Épisodes

  • ToumAI rend les langues africaines intelligibles pour l'intelligence artificielle
    Feb 3 2026

    Gros plan sur ToumAI une start-up marocaine qui travaille à intégrer les langues et dialectes africains dans les usages que l’on fait de l’intelligence artificielle. L'entreprise, qui compte une quinzaine d'employés, propose une application permettant de mieux communiquer entre clients et plateforme téléphonique de service.

    Ce n'est pas toujours évident lorsque l'on parle hausa, bambara ou le darija d'utiliser des plateformes de service téléphonique pour gérer son compte bancaire, réserver un hôtel ou bien régler ses problèmes de connexion internet. Les serveurs téléphoniques ou les plateformes d'appel ne parlent pas toutes ces langues, loin s'en faut. Aussi, la start-up ToumAI a-t-elle mis au point une application qui permet, avec l'intelligence artificielle, de répondre aux demandes des clients dans différentes langues africaines.

    Youcef Rahmani, l'un des trois fondateurs de ToumAI et de l'application HolistiCX : « On a, à peu près, huit langues aujourd'hui qui sont vraiment prêtes en production et déployées d'ailleurs sur des applications. Donc vraiment, notre objectif, c'est finalement de couvrir les langues les plus parlées. Dans un premier temps, le swahili, le lingala en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud, le zoulou, le xhosa. il y a plusieurs langues, souvent mal considérées par les logiciels et l' IA et que nous, on souhaite couvrir. »

    « L'IA ne comprend pas votre accent »

    Une intelligence artificielle qui s'adapte à l'oral, aux vocables africains, mais également aux intonations, si importantes, à la bonne compréhension d'une langue afin de mieux répondre aux besoins de celui qui l'exprime. Un service qui comble, pour toute une clientèle, un risque de fracture numérique et linguistique, souligne Youcef Rahmani

    « En fait, c'est exactement ça ! ToumAI est né d'une de cette frustration. C'est que pendant longtemps, l'intelligence artificielle a été développée pour quelques langues et quelques cultures. Beaucoup de personnes se sont retrouvées exclues sans même que l'on s'en aperçoive. Au début, on ne s'en rendait pas compte parce que l'IA était reléguée à des rôles un peu obscurs pour le commun des mortels. Mais, lorsque Chatgpt est sorti, je pense que c'est là où les gens se sont rendus compte de la puissance de l'IA. Et en fait, pendant très longtemps, Chatgpt ne parlait pas vraiment d'autres langues à part les langues principales. Quand une IA ne comprend pas votre accent ou votre façon de parler ou votre langue, ce n'est pas juste un problème technique, ça devient un problème d'accès aux services, parce que l'on va avoir des logiciels qui intègrent de l'IA un peu partout, mais sans justement prendre en compte les différences culturelles et linguistiques. Nous avons voulu partir de la voix parce que la voix c'est l'univers où tout le monde parle. Et même quand on ne lit pas ou même lorsque l'on ne maîtrise pas le digital, on peut s'exprimer et obtenir des choses en parlant

    Résoudre le problème d'accès au service

    HolistiCX a séduit des entreprises bancaires comme le marocain Attijariwafa Bank, des opérateurs téléphoniques comme Orange ou Inoui, et certaines entreprises immobilières comme Héritage. Les clients de ces entreprises ne se sentent plus exclus des services à cause d'une inadaptation technologique à la langue. Une solution pertinente qu'a accompagné le fonds de soutien Digital Africa et Malek Lagha, cheffe de projet.

    « C'est très pertinent parce qu’ils ont besoin de collecter de la donnée et qu’aujourd’hui, les logiciels en IA n'arrivent pas à traduire des langues africaines. C'est un marché qui a beaucoup de potentiel. C'est de la donnée très précieuse et qui compte également pour beaucoup d'entreprises dans le monde. Aujourd'hui, ToumAI a conçu une IA pensée dès le départ pour des contextes complexes, capable de comprendre non seulement les mots, mais les intonations. Je pense que c'est pour ça que c'est pertinent pour des entreprises internationales. »

    Pour le moment, la solution proposée par ToumAI concerne huit langues africaines, mais le projet futur est d'adapter une quarantaine d'autres langues à des solutions IA.

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  • Avec l'application e-pineA, les agriculteurs béninois gagnent leur pain de sucre
    Feb 1 2026

    Au royaume des start-up, e-pineA fait office de petit prince du Bénin, puisque les deux fondateurs de cette société, basée à Abomey Calavi, ont permis aux agriculteurs de mieux écouler leur production de fruit et de trouver des acheteurs.

    (Rediffusion du 27/07/2025)

    Qui n'a jamais goûté un pain de sucre dans sa vie ne connaît pas la douceur de la saveur de l'ananas. Et pourtant, chaque année au Bénin, une bonne partie des récoltes ne trouve pas preneur, faute de lien entre paysans-producteurs et revendeurs-exportateurs. Mais cela, c'était avant ! Avant qu'Ulrich et Lucien ne créent Biolife, une start-up béninoise qui a conçu e-pineA, une application sur smartphone qui permet de signaler quand un champ arrive à maturité pour des intermédiaires qui prennent des options d'achat. Lucien Medjiko est le cocréateur de l'application smartphone.

    « Le principe est simple : la plateforme va permettre aux agriculteurs de donner la cartographie de son champ en renseignant les données : "Combien je suis en train de produire. J'ai planté à certaines dates et j'ai certaines variétés". Tout un tas de données que le producteur va fournir et sur la base de ces informations, notre technologie va analyser tout ça, pour prédire la période de maturité, le rendement. Donc c'est sur cette base-là que les acheteurs, que ce soit à Cotonou ou à Niamey se renseigneront sur le niveau de maturité des champs, la quantité disponible. Il fait tout cela à partir de notre application qu’il télécharge sur Play store », détaille Lucien Medjik, cocréateur de l'application smartphone.

    E-pineA est donc une application sur Android qui permet à environ 1 800 producteurs et 200 acheteurs de faire affaire et d'éviter les pertes. Mais au sein de leur start-up Biolife, Lucien et Ulrich font aussi du conseil pour un bon usage des parcelles.

    « Aujourd'hui, il y a un constat que les terres sont fatiguées. Il faut repenser leur mode de production. Ce qui a fait que nous faisons la promotion des pratiques durables telles que la rotation des parcelles, l'utilisation de légumineuses à cycle court et des intrants d'origine organique, fabriqués localement. Ces producteurs, petit à petit, nous devons les accompagner aussi dans ce processus », explique Ulrich Djido, agronome et cofondateur d'e-pineA.

    Depuis deux ans qu'il travaille avec Biolife et utilise leur application, Apollinaire Houeton, producteur d'ananas bio dans la commune de Zé, sent nettement la différence dans ses revenus : « Je fais de l’ananas biologique. Des fois, on produit, mais cela reste dans le champ et cela pourrit. Mais avec Biolife, actuellement, on n'a pas problème de marché, parce qu'ils nous aident à vendre nos produits à l'intérieur. Avant, sur 50 tonnes d'ananas, on se trouvait avec 3 à 5 tonnes d'ananas exportables. Mais avec Biolife, on a commencé par trouver jusqu'à 10 tonnes exportées. C'est bien mieux. »

    Biolife et l'appli e-pineA ont bénéficié du soutien financier de Digital Africa, une filiale de Proparco qui a investi 32 millions de francs CFA (50 000 euros) dans cette start-up béninoise pour l'aider à grandir. « Pour moi, le digital est l'une des solutions qui peut considérablement améliorer l'efficacité de cette industrie en améliorant la distribution et la logistique, du producteur au distributeur. C'est ce que vient faire e-pineA qui permet à une myriade de petits producteurs, très fragmentés, d'avoir accès à un marché énorme qui est celui de l'export ou de la transformation locale, ce qui n'existait pas. C'est-à-dire qu’un producteur avant pouvait produire et perdre 30 à 40 % de sa production juste parce qu’il n'avait pas de débouché au moment où son produit était prêt à être vendu », argumente Grégoire De Padirac, directeur général de Digital Africa.

    Et nos startupeurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Leur application, qui évite déchets et gâchis de production, pourraient aisément se décliner pour d'autres produits périssables et pourtant recherchés, comme la mangue ou le karité.

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  • À Abidjan, des cantines scolaires pour bien se nourrir et mieux apprendre
    Jan 18 2026
    À Abidjan, devant la faiblesse de la restauration scolaire, Krys Digbehi a eu l’idée il y a cinq ans de créer une chaîne de restaurants pour les écoles ou les lycées. Yéyiba, une start-up ivoirienne, permet aux enfants qui ont une tête bien pleine d’avoir aussi un ventre bien nourri. Yéyiba, cela veut dire « succès » en langue yacouba, la langue maternelle de Krys Digbehi. Cet Ivoirien originaire de Danané, après des études scientifiques, a changé de voie en décidant de se rediriger vers la gastronomie et les cantines scolaires. Krys Digbehi, rencontré lors du forum Euroafrica à Montpellier, exposait son projet aux participants de ces rencontres. « Initialement, j'ai fait une formation de mathématique-informatique et après j'ai fait une reconversion en cuisine professionnelle à l'école hôtelière de Bassam et j'ai lancé mon business, mon entreprise de restauration, en étant autodidacte. » Ne plus manger par défaut Il a choisi la restauration scolaire « d’abord parce qu'il y a de la demande, il y a des milliers et des milliers d'écoles d'Abidjan qui n'ont pas de cantine. Je pense que selon les derniers chiffres, plus de 64 % des écoles en Côte d'Ivoire n'ont pas de cantine scolaire. Il y a aussi la précarité des cantines qui sont dans les écoles. Étant moi-même étudiant, j'ai vu comment c'était vraiment difficile de trouver à manger ou de trouver de la bonne nourriture. Il n’y avait pas vraiment de professionnalisme dans la nourriture. Donc, le midi, j’étais obligé de manger par défaut et ça coûtait cher. Donc, pour un élève lambda, qui n'a pas de revenu, il est obligé de mal se nourrir et puis après, il peut avoir des intoxications. » Sur fonds propres et avec quelques prix remportés dans des concours de start-up, Krys Digbehi a investi dans des containers ambulants et dans du matériel de restauration professionnelle. Avec ses quinze employés, il travaille pour quatre établissements abidjanais. « Dans les écoles, j'installe un conteneur, j’ai une cuisine, un conteneur équipé de matériaux, des tables en inox, du matériel vraiment professionnel et nous installons ce dispositif-là ainsi qu’un espace pour manger avec des chaises. Tout est bien aménagé, propre ! Et ces élèves-là, à l'heure de la pause, ils n'ont plus besoin de sortir pour chercher la bonne nourriture, vu que le cadre est là. On sert un repas classique à l'ivoirienne, des plats locaux, par exemple, attiéké-poulet, alloco-attiéké, poisson... Mais la différence, c'est que c'est fait vraiment de façon professionnelle et saine. Préparé avec amour surtout. Parce que quand il n’y a pas d'amour dans le plat, que tu déposes de l'attiéké, un poisson sec, ça descend pas bien… » Yeyiba fournit 1 500 repas par jour. Des élèves qui mangent mieux et qui donc sont mieux disposés pour apprendre, comme le confirme Marc Delphin Kambou, ancien client de Yeyiba au Lycée Classique d’Abidjan. Manger consistant pour suivre les cours « Je vois clairement la différence parce qu’il y a un adage qui dit ici : "Un homme qui a faim n'est pas un homme libre". Parce que tu ne peux pas venir à l'école toute la journée, ne rien manger. Juste une barre chocolatée, ça ne va rien te faire ! Tu es obligé de manger un truc consistant pour pouvoir suivre le reste des cours. Là, c'est clair que celui qui mange, qui est rassasié, est clairement au-dessus de celui qui a faim, parce que si ton estomac est vide, tu ne vas pas suivre correctement ». Et les élèves ne sont pas les seuls à apprécier une alimentation saine et roborative. Bruno Digbehi Zeli est le directeur de 2IMPE, un centre de formation technique à Abidjan. Et quand les apprentis ingénieurs commandent leurs plats, les professeurs ne sont pas loin derrière dans la queue de la cantine, explique-t-il. « Moi-même, j'ai l'habitude de manger avec eux. C'est vrai que nos plats sont plus élaborés. Nous commandons un peu plus que les élèves qui ont un pouvoir [d'achat] un peu limité. Mais en tout cas, c'est à la portée quand même des jeunes gens. Ils sont ingénieurs, on ne voit personne dormir dans l'après-midi, parce que soit il a faim, soit il a mangé trop d'huile. Je pense qu’il y a quand même une contribution à bien manger. Quand vous voyez beaucoup d'enfants dormir parce qu’ils ont faim, c’est qu’il y a un souci ». L'ambition de Yeyiba est de passer plus de contrats avec d'autres établissements scolaires abidjanais et de trouver une solution pour la restauration des écoles en milieu rural. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment garantir l’autonomie des cantines scolaires ?
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  • L'île d'Idjwi en RDC sanctuaire des singes bleus
    Jan 12 2026

    L'organisation Icopren RDC dans la région de Bukavu et particulièrement sur l’île d’Idjwi travaille à la préservation de la biodiversité en développant des techniques de compost, en œuvrant à la reforestation et surtout en préservant une espèce rare sur l’ile le singe bleu…

    Idjwi est l'une des plus grandes îles lacustres du continent, située à l'est de la RDC, sur le lac Kivu. Elle est aussi riche de nombreuses cultures comme l'ananas, le café et le singe bleu, une espèce de primate menacé. Des singes que Hobereau Kitumaini au sein de son association, Icopren (Initiative Communautaire pour la Protection et la Restauration de la Nature en RDC), s'efforce de préserver.

    Basé à Bukavu mais originaire de l'île d'Idjwi, Hobereau est profondément attaché à la préservation de la flore et de la faune, et particulièrement à celle de ces singes bleus. « Idjwi est très attrayant. C'est une entité complètement touristique, qui regorge d’une biodiversité exceptionnelle. Notre activité principale est de sensibiliser les populations sur la protection des singes bleus. Il y a eu des cas de braconnage et nous avons trouvé que si l'on continue à braconner cette population, on devrait perdre trop d’individus liés à la biodiversité ».

    Biodiversité exceptionnelle

    « Nous le faisons parce que, d'abord, c'est un élément capital qui attire les touristes. Ça, c'est la première des choses. Deuxièmement, ces singes bleus donnent l'identité à l'international pour l'île d'Idjwi. C'est déjà quelque chose quand même qui attire le monde de l'environnement. Et c'est ainsi que nous, on est en train de faire ce genre d'activités de sensibilisation des jeunes et pour aussi les encadrer à faire de l’élevage afin qu'ils n'aient pas l'esprit de chercher de la viande en braconnant des singes bleus ».

    Hobereau, qui est également représentant du club RFI d'Idjwi, travaille au sein de son association avec une autre structure, l'ONG spécialisée dans la protection des singes en RDC, « Primate Expertise » en collaboration avec la structure américaine Wild Earth Allies. Ces deux dernières travaillent à la restauration des habitats et à la protection des espèces tout en autonomisant les communautés locales. Salomon Bazibuhé est l'un des représentants de Primate Expertise responsable de la reforestation des sites .

    « La population des singes bleus vit dans un site qui est fortement dégradé et autour du site vit une population humaine vulnérable qui a besoin de moyens de subsistance pour améliorer leurs conditions de vie. Alors, en même temps que nous sommes en train de restaurer le site qui abrite les singes bleus, nous l’appuyons à une initiative de développement communautaire. C'est pourquoi souvent on a recours à Icopren RDC ou au Club RFI pour qu'ils nous accompagnent dans le cadre de la sensibilisation et sur l’ éducation environnementale. Lorsque j'ai commencé à « Primate Expertise », c'était en 2018 et à cette période-là, on comptait 50 singes, mais actuellement, les décomptes nous permet de recenser 100 individus actuellement. Et nous espérons, avec les efforts de conservation, que la population va s'améliorer au fur et à mesure ».

    Malgré des résultats encourageants, l'ambition d'Icopren est de permettre de sensibiliser encore plus les populations de l'île d’Idjwi sur l'importance de préserver cette espèce de chimpanzé. Pour cela, l'association est à la recherche de financement afin de créer des élevages de chèvres et de poules pour que les habitants d'Idjwi cessent de chasser la viande de brousse.

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  • Toubab Paris, des bijoux d'excellence sénégalaise
    Jan 6 2026

    Maud Villaret est une créatrice née en Casamance et qui a sillonné toute l’Afrique ou presque. Son parcours, ses rencontres lui ont permis de créer sa marque de bijoux et de parures « Toubab Paris ». Des créations d’inspiration africaine d’une rare beauté qui ont séduit des artistes comme Angélique Kidjo, Dee Dee Bridgewater ou encore Rihanna.

    Difficile de décrire les parures et bijoux de Maud Villaret, si ce n'est pour dire que ces assemblages de tissus africains, de pierres, de perles et de broderies sont spectaculaires. Un métissage soigné de culture occidentale et africaine que cette ancienne élève de l'école Duperré en France a développé à Dakar. Le Sénégal, un choix pas tout à fait anodin. Ce serait même plutôt un retour aux sources pour Maud Villaret.

    « Comme je dis toujours, j'ai été " maraboutée " avant d'être née. J'avais mes parents qui travaillaient en Casamance quand ma mère était enceinte de moi. Donc, j'ai été conçue au Sénégal mais née en France et j'ai toujours voulu faire une passerelle entre l'Afrique et l’Occident, quel que soit le support artistique. Je pense que mes parents m'ont transmis le goût du voyage, de la diversité et des rencontres qui nous enrichissent, le goût pour l'aventure. Et pendant mes études de design textile, en fait, je cherchais une excuse pour repartir en Afrique de l'Ouest. J'ai trouvé un stage de teinture indigo avec le designer calligraphe Aboubakar Fofana au Mali. Et j'ai découvert ce que c'était que le travail de textile traditionnel et cela m'a passionnée. J'ai commencé à partir effectivement au Burkina Faso pour collaborer avec des artisans sur mes premières pièces, mes premières séries ».

    Passion du travail textile

    « J'ai de tout, je collectionne tout, je récupère tout ! J'ai des collections de perles anciennes, j'ai des choses, j'ai beaucoup de raphia à tisser de Madagascar, j'utilise des éléments du Congo, j'utilise des soies qui viennent du Cambodge, vraiment tout ce qui passe entre mes mains, quoi ».

    Certaines pièces de Toubab Paris peuvent prendre des centaines d'heures d'assemblage, de broderies, de sertissage. Une minutie qui séduit des célébrités comme Rihanna, Angélique Kidjo, Sonia Rolland ou encore Erykah Badu, qui ont décidé de s'approprier l’un de ces bijoux et par là-même un peu de leur culture. Tabue Nguma est chef de secteur sciences sociales et humaines pour l'UNESCO au Sénégal.

    « C'est aussi un marqueur esthétique très fort, avec des références très fort et très positif au niveau du continent. Et ça dit aussi qu'en fait, au niveau de tous ces artistes à la fois africains et afro-américains, ils sont très intéressés par des gens comme Maud pour s'intéresser aussi sincèrement et avec respect à l'Afrique. Intéressés par ce que l'Afrique a créé et le réutiliser. Je pense que les artistes sont sensibles en fait à ce travail qui n'est pas qu'un simple travail esthétique. Maud, quand elle vend un collier, quand elle vend une broche, c'est aussi une émotion qu'elle amène auprès de vous. C'est un sentiment et c'est tout cela, je pense, qui intéresse ces artistes ».

    Les colliers, broches, parures de Toubab Paris se vendent à Dakar, dans sa galerie Moumkeen à l'hôtel Sokhamon, mais aussi en France, où Jean-Paul Blachère [décédé quelques jours après cette interview, NDLR] , créateur de la fondation du même nom, a décidé d'exposer et de vendre ses créations.

    « Maud a été rencontrée dans un premier temps par des responsables de la fondation qui venaient à la Biennale de Dakar repérer les artistes sur lesquels nous voulions apporter une aide ou les exposer. Et elles ont été sidérées par l'énergie de cette jeune femme et la créativité de ses bijoux. Tout ce métissage de tissus, de perles, de fils, de quatre ou cinq matières différentes, mises avec goût et avec personnalité, donne un sens nouveau. Elle a innové un nouveau style par la dimension, par la grandeur, par son savoir-faire ».

    Maud Villaret fait dans l'excellence avec ses bijoux mais propose des ateliers grand public de création à partir d'objets personnels. Récemment, elle a aussi animé un atelier de confection de lampes à partir de bidons plastiques usagés pour en faire des œuvres d'art.

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  • Au Cameroun, les petites ruches font le grand bienfait des Pygmées Baka
    Jan 5 2026

    Au Cameroun, les populations pygmées Baka sont de plus en plus contraintes à la sédentarisation. Un phénomène qui a pour conséquence d’entraîner des problèmes de malnutrition chez ces cueilleurs-chasseurs. Pour lutter contre, des pasteurs camerounais et l'association française Apiflordev ont décidé de mettre en place un système de ruches adaptées pour leur permettre d'avoir une meilleure alimentation, générer des revenus, et favoriser la flore locale.

    Les Pygmées Baka vivent au Congo, en RDC, dans certaines zones de Centrafrique et au Cameroun. C'est là, dans les villages de Payo et de Nomedjoh, dans l'est camerounais, que l'association Apiflordev et deux pasteurs, Martin Atangana et Jean-Paul Goufo, eux-mêmes apiculteurs, ont décidé d'initier ce projet de ruche kenyane, une ruche un peu particulière, tressée en osier et plus horizontale que verticale. Cette ruche kényane présente l'avantage d'être peu coûteuse et facile à construire. Dès lors, initier les Bakas à leur construction et à la culture du miel prend tout son sens, selon Alain Chevalier, président de l'association Apiflordev.

    Apiculteurs militants

    « Dans tous nos projets, les apiculteurs deviennent les premiers militants. De la préservation de la biodiversité, parce que l'apiculteur comprend très vite qu'il a besoin de l'abeille pour produire du miel. Pour avoir des abeilles, il faut de la biodiversité. L'apiculteur va reboiser. L'apiculteur va défendre la biodiversité, mais va aussi réfléchir aux pratiques agricoles. En particulier quelquefois l'utilisation des pesticides, qui est quand même un véritable fléau en Afrique. L'apiculteur comprend très vite que s'il utilise des insecticides, les insectes meurent, ses abeilles meurent, et que la quantité de miel produite diminue », raconte-t-il.

    Le pasteur Martin Atangana, membre du projet Ruches tressées pour les Bakas, fait office de lien entre les Pygmées et l’association.

    « Le miel est devenu rare. Nous avons constaté avec beaucoup de désolation que les abeilles sont en voie de disparition tout simplement parce que le Baka, lorsqu'il va en forêt et qu’il trouve une ruche sauvage, va utiliser le feu et tuer toutes les abeilles avec l’objectif principal de recueillir le miel. Il se moque de la colonie. Résultat: au fur et à mesure, les abeilles sont en voie de disparition », déplore-t-il.

    Fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro

    « Nous voulons voler au secours des abeilles et veiller à la préservation de la nature par leur élevage. Nous avons besoin que les Bakas eux-mêmes élèvent les abeilles à leur niveau et que la production de miel serve à la fois à la consommation locale et à obtenir des revenus financiers pour leurs propres besoins », affirme-t-il.

    « L’avantage de la ruche tressée, c’est qu’on a juste besoin d'un petit couteau, d'entrer dans la forêt et d'y chercher tout ce dont on a besoin pour fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro. C'est profitable à leur niveau et nous croyons que ça porte beaucoup de fruits », explique-t-il.

    D'autant plus de fruits que l'apprentissage de l'apiculture, prodigué par Martin Atangana et Apiflordev, s'accompagne d'un volet agroforesterie qui profite à l'environnement des Pygmées et à l’environnement au Cameroun. Florent Huard est apiculteur en France, dans les Pyrénées, et formateur pour Apiflordev : « Nos projets s'accompagnent d'une agroforesterie, c'est-à-dire que l'on essaie simultanément de planter des arbres et des arbres fruitiers. On l'intègre dans nos projets, donc on va amener des safoutiers ou des avocatiers en différentes essences qui leur permettront d'avoir des fleurs mellifères et aussi fructifères. On les sensibilise aussi à cette capacité de pollinisation par les abeilles. Grâce aux abeilles, les fleurs vont être plus visitées, seront mieux fécondées et vont donner de meilleurs fruits. On fait ce lien entre l'abeille et les arbres ».

    Pour financer des tenues d'apiculture, le reboisement de parcelles ou bien l'achat de matériel de récolte, l'association a lancé un financement participatif. Un lien est d'ailleurs disponible sur le site d'Apiflordev pour que les abeilles camerounaises et les Pygmées Bakas vivent en parfaite harmonie.

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  • Le centre Akwaba-Mousso, un accueil bienveillant pour femmes maltraitées à Abidjan
    Dec 14 2025
    À Abidjan, depuis 2023, il existe un centre Akwaba-Mousso qui accueille avec bienveillance les femmes et les enfants qui sont victimes de maltraitance, de violences, d’agressions sexuelles. Un refuge pour des femmes désemparées, mais aussi un lieu où l’on apprend à se reconstruire, à repartir dans la vie avec confiance et détermination. Rediffusion du 9 juin 2025 C'est une des rares associations, peut-être même la seule de ce genre en Côte d'Ivoire, qui propose un centre d'accueil pour les femmes et leurs enfants victimes de violence, toutes formes de violences, au sein de la cellule familiale. Akwaba-Mousso : deux mots forts de signification pour Maureen Grisot, cofondatrice et directrice de l'association. « Cela veut dire "Bienvenue à la femme" dans deux des langues principales de la Côte d'Ivoire, en langue akan et malinké ». C'est lorsqu'elle était journaliste en Côte d'Ivoire que Maureen Grisot a constaté le dénuement dans lequel se trouvaient les femmes victimes de violences conjugales. Aussi, a-t-elle créé à Cocody avec d'autres associées ce centre qui prend soin des femmes maltraitées. Bienvenue à la femme « Il était fondamental de créer un centre dans lequel une femme ou un enfant qui a subi une violence peut trouver toutes les réponses dans un même endroit, gratuitement, sans avoir à affronter des jugements et des paroles malveillantes. Une fois qu'on a répondu à l'urgence liée à la violence, on s'est rendu compte que plus les femmes sont vulnérables économiquement, plus elles sont exposées aux violences ainsi que leurs enfants. Donc, il était fondamental d'avoir non seulement l'offre de juristes, d'assistants sociaux, de psychologues, de sages-femmes, mais aussi la mise en sécurité dans un foyer d'hébergement et de trouver des solutions pour qu'elles puissent sortir de ce foyer dans des conditions qui lui permettent de gérer sa famille comme elle l'entend et de ne plus retomber dans le cycle des violences. » Au centre d'accueil, il y a une crèche et aussi un atelier de couture pour aider à la réinsertion professionnelle. Cette femme, qui souhaite rester anonyme, se félicite d'y avoir appris un métier et d'avoir surtout raccommodé un peu de son amour-propre : « Oui, ce centre a été pour moi très bénéfique. C'est très utile parce que je me dis que ce que j'ai appris aujourd'hui, je n'allais pas pouvoir le faire en étant hors de ce centre. Je suis contente parce que moi qui n'avais pas d'importance aux yeux des autres, aujourd'hui, grâce à Akwaba-Mousso, je sais que je suis importante parce que j'arrive à montrer ce que j'ai acquis à d’autres femmes… ». Importante parce que je montre mes acquis à d'autres femmes Nana Sylla Coulibaly, experte comptable et membre du Women Investment Club, conseille et accompagne ces femmes dans leurs projets de s'émanciper économiquement en construisant leur avenir professionnel. « En fait, je suis très émue à chaque fois que je viens ici parce que je suis contente qu'elles ne soient pas réduites au fait qu'elles sont victimes de violences. Elle et moi, on n'a pas ce genre de discussion. On est vraiment très basé sur le business et ce sont des femmes qui ont des rêves, ce sont des femmes qui ont des compétences, ce sont des femmes qui ont envie de faire des choses et je leur apprends à vraiment se forger un mental d'entrepreneur pour vraiment passer à une étape supérieure de reconstruction. On a sélectionné quatre femmes parce qu'on en a eu un gentil bailleur, la fondation Vinci, qui a voulu mettre à disposition des fonds pour financer le lancement de leur business. Ce sont vraiment des personnes formidables, déjà, parce qu'elles ont mis aussi en place un "mentorat" pour ces dames-là et ensuite parce qu’elles sont très impliquées et tout ce qu'elles veulent, c'est vraiment voir ces dames-là s'en sortir. Et devenir autonomes ! ». Autre profil de femme secourue, cette quinquagénaire et son fils, battus par un mari violent, ont trouvé refuge à Akwaba-Mousso. « Vous savez, divorcer en Afrique ou quitter son foyer en Afrique, c'est comme si tu commettais un crime. Voilà, il n’y a personne qui veut te recevoir, c'est pour ça qu'on garde le silence. On subit… c'est pour ça qu'on subit jusqu'à ce que mort s'ensuive quelques fois. Donc, si je n'avais pas eu Akwaba-Mousso pour me soutenir, je serais encore là-bas ou bien peut-être déjà partie… » Au fil de la visite, Maureen Grisot rappelle la philosophie de son centre. « Il n'y a rien de linéaire en fait, il y a tellement de galères dans la vie. On est en Côte d'Ivoire, il n’y a pas de filet social. Donc, ce qu'on a compris aussi, c'est qu'on ne peut pas tout sauver, on ne peut pas tout changer. En revanche, nous, notre rôle, c'est de convaincre les femmes qu'elles peuvent avoir confiance en elles et de les aider à trouver leur voie, à trouver les moyens d'être ...
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  • Au Togo, les enseignants vont au devant des élèves handicapés
    Dec 7 2025

    Avec un programme d’éducation inclusif au Togo, l’ONG Handicap International réussit à démontrer que le handicap en milieu scolaire n’est pas une fatalité. Les formateurs éducatifs de l’ONG, en collaboration avec le ministère de l’Éducation, se donnent les moyens d’aller au devant des élèves et des familles pour que ces enfants puissent suivre une scolarité normale.

    Rediffusion du 4 mai 2025.

    Depuis trois ans, Handicap International a lancé dans la région des Savanes et de Kara dans le nord du Togo, un programme permettant aux jeunes handicapés de suivre une scolarité normale. Jusque-là, peu de moyens étaient mis à leur disposition, qu'ils soient sourds, aveugles ou déficients mentaux. Mais le premier obstacle à franchir était ailleurs : il s'agissait des parents qui souvent refusaient de scolariser leurs enfants par honte ou bien par manque de moyens.

    Un enfant qu'on cache

    « Le point de blocage premier, c'était vraiment le manque d'estime de soi, des enfants et jeunes handicapés et aussi des parents, explique Bénédicte Lare, responsable du programme. Pour eux, quand un enfant est handicapé, ce qu'il n’est bon à rien. Il ne peut pas être dans la communauté comme les autres. Il ne peut pas apprendre comme les autres et c'est un enfant qu'on cache. La pauvreté venait jouer aussi un rôle : le parent, quand il se retrouve avec deux ou trois enfants parmi lesquels il y a un enfant handicapé, va privilégier les enfants non handicapés parce qu’il est limité. Et le troisième critère, c'est qu'en fait, même si certains parents avaient la volonté d'envoyer leur enfant, les structures ordinaires et publiques n'étaient pas prêtes à accueillir les enfants handicapés, peu importe leur type de handicap ».

    L'approche globale du programme permet donc de convaincre parents comme enfants d'aller à l'école, mais surtout de former des encadrants itinérants qui se déplacent de classe en classe en soutien scolaire. Notamment dans les écoles des villages moins favorisés.

    « On fait un gros travail ici, dans la région des Savanes en matière d'éducation inclusive, pointe Yao Gbledjo, enseignant itinérant l'école primaire publique Bogou C dans cette zone venteuse des Savanes. D'abord, c'est grâce à eux (Handicap International, NDLR) que nous sommes devenus professeurs itinérants sur la base d'un concours. Nous étions déjà fonctionnaires sur le terrain quand ils ont lancé ce concours. On a participé, on a été retenus. Après ça, ils nous ont formés sur les différentes thématiques du handicap et après ils nous ont envoyés dans les écoles spécialisées pour des stages, pour pouvoir approfondir notre spécialité avec du matériel pédagogique adapté pour les écoles inclusives. Le même système de professeur itinérant existe aussi au niveau secondaire ».

    Professeur itinérant au niveau secondaire

    Non seulement ce programme forme les professeurs à la pédagogie liée au handicap, permet aux élèves de ne pas stagner à l'école, mais il redonne aussi à l'ensemble du groupe du lien. Un lien tissé par la scolarité. « Du coup, ce sont des enfants qui socialement sont épanouis, qui apprennent comme les autres, qui réussissent même mieux que les autres, confirme Bénédicte Lare. Kombena, par exemple, est toujours la première de sa classe depuis le primaire. Elle se fait respecter par les enfants non handicapés parce qu’elle maîtrise. Elle sait s’expliquer, elle sait répondre et elle sait motiver les autres à apprendre. La cohésion sociale est donc installée. Les parents des enfants handicapés sont aujourd'hui dans les réunions des associations des parents d'élèves. Il y en a qui prennent les responsabilités et qui ont leur mot à dire ».

    Kombena est non voyante. Cette élève de seconde fait partie de ceux qui se sentent valorisés par ces programmes adaptés. « Nos professeurs nous ont bien encadrés, explique-t-elle. Depuis le primaire jusqu'au collège, j’ai étudié l'anglais, la philosophie, l'allemand ».

    Depuis que ce programme scolaire d'intégration existe, il a formé plus d'une centaine de professeurs togolais à l'enseignement d'enfants handicapés dans quinze collèges et écoles primaires. Pas moins de 1 600 enfants handicapés ont ainsi pu suivre la même scolarité que leurs camarades de classe.

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