Page de couverture de Le regard d'Ahmed Newton Barry

Le regard d'Ahmed Newton Barry

Le regard d'Ahmed Newton Barry

Auteur(s): RFI
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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Ahmed Newton Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Ahmed Newton Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent.

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  • Que vaut encore l’asile politique en Afrique?
    Jan 31 2026

    Il y a une dizaine de jours, le Togo extradait, vers le Burkina, Paul Henri Sandaogo Damiba, ancien président qui avait trouvé asile politique à Lomé. Extradition ou livraison ?

    Damiba au Togo, n’a jamais rassuré Ibrahim Traoré. Ainsi, son nom va se retrouver, cité dans les projets incessants et intempestifs de coup d’État par une junte atrabilaire qui a vite fait de l’extradition de Damiba, son assurance survie. La Cédéao, devenue entretemps indigente avec la création de l’AES a perdu de son influence dans les affaires de la région. Or, Damiba avait trouvé l’asile au Togo, en parti, grâce à ses bons offices, quand la médiation des sages Burkinabè, entre autre, le cardinal Philippe Ouédraogo et le Moro Naaba, chef suprême des mossis de Ouagadougou l’avait convaincu de démissionner. Une démission à sept conditions que les sages échouerons à faire respecter par son tombeur qui s’y était engagé. Damiba en gardera une amertume qu’il exprimera, à chaque fois que ses hôtes le lui ont permis, à l’occasion de rares interviews à la presse internationale. Avec l’AES et la posture sous régionale équivoque de Faure Gnassingbé, Damiba aurait demandé, sans succès, à quitter le Togo.

    Dès lors, il était plus otage qu’un exilé politique. C’est cet otage qui a été livré, à ses pires ennemis, le 17 janvier 2026. S’il s’était s’agi d’une extradition, elle n’aurait pas pu être aussi supersonique. À moins d’être téléphonée, une décision de justice ne peut se conclure par un décret, le même jour et être exécuté le lendemain, un jour non ouvré, de surcroit. C’est inédit dans les annales de l’asile politique en Afrique. Le précédent, Charles Taylor, du Liberia, en 2006, par le Nigeria, était survenu, après de longs palabres « à l’africaine » alors qu’il était poursuivi, pour crime contre l’humanité. Dans le cas présent, le Togo a réglé, le sort de Damiba en 48 heures chrono. Une coordination, inhabituellement millimétrée, entre le judiciaire et l’exécutif.

    Il vaut mieux éviter Lomé, si l’on postule pour une asile politique en Afrique

    C’est le moins qu’on puisse dire. Avant Damiba, il y a eu, Lida Kouassi Moïse, en juin 2012, ex-ministre ivoirien de la Défense. Lomé l’avait extradé, avec une diligence « pro-max ». Arrêté et extradé le même jour, avec un épais dossier à charge, à la grande satisfaction - surprise, du ministre ivoirien de l’Intérieur de l’époque, Hamed Bakayoko qui n’en attendait pas tant. Lomé est très risquée pour les demandeurs d’asile, peu importe votre statut et qui vous parraine.

    Le seul privilège de Damiba, c’est d’avoir bénéficié d’un jour de plus, avant l’expulsion. Vendredi, décision de justice suivie de la prise du décret d’expulsion. Samedi livraison, sans avoir eu le droit d’exercer un quelconque recours, illustrant en miroir le sort du togolais lambda devant les juridictions togolaises. Le Togo, vaines précautions, dit s’être assuré que celui qu’il livrait en express ne risque pas la peine de mort et qu’il allait bénéficier « d’une justice équitable ».

    Dans ce Burkina Faso, où les militaires de la garde présidentielle peuvent encercler une juridiction pour soustraire la petite amie du chef de la junte auditionnée pour violence exercée sur autrui. Pareillement, quand des juges sont enlevés et envoyés au Front, pour cause d’une décision qui a déplu à IB, quel gage de justice équitable un tel régime, peut-il offrir ?

    Enfin, c’est pas inutile de le rappeler, au Burkina une accusation de tentative de putsch, emporte une présomption de culpabilité qui exclut le droit à l’assistance d’un avocat. Quand bien même, par une faveur on l’autoriserait, trouver un avocat est mission impossible. Le dernier qui s’y risqué, dans une affaire contre l’État, a été enlevé tout comme son client et les juges qui ont connu du dossier. Tous disparus ! Dans les bagnes de Ouaga 2000.

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  • CAN 2025 : Brahim Diaz et le qui perd gagne !
    Jan 24 2026

    Le Football, avec la finale de la CAN marocaine, qui a provoqué des frayeurs et la politique, avec le conseil de la paix de Trump installé à Davos, le 22 janvier dernier, constituent les sujets de cette chronique. Commençons par la CAN et ce penalty qui aurait pu tout gâcher !

    La panenka ratée de Brahim Diaz, qu’elle soit volontaire ou pas, a évité au Maroc, pour le moins, une victoire à la Pyrrhus et à cette belle CAN de finir en cacahuète. L’honneur est sauf pour tout le monde. Il restera arbitrage. Équivoque, pour les supporters au sud du Sahara. Pas du tout, pour les experts du Foot, comme Joseph Antoine Bell. À contrario, il y a une unanimité sur la qualité de l’organisation du Maroc. Les stades étaient de bonne qualité.

    Ce qui va rester au final, c’est l’attitude qui fut celle de Sadio Mané. C’était un grand joueur, les incidents de la finale ont révélé un grand homme. Le Sénégal lui doit plus qu’une deuxième étoile. Il a incarné, le Sénégalais. Non pas une posture, mais une altérité. Léopold Sédar Senghor l’aurait appelé « Le lion téméraire » « celui qui ne pourra jamais avoir honte ».

    Gageons à présent, que les représentants africains à la Coupe du monde fassent mieux que leurs précédentes participations, pour venger, les refus de visa américains à la plupart des supporteurs africains.

    À présent, le «Conseil de la paix» installé à Davos. Donald Trump tient son conseil de sécurité, alternatif.

    Un conseil de sécurité à un milliard, le siège permanent. C’est une ONU censitaire. N’y siègent que les alliés, disons les obligés qui comptent. Gaza devrait lui servir de laboratoire, pour expérimenter une instance internationale alternative à l’ONU et un embryon d’un gouvernement mondial, pour pacifier les régions du monde en crise. Donald Trump, le président à vie, de la nouvelle institution, impose les termes de la paix et si besoin, par la force. En douze mois, il se vante d’avoir réglé huit guerres, dont on cherche lesquelles ?

    Gaza, le laboratoire de son Conseil de la Paix, connaît une paix factice. La guerre n’y a pas pris « fin immédiatement », comme le stipulait, l’accord de paix, une fois signé par les deux protagonistes. Une paix factice, mais suffisante, pour enclencher le business de la reconstruction et des alliés milliardaires peu importe leur moralité. La qualité de la vingtaine des premiers formellement ralliés, en dit long. La Russie dit étudier la proposition. Les Européens, qui se réveillent, observent. La France, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Ukraine ont dit non. Des cinq membres du Conseil de sécurité avec droit de véto, seuls les États-Unis sont membres « of course ! ».

    Qu’en est-il de l’Afrique ?

    La grande oubliée de l’aventure. Le Maroc et l'Égypte sont les heureux élus, mais pas en vertu de leur qualité de membres éminents du continent africain.Les pays qui comptent en Afrique, ne semblent pas compter aux yeux du président américain. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie et la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique francophone, aucun ne semble réunir la condition suffisante pour être membre de son Conseil.

    L’affaiblissement de l’ONU orchestré par Donald Trump, même s’il s’en défend, a comme premier effet collatéral, l’aggravation du décrochage de l’Afrique. Ceux des Africains qui étaient à fond dans l’ONU bashing, ont eu en Donald Trump, un allié inattendu, à leur détriment. Ils scient du coup, la branche sur laquelle, ils étaient assis. L’ONU, son assemblée générale annuelle, c’est la seule tribune internationale, où la voix des Africains résonnait disproportionnellement à leur poids dans le concert des nations. Et puis, et ce n'est pas rien, la participation aux assemblées générales de l’ONU, échappent pour l’instant aux « travel ban » !

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  • Instant de CAN : l’édition marocaine s’achève avec un derby des Lions !
    Jan 17 2026

    On va assister à une finale rugissante ! Lions de l’Atlas contre Lions de la Teranga. L’épilogue de la Coupe africaine des nations, la 35e édition. En attendant de voir si les Marocains vont marcher dans les pas des Ivoiriens, en remportant la CAN qu’ils ont organisé, cette édition est un bon millésime, de l’avis des fans du foot africain.

    Mais les regards sont déjà tournés vers les États-Unis. Les supporteurs des Eléphants et des Lions de la Teranga n’auront pas le droit aux gradins des stades états-uniens. Trump en a ainsi décidé ! Une discrimination aux allures de stigmatisation. Trump et l’Afrique ça ne s’arrange vraiment pas. Pourtant, en s’impliquant pour ramener la paix en RDC et en faisant la croisade pour les chrétiens du Nigeria, il donnait l’impression d’une contrition. D’un regret d’avoir traité l’Afrique de « Shithole countries », pays de merde. Finalement non ! La merde ne l’incommode pas tant que ça, quand il s’agit du pétrole du Nigeria et des immenses minerais du sous-sol congolais.

    Sur les terres de Lucy, l’ancêtre de l’humanité, les moments de joie étant rare, enivrons-nous encore de cette belle édition marocaine. Cette finale est un beau derby des Afriques, comme l’avaient rêvé les pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Avec le groupe de Casablanca, c’est sur les terres chérifiennes, que les progressistes africains avaient rêvé des États unis d’Afrique dès 1961.

    La décision de Trump de restreindre les visas pour les supporters met en lumière le déclassement politique de l’Afrique

    Cette grande Afrique, dont avaient rêvé, Mohammed V, Kwamé Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, qui devrait aller de Rabat au Cap, en Afrique du Sud, est aujourd’hui bien mal en point. Elle peut, ainsi, être la risée de Trump et ses décrets compulsifs. Mais il serait bien inspiré de faire attention à la lame de fond qui sourdre dans cette Afrique qui doute mais qui est persuadée, plus que jamais, qu’elle est le continent de l’avenir. Bien entendu « un rêve ne devient pas réalité au travers de la magie, ça demande de la sueur, de la transpiration et de l’ardeur au travail », pour citer Colin Powell. Des défis qui ne font aucunement peur sur un continent où on sait ce que « la sueur du travail (…) le dos zébré par les rayons du soleil » veulent dire, tel que déclamé avec ardeur, par le poète sénégalais Birago Diop, dans Afrique mon Afrique.

    Pour ne pas nous éloigner du foot, dans le sillage de la CAN au Maroc, on aura remarqué, l’absence de grands médias africains. En tout cas, pas à la dimension des challenges que revêtent, de plus en plus, les CAN. On repense alors, pour se désoler, que le Nouvel Ordre mondial de la communication, dont avait rêvé, cet autre Sénégalais, Amadou Matar Mbow, ancien directeur général de l’Unesco, dans les années 1980, ne s’est toujours pas réalisé. Où sont passés les grands médias, Africa n°1, l’agence PANA ? Il y a un vide à combler.

    La CAN a grandi. C’est une bonne carte de visite, de cette Afrique, continent de l’avenir. Pour cette raison, il faut repenser les grands médias pour l’Afrique. La meilleure façon, plus généralement, de contrer cette dynamique qui réduit, un peu partout, l’horizon informationnel aux récits grossièrement contrôlés par de petites « pravda » gouvernementales. En disant cela, je pense à la énième censure qui vient de s’abattre cette semaine sur Jeune Afrique, dans l’AES.

    La CAN a été belle. Espérons que la finale tienne les promesses de toutes ces dithyrambes qu’on entend d’ici, delà. Allez donc les Lions ! Faites-nous vibrer !

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