Épisodes

  • «Le procès d’une vie» au théâtre, comment le droit à l’avortement a pris corps
    Feb 1 2026

    Au Théâtre du Splendid, la pièce de Barbara Lamballais et Karina Testa raconte le procès de Bobigny et le combat des femmes pour le droit à l’avortement et à disposer de leur corps.

    Le 8 mars 2024, la France inscrivait le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution. L’occasion de graver dans le marbre une liberté chèrement acquise, mais aussi de se rendre compte du chemin parcouru depuis la loi Veil de 1975. Le procès de Bobigny -comme on a coutume de l’appeler- s’est tenu en octobre et novembre 1972, et constitue une étape importante de ce processus, tout comme le « Manifeste des 343 », pétition publiée un an auparavant dans l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur. 343 femmes déclarant avoir avorté, et réclamant « l’avortement libre ». Parmi les signataires, des personnalités comme la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir, ou l’avocate Gisèle Halimi.

    Les deux femmes seront en première ligne pour défendre la jeune Marie-Claire Chevalier, 16 ans, enceinte après avoir été violée par un garçon de 18 ans, et traînée en justice pour avoir eu recours à une faiseuse d’anges.

    C’est autour de ce procès que Barbara Lamballais et Karina Testa ont bâti cette pièce, une fiction historique librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et des minutes du procès.

    Sororité

    Nourries par une solide documentation, les deux autrices ont choisi de mettre en valeur la sororité de ces combattantes du droit des femmes à disposer de leur corps : Marie-Claire Chevalier (Maud Forget, fragile et forte en même temps), sa mère Michèle (Céline Toutain, aimante, responsable et combative), la faiseuse d’anges Micheline Bambuck (Karina Testa, sincère et démunie), et les deux « complices » Renée Sausset (Déborah Grall), ancienne enfant abandonnée qui refuse que l’enfant de Marie-Claire subisse le même sort, et Lucette Dubouchaix (Jeanne Arènes), fervente catholique qui tente de conjuguer les valeurs de sa foi et son empathie profondément humaine.

    Dans la pièce -entorse assumée à la réalité historique-, toutes ces femmes sont défendues par une seule avocate : maître Gisèle Halimi (Clotilde Daniaud), qui entend faire du procès un procès politique, afin de faire changer la loi.

    Une rythmique impeccablement huilée

    Parmi les comédiennes, Maud Forget et Clotilde Daniaud sont les seules à jouer un seul rôle ; toutes les autres endossent avec un entrain réjouissant les costumes de plusieurs personnages. Il en est de même pour Julien Urrutia, qui incarne tous les rôles masculins de ce spectacle à la rythmique impeccablement huilée, et qui suscite l’adhésion enthousiaste d’un public que la mise en scène de Barbara Lamballais enrôle dès le prologue.

    Le procès d’une vie, au Théâtre du Splendid (Paris).

    Voir plus Voir moins
    20 min
  • Marcello Quintanilha, le Brésil à foot et à sang
    Jan 31 2026

    À travers l’histoire d’une famille, Marcello Quintanilha raconte l’empreinte des inégalités sociales, de la violence et du football dans le Brésil des années 50, 60 et 70.

    Un « polar néo-réaliste ». C’est ainsi que Marcello Quintanilha présente Eldorado. Du polar, l’album en a l’intrigue - une enquête sur le meurtre d’un petit truand-, les personnages -une bande de voyous de bas-étage et un commissaire aux méthodes contestables- et l’atmosphère interlope des nuits brésiliennes et des bars louches. Quant au néo-réalisme, il s’inscrit à la fois dans le style graphique adopté par le dessinateur et dans l’ancrage du récit dans l’histoire sociale et politique du Brésil, des années 50 aux années 70 : celle de la classe ouvrière marquée par les inégalités et la violence du quotidienne, et qui voit dans le football un art de vivre et un espoir d’ascension sociale.

    Le football, espoir d’ascension sociale

    Hélcio, le personnage principal, en est un exemple. Particulièrement doué, il parviendra à devenir footballeur professionnel au sein du Canto do Rio, l’équipe de Niterói (État de Rio de Janeiro), mais le succès l’éloignera de sa famille. Son grand frère Luiz Alberto prendra lui un tout autre chemin en se rapprochant d’une bande de petits truands locaux. Mais les deux délaisseront le reste de leur famille et notamment leur père Alicio, aimant mais aussi sanguin et possessif.

    Le coup d’État de 1964 fait brutalement irruption dans le récit. Avec l’installation de la dictature militaire, l’atmosphère se tend un peu plus, et les méthodes de l’enquêteur, le commissaire Andorinha, deviennent de plus en plus inhumaines.

    Clefs historiques et playlist

    Avant d’entrer de plain-pied dans le récit, un prologue de neuf pages en noir et blanc donne aux lecteurs non familiers de l’histoire brésilienne d’importantes clefs historiques pour mieux appréhender le récit. En tournant les pages de l’album, il faut aussi prendre le temps d’observer les décors qui portent en eux l’histoire de la colonisation et reflètent les enjeux de l’économie urbaine. On peut aussi lire en écoutant les nombreux titres de musique populaire qui accompagnent les péripéties, exprimant ainsi une autre facette du sentiment d’être brésilien. L’album présente d’ailleurs un QR Code qui permet d’accéder à la playlist qui a accompagné le travail de l’auteur.

    En partie autobiographique -le père de Marcello Quintanilha a été footballeur professionnel-, Eldorado peut aussi être lu comme une préquelle d’un album précédent, Les Lumières de Niterói. Parmi les œuvres de l’auteur, Ecoute, jolie Márcia (Ça et là) a reçu le Fauve d’or du Festival d’Angoulême en 2022.

    Eldorado, Marcello Quintanilha (Le Lombard).

    Voir plus Voir moins
    19 min
  • Terreur Graphique raconte l’addiction en BD, l’alcool l’a brûlé
    Jan 25 2026

    Dans un album drôle et émouvant à la fois, le dessinateur et scénariste raconte son addiction à l’alcool et comment il en est sorti. Un album qui sort en plein Dry January.

    Sur Instagram où il partage ses dessins depuis longtemps, Terreur Graphique se présente avec son humour coutumier comme « chien de la case »… de bande dessinée, cela va de soi. C’est sous les traits de ce chien qu’il se représente lui-même sur la toile et dans cet album, né justement sur ce réseau social.

    Comme le titre l’indique, L’addiction s’il vous plaît est un récit à la fois implacable et humoristique, drôle et émouvant en même temps, d’autant plus qu’il est basé sur une histoire vraie, à la fois familiale et intime : la sienne. On reconnaît son intarissable talent pour les calembours et l’humour noir, sa cinéphilie, son amour pour le rock et les fulgurances graphiques du dessinateur de presse. On en apprend aussi beaucoup sur sa famille, et notamment sur son père, alcoolique notoire.

    De là à dire que l’alcoolisme est un atavisme familial, il y a un pas que l’auteur se garde bien de franchir. Impossible d’attribuer les raisons du vice à une seule cause : à l’héritage familial, on pourrait ajouter un TDAH -tardivement diagnostiqué-, des blessures enfouies profondément en lui, l’influence de la pop culture ou tout simplement l’envie de socialisation festive avec ses potes, dont certains travaillent dans le vin… Tout cela, et bien d’autres choses ont contribué à la descente aux enfers et à la rechute qui l’attendait au coin du bois (avec un s).

    Bashung revisité

    L’album est sous-titré « Confessions d’un alcoolique qui se soigne ». Il commence dans le cabinet d’un psychiatre addictologue au CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie), situé -cela ne s’invente pas- en face d’un magasin de vins et spiritueux ! Autant dire qu’il ne faut pas se tromper de chemin. Or, résister à la tentation de replonger : tout l’enjeu est là. Dans l’album, Terreur Graphique cite Bashung : « j’ai dans les bottes des montagnes de questions où subsiste encore ton écho ».

    Nombreuses sont les références à la chanson dans ce récit truffé de références musicales, graphiques et cinématographiques. Des clins d’œil à la culture pop qui permettent aussi de se rendre compte à quel point l’alcool est ancré dans l’histoire, la tradition et la vie quotidienne.

    Tour de France de la bibine

    Y compris d’ailleurs dans le sport de haut niveau : passionné de vélo, Terreur Graphique que « les vertus antalgiques de l’alcool étaient très appréciées sur le tour » de France 1935 : cette année-là, en pleine canicule, le peloton fit une pause sur le parcours de la 17è étape (Pau-Bordeaux) pour se désaltérer avec quelques bières distribuées par les spectateurs. Jusque dans les années 60, l’alcool n’était pas interdit, et certains coureurs ne s’en privaient guère…

    L’addiction, s’il vous plaît ! Terreur Graphique (Casterman).

    Voir plus Voir moins
    19 min
  • «L’assassin du genre humain» de Tobie Nathan, la France antisémite et les crimes du docteur Petiot
    Jan 24 2026

    À travers l’affaire Petiot, le romancier et neuropsychiatre Tobie Nathan raconte les profiteurs et la barbarie antisémite dans la France de l’Occupation.

    Le procès Petiot, en 1946, est -comme le rappelle Tobie Nathan- le premier procès de la Shoah en France. Se présentant comme membre d’un réseau de résistance et prétendant faciliter l’évasion de familles juives, Marcel Petiot est accusé de vingt-sept assassinats. Mais tout laisse à penser que le nombre de ses victimes est plus élevé encore. Le médecin les dévalisait, les droguait et les faisait disparaître dans le calorifère du 21 rue Le Sueur (16è arrondissement de Paris). Reconnu coupable, il fut condamné à mort et guillotiné le 25 mai 1946.

    Dans ce livre nourri par les archives, par la plume alerte et souvent ironique du grand conteur qu’il est, et par le regard acéré du psychiatre, Tobie Nathan fait aussi le procès d’une époque : celle du Paris de l’occupation, où les délateurs et les profiteurs côtoyaient la pègre et les bas-fonds, dans une atmosphère poisseuse nourrie par l’appât du gain et l’antisémitisme le plus crasse. Parmi les personnages, la plus romanesque est sans doute Eryane Kahan, demi-mondaine juive aux origines roumaines, qui fit office de principale rabatteuse de Petiot. Un personnage complexe et sans scrupules qui se présenta un temps comme une résistante traquée par le contre-espionnage allemand, mais qui navigua longtemps en eaux troubles, usant de ses charmes pour étancher sa soif d’argent comme pour assurer sa propre protection.

    Le roman met en miroir cette France peu glorieuse et l’époque contemporaine, à travers le personnage de Jade, brillante étudiante parisienne en criminologie, qui prépare une thèse de doctorat sous la direction du professeur Nagral, personnage ambigu dont le comportement équivoque suscite bien des interrogations. Et pour corser un peu plus l’intrigue et renforcer ses doutes au sujet de l’universitaire, l’auteur l’a affublée d’un don qui lui permet d’avoir des visions du passé comme du futur. D’un chapitre à l’autre, on croise ainsi Louis-Ferdinand Céline, mais aussi Jeanne d’Arc et Gilles de Rais. Et on traverse aussi Chéu, un village bourguignon du département de l’Yonne dont la tradition rattachée à la sorcellerie et au Malin cessa brusquement en 1829, lorsqu’il fut entièrement détruit par un incendie.

    Au-delà du récit historique, le livre témoigne aussi d’une inquiétude contemporaine abondée par l’antisémitisme d’aujourd’hui : la crainte d’un nouveau pogrom.

    L’assassin du genre humain, Tobie Nathan (Stock).

    Voir plus Voir moins
    20 min
  • «La danseuse aux dents noires», ballet d’espions dans le Cambodge colonial
    Jan 18 2026

    Avec Eric Stalner au dessin et à la couleur, les cousins Olivier et Jean-Laurent Truc racontent une épopée romanesque et géopolitique inspirée par les mémoires de leur arrière-grand-père, ophtalmologue de renom, dans le Cambodge colonial du début du XXè siècle. (Rediffusion)

    Cet album est d’abord une histoire de famille, que deux cousins, journalistes et scénaristes de bande dessinée, Jean-Laurent et Olivier Truc, ont un peu romancé. Au centre de l’intrigue, leur arrière-grand-père Hermentaire Truc, ophtalmologue de renom et ponte de la faculté de médecine de Montpellier. Depuis cinq générations, de petits exemplaires dactylographiés de ses mémoires circulent dans le cercle familial. Y figurent un improbable voyage au Cambodge, avec une mission confiée par les plus hautes autorités françaises : opérer de la cataracte le roi Sisowath, qui menace d’abdiquer s’il venait à perdre la vue. Pour Paris, une telle décision déstabiliserait non seulement le pouvoir royal, mais mettrait également en péril l’administration coloniale et le protectorat français sur le Cambodge. Rien de moins.

    Conscient de l’importance de la mission, le professeur Truc et son assistant embarquent donc pour Saïgon, avant de gagner Phnom Penh en remontant le Mékong. L’occasion pour le dessinateur Eric Stalner de peindre d’époustouflants paysages. L’album n’en manque pas : les héros feront aussi un éblouissant détour par le temple d’Angkor Vat, et seront évidemment reçus dans les ors du palais royal.

    Cette scène est d’ailleurs centrale dans le récit. C’est là que Truc et les lecteurs font la connaissance de Simala, la danseuse aux dents noires, qui donne son titre à l’album. Simala est la danseuse étoile du prestigieux Ballet royal du Cambodge, qui a ébloui la France entière six ans plus tôt, lors d’une tournée montée à l’occasion de l’exposition coloniale de Marseille. Sa virtuosité fascine le médecin, qui va apprendre à la connaître au fil de nombreuses péripéties.

    C’est que Phnom Penh est à ce moment-là un véritable nid d’espions, qui tablent sur la faiblesse du pouvoir royal pour pousser leurs pions. Les auteurs mettent notamment en scène un conseiller militaire allemand nommé Scholtz, un personnage inventé mais crédible au regard des ambitions coloniales de Berlin à cette époque, l’Allemagne étant qui plus est proche du Siam voisin. Les Britanniques ne sont pas loin. Le Deuxième bureau, le service de contre-espionnage de la IIIe République non plus, à travers une mystérieuse et élégante femme en blanc qui se glisse dans les coulisses. Sans oublier le prince rebelle Yukanthor, ni l’influence des bonzes, au centre des jeux de la cour. C’est ainsi, au milieu des effluves d’opium, que se développe un palpitant récit d’aventure.

    La danseuse aux dents noires, Eric Stalner, Jean-Laurent et Olivier Truc (Dupuis/Aire Libre).

    Voir plus Voir moins
    19 min
  • «Spiritueux», l’alcool et la fête en verres grossissants de nos vies
    Jan 17 2026

    En tournée en France, le spectacle de Laurent Cazanave reconstitue une nuit d’ivresse pour mettre en lumière la place de l’alcool dans la société.

    On ne se rend pas toujours compte à quel point l’alcool raconte la société, en tout cas dans les pays occidentaux. Fêter un anniversaire, célébrer une victoire ou une défaite, se rassembler autour d’un pot de départ, marquer une date fondatrice ou respecter une tradition, se retrouver pour discuter entre amis, trinquer à la santé de quelqu’un, noyer un chagrin ou tenter d’oublier… Nombre de petits et de grands événements de notre existence se déroulent autour d’un ou de plusieurs verres. L’alcool pour décompresser, désinhiber, briser les frontières, donner confiance, ou simplement se faire plaisir : toutes ces vertus supposées sont communément admises, notamment par ceux qui incitent leurs proches à « profiter de la vie ».

    Le temps d’un solo à la fois théâtral et chorégraphié (avec Audrey Bertrand pour la mise en scène et Caroline Jaubert pour la chorégraphie), Laurent Cazanave décortique le rapport festif à l’alcool, parfois joyeux, mais aussi parfois à la source d’amères déconvenues, d’accidents malheureux ou de gestes inconsidérés, lorsque l’excès est au rendez-vous.

    Si le spectacle est en partie inspiré de sa vie, il n’est pas pour autant autobiographique. Pour bâtir son récit qu’il espère universel, Laurent Cazanave a rencontré des petits et des grands buveurs, des abstinents et des repentis, mais aussi des addictologues ou des publicitaires.

    Seul en scène, Laurent Cazanave utilise la force des mots, parfois hésitants voire en apnée, parfois libérés à flot continu, mais aussi un jeu physique dans lequel le corps est à l’image de l’esprit : sur un fil, déséquilibré, souvent perdu au bord de l’abîme après avoir tutoyé l’ivresse des sommets. Il parvient aussi à tisser un lien singulier à la fois complice et distant avec les spectateurs qu’il accueille à leur arrivée. La playlist du spectacle, plutôt 80-90, laisse aussi une place importante à Jacques Brel, pas seulement avec Amsterdam, mais aussi avec un titre moins connu, L’ivrogne.

    Spiritueux, écrit, mise en scène (avec Audrey Bertrand) et joué par Laurent Cazanave, chorégraphie de Caroline Jaubert, au SEL à Sèvres (Hauts-de-Seine) les 22, 23 et 24 janvier ; les 5 et 6 février au Théâtre des Croisements à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; le 12 mars au Théâtre de la Grange à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) ; en tournée varoise par la Scène Nationale de Châteauvallon du 23 au 27 mars ; du 5 au 7 mai 2026 au Centre Dramatique National de Béthune (Pas-de-Calais).

    Voir plus Voir moins
    20 min
  • « Brûler grand » de Juliette Oury, au bout du boulot
    Jan 11 2026

    Dans son deuxième roman, Brûler grand, aux éditions de L'Observatoire, Juliette Oury décortique notre rapport au travail avec une galerie de personnages touchés par le burn-out.

    Le burn-out, en français « syndrome d’épuisement professionnel », est un trouble psychique lié à une exposition prolongée au stress. Fatigue émotionnelle intense, perte de motivation, diminution du sentiment d’accomplissement au travail, ce syndrome touche des salariés de tous les secteurs et peut entraîner des répercussions graves sur la santé. Il est désormais reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un phénomène professionnel.

    La narratrice du nouveau roman de Juliette Oury est substitute de la Procureure de Montbéliard (Doubs). Très consciencieuse, Émilie a une haute idée de sa mission de service public. Elle croit en la Justice (avec un J majuscule), et sa conscience professionnelle s’accompagne d’un stress encore renforcé, et même de crises d’angoisse, par exemple lorsqu’elle est de permanence de nuit ou de week-end. Avec, de temps en temps des manifestations physiques : maux de ventre, crises de larmes, et même perte de connaissance à la fin du premier chapitre du livre. Jusqu’à ce qu’il lui soit totalement impossible d’envoyer un simple courriel : blocage total !

    D’abord dans le déni, Émilie finit par se convaincre d’aller consulter, et même d’entrer dans un centre spécialisé pour une semaine de prise en charge, en compagnie d’autres victimes de burn-out. La plupart de celles-ci exercent ou exerçaient des professions liées au soin ou à l’aide à la personne. Ce qui n’est pas le hasard : les statistiques révèlent en effet que les métiers de la santé, de l’éducation ou du travail social enregistrent en France un grand nombre de situations d’épuisement, notamment en raison du poids émotionnel des responsabilités exercées.

    L’Hexagone affiche des chiffres alarmants. Selon les différentes études disponibles, entre 300 000 et 500 000 Français seraient concernés. Difficile cependant d’évaluer plus précisément l’ampleur du problème : le burn-out n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle mais comme une ALD (affection longue durée). Selon une étude intitulée « L’économie du burn-out », le nombre croissant de cas touche surtout les classes les plus défavorisées. Olivier De Schutter, rapporteur spécial sur les droits de l’Homme et l’extrême-pauvreté, montre du doigt la précarité, mais aussi des « sociétés obsédées par la croissance, qui se caractérisent par un climat de compétition et de course à la performance, entraînant un sentiment d’anxiété liée au statut et poussant à la dépression les travailleurs et travailleuses qui ne parviennent pas à répondre aux attentes irréalistes de ce que signifie vivre une vie productive ».

    Voir plus Voir moins
    20 min
  • Aux Archives nationales, toute la vérité sur le faux
    Jan 10 2026

    Dans l’écrin de l’hôtel de Soubise, les Archives nationales racontent l’histoire des « Faux et faussaires ». Une exposition passionnante qui nous incite à exercer notre esprit critique. (Rediffusion)

    Il y a un petit côté « cabinet de curiosités » dans cette exposition. C’est que le parcours regorge non seulement de documents anciens, mais aussi d’objets hétéroclites : autant de portes d’entrée dans la savoureuse histoire des faussaires, des experts et des dupés, en se concentrant sur la France, du Moyen Âge à nos jours.

    La figure du faussaire en ressort plus complexe qu’il n’y paraît. S’il est le plus souvent un escroc peu scrupuleux et donc peu sympathique, sa ruse et son habileté technique peuvent parfois forcer l’admiration. A fortiori lorsque celui-ci n’agit pas -comme dans la plupart des cas- pour l’appât du gain, mais pour sauver des vies, à l’instar de Michel Bernstein, qu’une photo nous montre à l’ouvrage, assis face à son armoire de fabrication de faux tampons pour l’organisation de résistance «Défense de la France».

    Face à l’ingéniosité des faussaires, les experts ont mis au point des méthodes de plus en plus sophistiquées pour truquer la contrefaçon. Mais certains et non des moindres, se sont parfois laissé prendre : ce fut le cas d’Alphonse Bertillon, considéré comme l’inventeur de l’anthropométrie judiciaire -et donc de la police scientifique- à propos du fameux bordereau incriminant Dreyfus ; ou des conservateurs de prestigieux musées : en témoigne la tiare du roi Saïtapharnès achetée à prix d’or par le musée du Louvre en 1896 : censée dater du IIIè avant notre ère, il fut prouvé en 1903 qu’elle avait été confectionnée à la fin du… XIXè siècle !

    Il arrive donc que l’expert endosse donc le troisième rôle mis en valeur dans le parcours de l’exposition : le dupé. Mais là aussi, la surprise est au rendez-vous : comment imaginer aujourd’hui qu’un esprit scientifique aussi aigu que le grand mathématicien Michel Chasles se fasse berner par un faux aussi grossier que ce billet en français prétendument écrit par Vercingétorix ? Un esprit aussi éclairé ne savait-il pas que le chef gaulois ne parlait pas français, et qu’en plus à cette époque, le papier n’était pas un support de l’écrit ?

    Mais les enjeux liés à la contrefaçon ne sont pas seulement historiques : ils sont aussi profondément contemporains, à l’heure de la vidéo, de la photo numérique, des logiciels de géolocalisation et de l’intelligence artificielle. Quatre installations d’artistes d’aujourd’hui nous invitent à faire preuve de davantage d’esprit critique pour débusquer les manipulations en tous genres. En outre, les samedis et dimanches, un atelier T.R.I. (Toucher, Regarder, Incliner) propose au visiteur d’apprendre à vérifier l’authenticité de leurs propres billets en euros. On n’est jamais trop prudent.

    Faux et faussaires, du Moyen Âge à nos jours, jusqu’au 2 février 2026 aux Archives Nationales.

    Voir plus Voir moins
    20 min