Page de couverture de L'art de raconter le monde

L'art de raconter le monde

L'art de raconter le monde

Auteur(s): RFI
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À propos de cet audio

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des tendances du monde d’hier, d’aujourd’hui, et peut-être de demain. Réalisation : Antonin Duley. (Diffusions toutes cibles : le samedi et le dimanche à 18h40 TU).

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  • «Le procès d’une vie» au théâtre, comment le droit à l’avortement a pris corps
    Feb 1 2026

    Au Théâtre du Splendid, la pièce de Barbara Lamballais et Karina Testa raconte le procès de Bobigny et le combat des femmes pour le droit à l’avortement et à disposer de leur corps.

    Le 8 mars 2024, la France inscrivait le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution. L’occasion de graver dans le marbre une liberté chèrement acquise, mais aussi de se rendre compte du chemin parcouru depuis la loi Veil de 1975. Le procès de Bobigny -comme on a coutume de l’appeler- s’est tenu en octobre et novembre 1972, et constitue une étape importante de ce processus, tout comme le « Manifeste des 343 », pétition publiée un an auparavant dans l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur. 343 femmes déclarant avoir avorté, et réclamant « l’avortement libre ». Parmi les signataires, des personnalités comme la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir, ou l’avocate Gisèle Halimi.

    Les deux femmes seront en première ligne pour défendre la jeune Marie-Claire Chevalier, 16 ans, enceinte après avoir été violée par un garçon de 18 ans, et traînée en justice pour avoir eu recours à une faiseuse d’anges.

    C’est autour de ce procès que Barbara Lamballais et Karina Testa ont bâti cette pièce, une fiction historique librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et des minutes du procès.

    Sororité

    Nourries par une solide documentation, les deux autrices ont choisi de mettre en valeur la sororité de ces combattantes du droit des femmes à disposer de leur corps : Marie-Claire Chevalier (Maud Forget, fragile et forte en même temps), sa mère Michèle (Céline Toutain, aimante, responsable et combative), la faiseuse d’anges Micheline Bambuck (Karina Testa, sincère et démunie), et les deux « complices » Renée Sausset (Déborah Grall), ancienne enfant abandonnée qui refuse que l’enfant de Marie-Claire subisse le même sort, et Lucette Dubouchaix (Jeanne Arènes), fervente catholique qui tente de conjuguer les valeurs de sa foi et son empathie profondément humaine.

    Dans la pièce -entorse assumée à la réalité historique-, toutes ces femmes sont défendues par une seule avocate : maître Gisèle Halimi (Clotilde Daniaud), qui entend faire du procès un procès politique, afin de faire changer la loi.

    Une rythmique impeccablement huilée

    Parmi les comédiennes, Maud Forget et Clotilde Daniaud sont les seules à jouer un seul rôle ; toutes les autres endossent avec un entrain réjouissant les costumes de plusieurs personnages. Il en est de même pour Julien Urrutia, qui incarne tous les rôles masculins de ce spectacle à la rythmique impeccablement huilée, et qui suscite l’adhésion enthousiaste d’un public que la mise en scène de Barbara Lamballais enrôle dès le prologue.

    Le procès d’une vie, au Théâtre du Splendid (Paris).

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    20 min
  • Marcello Quintanilha, le Brésil à foot et à sang
    Jan 31 2026

    À travers l’histoire d’une famille, Marcello Quintanilha raconte l’empreinte des inégalités sociales, de la violence et du football dans le Brésil des années 50, 60 et 70.

    Un « polar néo-réaliste ». C’est ainsi que Marcello Quintanilha présente Eldorado. Du polar, l’album en a l’intrigue - une enquête sur le meurtre d’un petit truand-, les personnages -une bande de voyous de bas-étage et un commissaire aux méthodes contestables- et l’atmosphère interlope des nuits brésiliennes et des bars louches. Quant au néo-réalisme, il s’inscrit à la fois dans le style graphique adopté par le dessinateur et dans l’ancrage du récit dans l’histoire sociale et politique du Brésil, des années 50 aux années 70 : celle de la classe ouvrière marquée par les inégalités et la violence du quotidienne, et qui voit dans le football un art de vivre et un espoir d’ascension sociale.

    Le football, espoir d’ascension sociale

    Hélcio, le personnage principal, en est un exemple. Particulièrement doué, il parviendra à devenir footballeur professionnel au sein du Canto do Rio, l’équipe de Niterói (État de Rio de Janeiro), mais le succès l’éloignera de sa famille. Son grand frère Luiz Alberto prendra lui un tout autre chemin en se rapprochant d’une bande de petits truands locaux. Mais les deux délaisseront le reste de leur famille et notamment leur père Alicio, aimant mais aussi sanguin et possessif.

    Le coup d’État de 1964 fait brutalement irruption dans le récit. Avec l’installation de la dictature militaire, l’atmosphère se tend un peu plus, et les méthodes de l’enquêteur, le commissaire Andorinha, deviennent de plus en plus inhumaines.

    Clefs historiques et playlist

    Avant d’entrer de plain-pied dans le récit, un prologue de neuf pages en noir et blanc donne aux lecteurs non familiers de l’histoire brésilienne d’importantes clefs historiques pour mieux appréhender le récit. En tournant les pages de l’album, il faut aussi prendre le temps d’observer les décors qui portent en eux l’histoire de la colonisation et reflètent les enjeux de l’économie urbaine. On peut aussi lire en écoutant les nombreux titres de musique populaire qui accompagnent les péripéties, exprimant ainsi une autre facette du sentiment d’être brésilien. L’album présente d’ailleurs un QR Code qui permet d’accéder à la playlist qui a accompagné le travail de l’auteur.

    En partie autobiographique -le père de Marcello Quintanilha a été footballeur professionnel-, Eldorado peut aussi être lu comme une préquelle d’un album précédent, Les Lumières de Niterói. Parmi les œuvres de l’auteur, Ecoute, jolie Márcia (Ça et là) a reçu le Fauve d’or du Festival d’Angoulême en 2022.

    Eldorado, Marcello Quintanilha (Le Lombard).

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    19 min
  • Terreur Graphique raconte l’addiction en BD, l’alcool l’a brûlé
    Jan 25 2026

    Dans un album drôle et émouvant à la fois, le dessinateur et scénariste raconte son addiction à l’alcool et comment il en est sorti. Un album qui sort en plein Dry January.

    Sur Instagram où il partage ses dessins depuis longtemps, Terreur Graphique se présente avec son humour coutumier comme « chien de la case »… de bande dessinée, cela va de soi. C’est sous les traits de ce chien qu’il se représente lui-même sur la toile et dans cet album, né justement sur ce réseau social.

    Comme le titre l’indique, L’addiction s’il vous plaît est un récit à la fois implacable et humoristique, drôle et émouvant en même temps, d’autant plus qu’il est basé sur une histoire vraie, à la fois familiale et intime : la sienne. On reconnaît son intarissable talent pour les calembours et l’humour noir, sa cinéphilie, son amour pour le rock et les fulgurances graphiques du dessinateur de presse. On en apprend aussi beaucoup sur sa famille, et notamment sur son père, alcoolique notoire.

    De là à dire que l’alcoolisme est un atavisme familial, il y a un pas que l’auteur se garde bien de franchir. Impossible d’attribuer les raisons du vice à une seule cause : à l’héritage familial, on pourrait ajouter un TDAH -tardivement diagnostiqué-, des blessures enfouies profondément en lui, l’influence de la pop culture ou tout simplement l’envie de socialisation festive avec ses potes, dont certains travaillent dans le vin… Tout cela, et bien d’autres choses ont contribué à la descente aux enfers et à la rechute qui l’attendait au coin du bois (avec un s).

    Bashung revisité

    L’album est sous-titré « Confessions d’un alcoolique qui se soigne ». Il commence dans le cabinet d’un psychiatre addictologue au CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie), situé -cela ne s’invente pas- en face d’un magasin de vins et spiritueux ! Autant dire qu’il ne faut pas se tromper de chemin. Or, résister à la tentation de replonger : tout l’enjeu est là. Dans l’album, Terreur Graphique cite Bashung : « j’ai dans les bottes des montagnes de questions où subsiste encore ton écho ».

    Nombreuses sont les références à la chanson dans ce récit truffé de références musicales, graphiques et cinématographiques. Des clins d’œil à la culture pop qui permettent aussi de se rendre compte à quel point l’alcool est ancré dans l’histoire, la tradition et la vie quotidienne.

    Tour de France de la bibine

    Y compris d’ailleurs dans le sport de haut niveau : passionné de vélo, Terreur Graphique que « les vertus antalgiques de l’alcool étaient très appréciées sur le tour » de France 1935 : cette année-là, en pleine canicule, le peloton fit une pause sur le parcours de la 17è étape (Pau-Bordeaux) pour se désaltérer avec quelques bières distribuées par les spectateurs. Jusque dans les années 60, l’alcool n’était pas interdit, et certains coureurs ne s’en privaient guère…

    L’addiction, s’il vous plaît ! Terreur Graphique (Casterman).

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    19 min
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