En tournée en France, le spectacle de Laurent Cazanave reconstitue une nuit d’ivresse pour mettre en lumière la place de l’alcool dans la société.
On ne se rend pas toujours compte à quel point l’alcool raconte la société, en tout cas dans les pays occidentaux. Fêter un anniversaire, célébrer une victoire ou une défaite, se rassembler autour d’un pot de départ, marquer une date fondatrice ou respecter une tradition, se retrouver pour discuter entre amis, trinquer à la santé de quelqu’un, noyer un chagrin ou tenter d’oublier… Nombre de petits et de grands événements de notre existence se déroulent autour d’un ou de plusieurs verres. L’alcool pour décompresser, désinhiber, briser les frontières, donner confiance, ou simplement se faire plaisir : toutes ces vertus supposées sont communément admises, notamment par ceux qui incitent leurs proches à « profiter de la vie ».
Le temps d’un solo à la fois théâtral et chorégraphié (avec Audrey Bertrand pour la mise en scène et Caroline Jaubert pour la chorégraphie), Laurent Cazanave décortique le rapport festif à l’alcool, parfois joyeux, mais aussi parfois à la source d’amères déconvenues, d’accidents malheureux ou de gestes inconsidérés, lorsque l’excès est au rendez-vous.
Si le spectacle est en partie inspiré de sa vie, il n’est pas pour autant autobiographique. Pour bâtir son récit qu’il espère universel, Laurent Cazanave a rencontré des petits et des grands buveurs, des abstinents et des repentis, mais aussi des addictologues ou des publicitaires.
Seul en scène, Laurent Cazanave utilise la force des mots, parfois hésitants voire en apnée, parfois libérés à flot continu, mais aussi un jeu physique dans lequel le corps est à l’image de l’esprit : sur un fil, déséquilibré, souvent perdu au bord de l’abîme après avoir tutoyé l’ivresse des sommets. Il parvient aussi à tisser un lien singulier à la fois complice et distant avec les spectateurs qu’il accueille à leur arrivée. La playlist du spectacle, plutôt 80-90, laisse aussi une place importante à Jacques Brel, pas seulement avec Amsterdam, mais aussi avec un titre moins connu, L’ivrogne.
Spiritueux, écrit, mise en scène (avec Audrey Bertrand) et joué par Laurent Cazanave, chorégraphie de Caroline Jaubert, au SEL à Sèvres (Hauts-de-Seine) les 22, 23 et 24 janvier ; les 5 et 6 février au Théâtre des Croisements à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; le 12 mars au Théâtre de la Grange à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) ; en tournée varoise par la Scène Nationale de Châteauvallon du 23 au 27 mars ; du 5 au 7 mai 2026 au Centre Dramatique National de Béthune (Pas-de-Calais).