoniques ou les plateformes d'appel ne parlent pas toutes ces langues, loin s'en faut. Aussi, la start-up ToumAI a-t-elle mis au point une application qui permet, avec l'intelligence artificielle, de répondre aux demandes des clients dans différentes langues africaines.

    Youcef Rahmani, l'un des trois fondateurs de ToumAI et de l'application HolistiCX : « On a, à peu près, huit langues aujourd'hui qui sont vraiment prêtes en production et déployées d'ailleurs sur des applications. Donc vraiment, notre objectif, c'est finalement de couvrir les langues les plus parlées. Dans un premier temps, le swahili, le lingala en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud, le zoulou, le xhosa. il y a plusieurs langues, souvent mal considérées par les logiciels et l' IA et que nous, on souhaite couvrir. »

    « L'IA ne comprend pas votre accent »

    Une intelligence artificielle qui s'adapte à l'oral, aux vocables africains, mais également aux intonations, si importantes, à la bonne compréhension d'une langue afin de mieux répondre aux besoins de celui qui l'exprime. Un service qui comble, pour toute une clientèle, un risque de fracture numérique et linguistique, souligne Youcef Rahmani

    « En fait, c'est exactement ça ! ToumAI est né d'une de cette frustration. C'est que pendant longtemps, l'intelligence artificielle a été développée pour quelques langues et quelques cultures. Beaucoup de personnes se sont retrouvées exclues sans même que l'on s'en aperçoive. Au début, on ne s'en rendait pas compte parce que l'IA était reléguée à des rôles un peu obscurs pour le commun des mortels. Mais, lorsque Chatgpt est sorti, je pense que c'est là où les gens se sont rendus compte de la puissance de l'IA. Et en fait, pendant très longtemps, Chatgpt ne parlait pas vraiment d'autres langues à part les langues principales. Quand une IA ne comprend pas votre accent ou votre façon de parler ou votre langue, ce n'est pas juste un problème technique, ça devient un problème d'accès aux services, parce que l'on va avoir des logiciels qui intègrent de l'IA un peu partout, mais sans justement prendre en compte les différences culturelles et linguistiques. Nous avons voulu partir de la voix parce que la voix c'est l'univers où tout le monde parle. Et même quand on ne lit pas ou même lorsque l'on ne maîtrise pas le digital, on peut s'exprimer et obtenir des choses en parlant

    Résoudre le problème d'accès au service

    HolistiCX a séduit des entreprises bancaires comme le marocain Attijariwafa Bank, des opérateurs téléphoniques comme Orange ou Inoui, et certaines entreprises immobilières comme Héritage. Les clients de ces entreprises ne se sentent plus exclus des services à cause d'une inadaptation technologique à la langue. Une solution pertinente qu'a accompagné le fonds de soutien Digital Africa et Malek Lagha, cheffe de projet.

    « C'est très pertinent parce qu’ils ont besoin de collecter de la donnée et qu’aujourd’hui, les logiciels en IA n'arrivent pas à traduire des langues africaines. C'est un marché qui a beaucoup de potentiel. C'est de la donnée très précieuse et qui compte également pour beaucoup d'entreprises dans le monde. Aujourd'hui, ToumAI a conçu une IA pensée dès le départ pour des contextes complexes, capable de comprendre non seulement les mots, mais les intonations. Je pense que c'est pour ça que c'est pertinent pour des entreprises internationales. »

    Pour le moment, la solution proposée par ToumAI concerne huit langues africaines, mais le projet futur est d'adapter une quarantaine d'autres langues à des solutions IA.

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    4 min
  • Avec l'application e-pineA, les agriculteurs béninois gagnent leur pain de sucre
    Feb 1 2026

    Au royaume des start-up, e-pineA fait office de petit prince du Bénin, puisque les deux fondateurs de cette société, basée à Abomey Calavi, ont permis aux agriculteurs de mieux écouler leur production de fruit et de trouver des acheteurs.

    (Rediffusion du 27/07/2025)

    Qui n'a jamais goûté un pain de sucre dans sa vie ne connaît pas la douceur de la saveur de l'ananas. Et pourtant, chaque année au Bénin, une bonne partie des récoltes ne trouve pas preneur, faute de lien entre paysans-producteurs et revendeurs-exportateurs. Mais cela, c'était avant ! Avant qu'Ulrich et Lucien ne créent Biolife, une start-up béninoise qui a conçu e-pineA, une application sur smartphone qui permet de signaler quand un champ arrive à maturité pour des intermédiaires qui prennent des options d'achat. Lucien Medjiko est le cocréateur de l'application smartphone.

    « Le principe est simple : la plateforme va permettre aux agriculteurs de donner la cartographie de son champ en renseignant les données : "Combien je suis en train de produire. J'ai planté à certaines dates et j'ai certaines variétés". Tout un tas de données que le producteur va fournir et sur la base de ces informations, notre technologie va analyser tout ça, pour prédire la période de maturité, le rendement. Donc c'est sur cette base-là que les acheteurs, que ce soit à Cotonou ou à Niamey se renseigneront sur le niveau de maturité des champs, la quantité disponible. Il fait tout cela à partir de notre application qu’il télécharge sur Play store », détaille Lucien Medjik, cocréateur de l'application smartphone.

    E-pineA est donc une application sur Android qui permet à environ 1 800 producteurs et 200 acheteurs de faire affaire et d'éviter les pertes. Mais au sein de leur start-up Biolife, Lucien et Ulrich font aussi du conseil pour un bon usage des parcelles.

    « Aujourd'hui, il y a un constat que les terres sont fatiguées. Il faut repenser leur mode de production. Ce qui a fait que nous faisons la promotion des pratiques durables telles que la rotation des parcelles, l'utilisation de légumineuses à cycle court et des intrants d'origine organique, fabriqués localement. Ces producteurs, petit à petit, nous devons les accompagner aussi dans ce processus », explique Ulrich Djido, agronome et cofondateur d'e-pineA.

    Depuis deux ans qu'il travaille avec Biolife et utilise leur application, Apollinaire Houeton, producteur d'ananas bio dans la commune de Zé, sent nettement la différence dans ses revenus : « Je fais de l’ananas biologique. Des fois, on produit, mais cela reste dans le champ et cela pourrit. Mais avec Biolife, actuellement, on n'a pas problème de marché, parce qu'ils nous aident à vendre nos produits à l'intérieur. Avant, sur 50 tonnes d'ananas, on se trouvait avec 3 à 5 tonnes d'ananas exportables. Mais avec Biolife, on a commencé par trouver jusqu'à 10 tonnes exportées. C'est bien mieux. »

    Biolife et l'appli e-pineA ont bénéficié du soutien financier de Digital Africa, une filiale de Proparco qui a investi 32 millions de francs CFA (50 000 euros) dans cette start-up béninoise pour l'aider à grandir. « Pour moi, le digital est l'une des solutions qui peut considérablement améliorer l'efficacité de cette industrie en améliorant la distribution et la logistique, du producteur au distributeur. C'est ce que vient faire e-pineA qui permet à une myriade de petits producteurs, très fragmentés, d'avoir accès à un marché énorme qui est celui de l'export ou de la transformation locale, ce qui n'existait pas. C'est-à-dire qu’un producteur avant pouvait produire et perdre 30 à 40 % de sa production juste parce qu’il n'avait pas de débouché au moment où son produit était prêt à être vendu », argumente Grégoire De Padirac, directeur général de Digital Africa.

    Et nos startupeurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Leur application, qui évite déchets et gâchis de production, pourraient aisément se décliner pour d'autres produits périssables et pourtant recherchés, comme la mangue ou le karité.

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    4 min
  • À Abidjan, des cantines scolaires pour bien se nourrir et mieux apprendre
    Jan 18 2026
    À Abidjan, devant la faiblesse de la restauration scolaire, Krys Digbehi a eu l’idée il y a cinq ans de créer une chaîne de restaurants pour les écoles ou les lycées. Yéyiba, une start-up ivoirienne, permet aux enfants qui ont une tête bien pleine d’avoir aussi un ventre bien nourri. Yéyiba, cela veut dire « succès » en langue yacouba, la langue maternelle de Krys Digbehi. Cet Ivoirien originaire de Danané, après des études scientifiques, a changé de voie en décidant de se rediriger vers la gastronomie et les cantines scolaires. Krys Digbehi, rencontré lors du forum Euroafrica à Montpellier, exposait son projet aux participants de ces rencontres. « Initialement, j'ai fait une formation de mathématique-informatique et après j'ai fait une reconversion en cuisine professionnelle à l'école hôtelière de Bassam et j'ai lancé mon business, mon entreprise de restauration, en étant autodidacte. » Ne plus manger par défaut Il a choisi la restauration scolaire « d’abord parce qu'il y a de la demande, il y a des milliers et des milliers d'écoles d'Abidjan qui n'ont pas de cantine. Je pense que selon les derniers chiffres, plus de 64 % des écoles en Côte d'Ivoire n'ont pas de cantine scolaire. Il y a aussi la précarité des cantines qui sont dans les écoles. Étant moi-même étudiant, j'ai vu comment c'était vraiment difficile de trouver à manger ou de trouver de la bonne nourriture. Il n’y avait pas vraiment de professionnalisme dans la nourriture. Donc, le midi, j’étais obligé de manger par défaut et ça coûtait cher. Donc, pour un élève lambda, qui n'a pas de revenu, il est obligé de mal se nourrir et puis après, il peut avoir des intoxications. » Sur fonds propres et avec quelques prix remportés dans des concours de start-up, Krys Digbehi a investi dans des containers ambulants et dans du matériel de restauration professionnelle. Avec ses quinze employés, il travaille pour quatre établissements abidjanais. « Dans les écoles, j'installe un conteneur, j’ai une cuisine, un conteneur équipé de matériaux, des tables en inox, du matériel vraiment professionnel et nous installons ce dispositif-là ainsi qu’un espace pour manger avec des chaises. Tout est bien aménagé, propre ! Et ces élèves-là, à l'heure de la pause, ils n'ont plus besoin de sortir pour chercher la bonne nourriture, vu que le cadre est là. On sert un repas classique à l'ivoirienne, des plats locaux, par exemple, attiéké-poulet, alloco-attiéké, poisson... Mais la différence, c'est que c'est fait vraiment de façon professionnelle et saine. Préparé avec amour surtout. Parce que quand il n’y a pas d'amour dans le plat, que tu déposes de l'attiéké, un poisson sec, ça descend pas bien… » Yeyiba fournit 1 500 repas par jour. Des élèves qui mangent mieux et qui donc sont mieux disposés pour apprendre, comme le confirme Marc Delphin Kambou, ancien client de Yeyiba au Lycée Classique d’Abidjan. Manger consistant pour suivre les cours « Je vois clairement la différence parce qu’il y a un adage qui dit ici : "Un homme qui a faim n'est pas un homme libre". Parce que tu ne peux pas venir à l'école toute la journée, ne rien manger. Juste une barre chocolatée, ça ne va rien te faire ! Tu es obligé de manger un truc consistant pour pouvoir suivre le reste des cours. Là, c'est clair que celui qui mange, qui est rassasié, est clairement au-dessus de celui qui a faim, parce que si ton estomac est vide, tu ne vas pas suivre correctement ». Et les élèves ne sont pas les seuls à apprécier une alimentation saine et roborative. Bruno Digbehi Zeli est le directeur de 2IMPE, un centre de formation technique à Abidjan. Et quand les apprentis ingénieurs commandent leurs plats, les professeurs ne sont pas loin derrière dans la queue de la cantine, explique-t-il. « Moi-même, j'ai l'habitude de manger avec eux. C'est vrai que nos plats sont plus élaborés. Nous commandons un peu plus que les élèves qui ont un pouvoir [d'achat] un peu limité. Mais en tout cas, c'est à la portée quand même des jeunes gens. Ils sont ingénieurs, on ne voit personne dormir dans l'après-midi, parce que soit il a faim, soit il a mangé trop d'huile. Je pense qu’il y a quand même une contribution à bien manger. Quand vous voyez beaucoup d'enfants dormir parce qu’ils ont faim, c’est qu’il y a un souci ». L'ambition de Yeyiba est de passer plus de contrats avec d'autres établissements scolaires abidjanais et de trouver une solution pour la restauration des écoles en milieu rural. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment garantir l’autonomie des cantines scolaires ?
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    5 min
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