Épisodes

  • Que vaut encore l’asile politique en Afrique?
    Jan 31 2026

    Il y a une dizaine de jours, le Togo extradait, vers le Burkina, Paul Henri Sandaogo Damiba, ancien président qui avait trouvé asile politique à Lomé. Extradition ou livraison ?

    Damiba au Togo, n’a jamais rassuré Ibrahim Traoré. Ainsi, son nom va se retrouver, cité dans les projets incessants et intempestifs de coup d’État par une junte atrabilaire qui a vite fait de l’extradition de Damiba, son assurance survie. La Cédéao, devenue entretemps indigente avec la création de l’AES a perdu de son influence dans les affaires de la région. Or, Damiba avait trouvé l’asile au Togo, en parti, grâce à ses bons offices, quand la médiation des sages Burkinabè, entre autre, le cardinal Philippe Ouédraogo et le Moro Naaba, chef suprême des mossis de Ouagadougou l’avait convaincu de démissionner. Une démission à sept conditions que les sages échouerons à faire respecter par son tombeur qui s’y était engagé. Damiba en gardera une amertume qu’il exprimera, à chaque fois que ses hôtes le lui ont permis, à l’occasion de rares interviews à la presse internationale. Avec l’AES et la posture sous régionale équivoque de Faure Gnassingbé, Damiba aurait demandé, sans succès, à quitter le Togo.

    Dès lors, il était plus otage qu’un exilé politique. C’est cet otage qui a été livré, à ses pires ennemis, le 17 janvier 2026. S’il s’était s’agi d’une extradition, elle n’aurait pas pu être aussi supersonique. À moins d’être téléphonée, une décision de justice ne peut se conclure par un décret, le même jour et être exécuté le lendemain, un jour non ouvré, de surcroit. C’est inédit dans les annales de l’asile politique en Afrique. Le précédent, Charles Taylor, du Liberia, en 2006, par le Nigeria, était survenu, après de longs palabres « à l’africaine » alors qu’il était poursuivi, pour crime contre l’humanité. Dans le cas présent, le Togo a réglé, le sort de Damiba en 48 heures chrono. Une coordination, inhabituellement millimétrée, entre le judiciaire et l’exécutif.

    Il vaut mieux éviter Lomé, si l’on postule pour une asile politique en Afrique

    C’est le moins qu’on puisse dire. Avant Damiba, il y a eu, Lida Kouassi Moïse, en juin 2012, ex-ministre ivoirien de la Défense. Lomé l’avait extradé, avec une diligence « pro-max ». Arrêté et extradé le même jour, avec un épais dossier à charge, à la grande satisfaction - surprise, du ministre ivoirien de l’Intérieur de l’époque, Hamed Bakayoko qui n’en attendait pas tant. Lomé est très risquée pour les demandeurs d’asile, peu importe votre statut et qui vous parraine.

    Le seul privilège de Damiba, c’est d’avoir bénéficié d’un jour de plus, avant l’expulsion. Vendredi, décision de justice suivie de la prise du décret d’expulsion. Samedi livraison, sans avoir eu le droit d’exercer un quelconque recours, illustrant en miroir le sort du togolais lambda devant les juridictions togolaises. Le Togo, vaines précautions, dit s’être assuré que celui qu’il livrait en express ne risque pas la peine de mort et qu’il allait bénéficier « d’une justice équitable ».

    Dans ce Burkina Faso, où les militaires de la garde présidentielle peuvent encercler une juridiction pour soustraire la petite amie du chef de la junte auditionnée pour violence exercée sur autrui. Pareillement, quand des juges sont enlevés et envoyés au Front, pour cause d’une décision qui a déplu à IB, quel gage de justice équitable un tel régime, peut-il offrir ?

    Enfin, c’est pas inutile de le rappeler, au Burkina une accusation de tentative de putsch, emporte une présomption de culpabilité qui exclut le droit à l’assistance d’un avocat. Quand bien même, par une faveur on l’autoriserait, trouver un avocat est mission impossible. Le dernier qui s’y risqué, dans une affaire contre l’État, a été enlevé tout comme son client et les juges qui ont connu du dossier. Tous disparus ! Dans les bagnes de Ouaga 2000.

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  • CAN 2025 : Brahim Diaz et le qui perd gagne !
    Jan 24 2026

    Le Football, avec la finale de la CAN marocaine, qui a provoqué des frayeurs et la politique, avec le conseil de la paix de Trump installé à Davos, le 22 janvier dernier, constituent les sujets de cette chronique. Commençons par la CAN et ce penalty qui aurait pu tout gâcher !

    La panenka ratée de Brahim Diaz, qu’elle soit volontaire ou pas, a évité au Maroc, pour le moins, une victoire à la Pyrrhus et à cette belle CAN de finir en cacahuète. L’honneur est sauf pour tout le monde. Il restera arbitrage. Équivoque, pour les supporters au sud du Sahara. Pas du tout, pour les experts du Foot, comme Joseph Antoine Bell. À contrario, il y a une unanimité sur la qualité de l’organisation du Maroc. Les stades étaient de bonne qualité.

    Ce qui va rester au final, c’est l’attitude qui fut celle de Sadio Mané. C’était un grand joueur, les incidents de la finale ont révélé un grand homme. Le Sénégal lui doit plus qu’une deuxième étoile. Il a incarné, le Sénégalais. Non pas une posture, mais une altérité. Léopold Sédar Senghor l’aurait appelé « Le lion téméraire » « celui qui ne pourra jamais avoir honte ».

    Gageons à présent, que les représentants africains à la Coupe du monde fassent mieux que leurs précédentes participations, pour venger, les refus de visa américains à la plupart des supporteurs africains.

    À présent, le «Conseil de la paix» installé à Davos. Donald Trump tient son conseil de sécurité, alternatif.

    Un conseil de sécurité à un milliard, le siège permanent. C’est une ONU censitaire. N’y siègent que les alliés, disons les obligés qui comptent. Gaza devrait lui servir de laboratoire, pour expérimenter une instance internationale alternative à l’ONU et un embryon d’un gouvernement mondial, pour pacifier les régions du monde en crise. Donald Trump, le président à vie, de la nouvelle institution, impose les termes de la paix et si besoin, par la force. En douze mois, il se vante d’avoir réglé huit guerres, dont on cherche lesquelles ?

    Gaza, le laboratoire de son Conseil de la Paix, connaît une paix factice. La guerre n’y a pas pris « fin immédiatement », comme le stipulait, l’accord de paix, une fois signé par les deux protagonistes. Une paix factice, mais suffisante, pour enclencher le business de la reconstruction et des alliés milliardaires peu importe leur moralité. La qualité de la vingtaine des premiers formellement ralliés, en dit long. La Russie dit étudier la proposition. Les Européens, qui se réveillent, observent. La France, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Ukraine ont dit non. Des cinq membres du Conseil de sécurité avec droit de véto, seuls les États-Unis sont membres « of course ! ».

    Qu’en est-il de l’Afrique ?

    La grande oubliée de l’aventure. Le Maroc et l'Égypte sont les heureux élus, mais pas en vertu de leur qualité de membres éminents du continent africain.Les pays qui comptent en Afrique, ne semblent pas compter aux yeux du président américain. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie et la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique francophone, aucun ne semble réunir la condition suffisante pour être membre de son Conseil.

    L’affaiblissement de l’ONU orchestré par Donald Trump, même s’il s’en défend, a comme premier effet collatéral, l’aggravation du décrochage de l’Afrique. Ceux des Africains qui étaient à fond dans l’ONU bashing, ont eu en Donald Trump, un allié inattendu, à leur détriment. Ils scient du coup, la branche sur laquelle, ils étaient assis. L’ONU, son assemblée générale annuelle, c’est la seule tribune internationale, où la voix des Africains résonnait disproportionnellement à leur poids dans le concert des nations. Et puis, et ce n'est pas rien, la participation aux assemblées générales de l’ONU, échappent pour l’instant aux « travel ban » !

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  • Instant de CAN : l’édition marocaine s’achève avec un derby des Lions !
    Jan 17 2026

    On va assister à une finale rugissante ! Lions de l’Atlas contre Lions de la Teranga. L’épilogue de la Coupe africaine des nations, la 35e édition. En attendant de voir si les Marocains vont marcher dans les pas des Ivoiriens, en remportant la CAN qu’ils ont organisé, cette édition est un bon millésime, de l’avis des fans du foot africain.

    Mais les regards sont déjà tournés vers les États-Unis. Les supporteurs des Eléphants et des Lions de la Teranga n’auront pas le droit aux gradins des stades états-uniens. Trump en a ainsi décidé ! Une discrimination aux allures de stigmatisation. Trump et l’Afrique ça ne s’arrange vraiment pas. Pourtant, en s’impliquant pour ramener la paix en RDC et en faisant la croisade pour les chrétiens du Nigeria, il donnait l’impression d’une contrition. D’un regret d’avoir traité l’Afrique de « Shithole countries », pays de merde. Finalement non ! La merde ne l’incommode pas tant que ça, quand il s’agit du pétrole du Nigeria et des immenses minerais du sous-sol congolais.

    Sur les terres de Lucy, l’ancêtre de l’humanité, les moments de joie étant rare, enivrons-nous encore de cette belle édition marocaine. Cette finale est un beau derby des Afriques, comme l’avaient rêvé les pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Avec le groupe de Casablanca, c’est sur les terres chérifiennes, que les progressistes africains avaient rêvé des États unis d’Afrique dès 1961.

    La décision de Trump de restreindre les visas pour les supporters met en lumière le déclassement politique de l’Afrique

    Cette grande Afrique, dont avaient rêvé, Mohammed V, Kwamé Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, qui devrait aller de Rabat au Cap, en Afrique du Sud, est aujourd’hui bien mal en point. Elle peut, ainsi, être la risée de Trump et ses décrets compulsifs. Mais il serait bien inspiré de faire attention à la lame de fond qui sourdre dans cette Afrique qui doute mais qui est persuadée, plus que jamais, qu’elle est le continent de l’avenir. Bien entendu « un rêve ne devient pas réalité au travers de la magie, ça demande de la sueur, de la transpiration et de l’ardeur au travail », pour citer Colin Powell. Des défis qui ne font aucunement peur sur un continent où on sait ce que « la sueur du travail (…) le dos zébré par les rayons du soleil » veulent dire, tel que déclamé avec ardeur, par le poète sénégalais Birago Diop, dans Afrique mon Afrique.

    Pour ne pas nous éloigner du foot, dans le sillage de la CAN au Maroc, on aura remarqué, l’absence de grands médias africains. En tout cas, pas à la dimension des challenges que revêtent, de plus en plus, les CAN. On repense alors, pour se désoler, que le Nouvel Ordre mondial de la communication, dont avait rêvé, cet autre Sénégalais, Amadou Matar Mbow, ancien directeur général de l’Unesco, dans les années 1980, ne s’est toujours pas réalisé. Où sont passés les grands médias, Africa n°1, l’agence PANA ? Il y a un vide à combler.

    La CAN a grandi. C’est une bonne carte de visite, de cette Afrique, continent de l’avenir. Pour cette raison, il faut repenser les grands médias pour l’Afrique. La meilleure façon, plus généralement, de contrer cette dynamique qui réduit, un peu partout, l’horizon informationnel aux récits grossièrement contrôlés par de petites « pravda » gouvernementales. En disant cela, je pense à la énième censure qui vient de s’abattre cette semaine sur Jeune Afrique, dans l’AES.

    La CAN a été belle. Espérons que la finale tienne les promesses de toutes ces dithyrambes qu’on entend d’ici, delà. Allez donc les Lions ! Faites-nous vibrer !

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  • Trump assomme le monde au Venezuela!
    Jan 10 2026

    Il y a une semaine, vous moquiez, un Trump perdu sur plusieurs fronts, sans résultats probants. Le 3 janvier 2026, avec l’opération au Venezuela, il a renversé pour longtemps l’ordre mondial.

    C’est une bascule au niveau international. Mais à la vérité, Trump parachève, de fait, un ordre mondial auquel rêvait Poutine, qui, ironie du sort, se réalise à son détriment. Maduro déboulonné, Cuba menacé, en une opération commando, Trump a réalisé en quelques heures, dans sa sphère d’influence, ce que Poutine rêve vainement de faire depuis quatre ans en Ukraine. On oublie le ton badin de Pete Hegseth, sur la camelote russe qui n’a pas protégé Caracas et les moqueries de Marco Rubio à Sergueï Lavrov.

    Un joyeux noël ironique, pour un Noël orthodoxe 2026, qui aura le goût amer d’un Hiver noir, prédit depuis un des nouveaux Oblasts du Sahel, autrefois pré carré de la France.

    Les Russes ne sont pas les seuls, les Européens aussi ne reconnaissent plus Trump !

    Henry Kissinger, a prévenu : « être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être son ami est fatal », cette mise en garde n’a jamais été aussi vraie. Surtout, pour les Européens, le plus difficile, c’est de devoir admettre que Donald Trump, peut être une menace. Ils ont en face d’eux, l’empereur Néron, que décrivait le sénateur Claude Malhuret, après l’humiliation de Zelensky, à Washington, il y a un an, « Empereur incendiaire, (…) », disait-il de Trump, pour qui, l’essentiel c’est que les États-Unis soient les plus forts et que Trump soit le plus fort des États-Unis. Un drame en perspective ; « (…) un drame pour le monde libre. Mais d’abord un drame pour les États-Unis », concluait, désabusé, Malhuret.

    Pour les États, ce n’est jamais bon, quand un dirigeant peut s’affranchir de toutes les règles. Trump n’a de limite, à l’international, que sa propre moralité. Les transgressions étant le carburant de tout bon dictateur, qu’est-ce qui l’empêcherait de l’essayer en interne ? L’hubris fait perdre la tête aux empereurs, surtout quand ils se rêvent dictateur. Trump s’y est essayé et y a pris goût. Susie Wiles, son cheffe de cabinet, qu’il inquiète, a prévenu, en décembre 2025. Trump a « la personnalité d’un alcoolique » qui se croit tout permis. Avec son dévolu sur le Groenland, il fait paniquer les Européens.

    Serait-on entré dans l’ère des empires ?

    C’est désormais « malheur aux vaincus » ! L’ONU n’a jamais autant mérité son sobriquet de « machin », comme disait le général de Gaulle. La souveraineté c’est pour les plus forts.

    Et l’Afrique dans tout ça ? Hélas ! Le faible n’est pas le convive désiré à la table des forts. Trump, Poutine, Xi, Modi et Erdogan, c’est à chacun son Afrique, pour emprunter le vocabulaire fleuri des « patriotes sous Laurent Gbagbo ». Erdogan lorgne le Soudan et la Libye, Pékin avec son « Belt and Road » organise une OPA sur le Kenya et la Tanzanie qu’elle a endetté de façon toxique, Trump se pourlèche les babines devant les immenses richesses de la RDC, Poutine s’arcboute sur le diamant de la RCA et sur l’or de l’AES. 141 ans après la conférence de Berlin, l’Afrique s’apprête à accueillir ses nouveaux colons. Les anciennes puissances coloniales, se débattent, mais ont du mal à exister. Quoique ? Le Donroé, l’ordre de Donald Trump, pourrait rabattre les cartes. Avec la chute de Maduro, le protectorat russe perd de sa valeur. Si les mollahs devraient tomber en Iran, ce sera une catastrophe géopolitique, dont Poutine pourrait ne pas se relever. Il y a donc, toujours une place à prendre pour les Européens, s’ils guérissent du syndrome de Stockholm, vis-à-vis des Américains !

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  • 2026, de Kiev à Gaza, les incertitudes!
    Jan 3 2026

    Faut-il être optimiste pour 2026 ?

    La prédiction est un exercice trop risqué. On ne peut s’y essayer impunément. Surtout instruit par ce qu’on peut, prosaïquement, appeler le précédent du général de Gaulle. Dans ses vœux aux Français, pour 1968, De Gaulle, avec sa voix de stentor, annonce : « C’est vraiment avec confiance que j’envisage pour les douze prochains mois l’existence de notre pays ». Puis, cinq mois après, survenait « Mai 68 ». Alors, par prudence, faisons plutôt une revue de deux gros dossiers qui ont occupé 2025 en considérant les faits.

    L’Ukraine connaîtra-t-elle enfin la paix en 2026 ?

    Même les plus indécrottables optimistes sont réservés. Au regard du processus qu’on a vu se dérouler ces douze derniers mois, il est établi que Poutine veut la paix à ses conditions et ses conditions sont connues ; une capitulation sans condition de l’Ukraine et l’installation à Kiev, d’un régime pro Moscou. Sauf, qu’il n’est pas certain qu’il s’en satisfasse. Depuis le précédent de la Géorgie, (l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie) en 2008, Poutine est connu pour ne respecter ni sa parole ni sa signature. Entièrement à son obsession ; Poutine ne désespère pas de restaurer l’Union soviétique, dont « l’effondrement, dit-il, (…) a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle ». L’avènement au pouvoir de Trump, en 2025, a bien servi ce dessein en sortant Poutine du relatif isolement diplomatique sur la scène internationale et en rabattant les cartes au détriment de Zelensky. Ainsi, à son détriment, Trump, tout à ses illusions, a légitimé une guerre d’agression sans que cela ne crée les conditions de la paix. En ce début d’année, pour l’Ukraine, c’est une grande incertitude, surtout que dans quelques mois Trump sera occupé aux cruciales élections de mi-mandat. Les sondages, pour l’instant, ne lui sont pas favorables et les revers s’accumulent.

    Le plan Trump pour Gaza, se met en place comme prévu, du moins jusque-là...

    Grosso modo le processus tient. La fin de l’année 2025, de l’avis général, a été moins sanglante. Mais c’est loin d’être encore la paix. Plusieurs centaines de Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 10 octobre dernier. Il faut, à présent, passer à la phase B. Netanyahu, qui y est réticent, était à Mar-à-Lago, le palais d’hiver de Trump, le 29 décembre, pour en discuter les modalités. Pour s’éviter des réprimandes publiques, il a su flatter l’immense ego de Trump avec « le Prix d’Israël », la plus haute distinction civile de l’État hébreu. Et cela a plus que marché ! Oublié les remontrances, Corbeille de dithyrambes pour Bibi, désormais estampillé : « un homme sans qui Israël n’existerait plus aujourd’hui ». Un excellent slogan, pour les difficiles élections à venir en Israël auxquelles, Netanyahu est, bien sûr, candidat.

    Pour Gaza, le Premier ministre israëlien pourra-t-il maintenir et pérenniser une présence militaire, au risque de compromettre le début de la phase B ? Le retrait militaire total, de l’enclave palestinienne était, dans le plan, la condition pour que s’enclenche la phase B.

    Enfin, la mère des convoitises ; la reconstruction de Gaza. Netanyahu veut qu’elle commence dans les zones sous son contrôle. Le business avant la mise en place des institutions de la transition : la Force de stabilisation et l’Autorité International de Transition. Le Conseil de sécurité des Nations unies, le 17 novembre a donné son quitus.

    Mais c’est connu, les résolutions onusiennes ont plus compliqué que facilité la résolution de cette crise. Le Hamas a déjà prévenu qu’il n’en voulait pas. Même considérablement affaibli, il garde les moyens, à l’image de la vieille tabatière du dicton africain, suffisamment de tabac pour faire éternuer le processus.

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  • Quand l’autocratie traque la démocratie!
    Dec 27 2025

    Faut-il s’inquiéter pour la démocratie, spécifiquement en Afrique, où les autoritarismes décomplexés lui font désormais une concurrence féroce ?

    La démocratie est plus que jamais en danger en Afrique. Elle conserve encore, dans la majorité des pays, ses aspects institutionnels. Il y a encore annuellement davantage d’élections, même si bon nombre sont des processus orchestrés, que de putschs militaires. En 2025, une dizaine d’élections ont eu lieu, dont les dernières se tiennent en ce moment même, en ces derniers jours de l’année. Il en est de la présidentielle en Guinée prévu ce 28 décembre qui devrait voir le général Mamadi Doumbouya blanchir le putsch qu’il a perpétré en septembre 2021.

    Ces processus hautement contrôlés, qui ne sont pas l’apanage exclusif des militaires, ont contribué à dégouter nombre de citoyens africains de la démocratie. Ils ont aussi malheureusement servi de prétexte à certains scélérats pour faire prospérer leurs petites affaires en portant à bout de bras des autocraties militaires, sur les terres mêmes où il y a trois décennies en arrière on célébrait la démocratie avec autant de ferveur et de passion qu’on la pourfend aujourd’hui.

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    La situation est d’autant paradoxale que le courant qui portent l’autoritarisme militaire est aussi celui qui est intransigeant avec les troisièmes mandats présidentiels, vécus comme des trahisons inacceptables de la démocratie. Comment est-ce possible un tel grand écart ? D’une exigence, non négociable, de plus de démocratie à un pamoison pour la dictature militaire. Une consternante amnésie surtout, qui fait oublier que les autoritarismes militaires sont autant comptables, pour ne pas dire plus, de pêchés du Sahel et de l’Afrique imputés aux élites civiles.

    L'année de 2025 a failli être un requiem pour la démocratie, si le coup d’État du Colonel Tigré au Benin, dont on ne sait toujours que peu de choses, avait réussi. Surtout pour l’Afrique Francophone, visiblement malade de ses militaires.

    Régimes forts comme panacées aux crises

    Il n’empêche, il y a comme une hardiesse dans la volonté de promouvoir les régimes forts comme une panacée aux crises ! Un autoritarisme prosélyte qui se voudrait messianique et exportable. Une exception autrefois, règle aujourd’hui, le pouvoir militaire décomplexé se pose en alternative politique.

    Il y aurait, à ce propos, des énoncées assenées es cathedra. Une d’elle est devenue, pour ainsi dire, le psautier des nouvelles juntes : la démocratie, disent-elles, ne développe pas les pays. Il faut les régimes autoritaires pour faire le sale boulot, indispensable au développement et seulement après s’incruste la démocratie comme un épiphyte.

    La démocratie serait ainsi une coquetterie, une sorte d’option de confort politique, un luxe superfétatoire des temps d’abondance. Car autant elle ne développe pas, autant elle serait inapte à affronter les temps de crise. Une acceptation qui ferait des militaires, et plus largement des dictateurs, les vigies nécessaires, des processus politiques vertueux. Rien de tout cel n’est démontré, évidemment, mais peu importe !

    Ce nouvel ordre militaire s’assume. Il se dit, sans le démontrer, plus efficient, plus apte à résoudre les problèmes. Pas forcément vertueux, mais moralisateur. D’ailleurs ces nouvelles juntes ne demandent pas à être jugés, sur le respect du droit, mais sur leur prétendu efficacité. Sauf que pour l’instant, même sur l’efficacité on attend toujours qu’elles fassent leurs preuves.

    Le président Mohamed Bazoum, au Niger et au Sahel, reste pour l’instant, l’étalon en matière de réussite dans la lutte contre le terrorisme, en plus d’être intrinsèquement vertueux. Il était civil et démocrate. Mais il est vrai qu’on est entré dans l’ère post vérité. Le contrôle du récit compte plus que la vérité

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  • Donald Trump dans ses pérégrinations: beaucoup d'espoirs et quelques succès mitigés
    Dec 20 2025
    Alpha Newton Barry, cette semaine vous avez un regard plutôt éclectique. Du Venezuela au pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) en passant par la République démocratique du Congo (RDC), vous suivez Donald Trump dans quelques-unes de ses pérégrinations, dont beaucoup d’espoirs et quelques succès mitigés. Dans moins d’un mois, Donald Trump boucle sa première année à la Maison Blanche. Le temps du bilan ! Le Vénézuélien Nicolas Maduro, dont le pays est sous blocus total, est actuellement sous pression. Victime expiatoire du dossier Epstein ? Ou première victime d’une reconversion de Trump à la doctrine Woodrow Wilson ? Pour l’instant c’est un bien maigre bilan à l’image de tous ceux qui trop embrassent. La guerre en Ukraine, qui n’aurait pas eu lieu, ne cesse-t-il de rappeler, s’il avait été président en 2021, n’a pas été réglée dans les délais qu’il annonçait dans sa campagne électorale. Ce serait un miracle qu’elle le soit dans les jours qui nous séparent de 2026. Le Russe Vladimir Poutine n’a pas été le partenaire qu’il espérait et l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, qu’il pensait contraindre, s’est révélé plus manœuvrier et plus résilient avec le soutien des Européens. Cette mobilisation des Européens ne leur a pas conféré pour l’instant le droit de s’asseoir autour de la table avec Poutine et Trump, mais elle a empêché que la paix russe ne soit imposée aux Ukrainiens. Il y a donc fort à parier qu’il n’y aura pas de cadeau « paix » sous le sapin de ce Noël à Pokrovsk, qui reste encore ukrainienne grâce au formidable courage de son armée. À peine signée, la pax Trump en RDC déjà mise à mal Beaucoup de parlottes sur l'accord de paix à l'est de la RDC négocié par Washington et pour l’instant, pas de réelles avancées. Chacun des signataires du texte a trouvé le bon superlatif qui a fait plaisir à Donald Trump. Le Rwandais Paul Kagame est sans doute celui que la diplomatie transactionnelle, à la Trump, arrange le mieux dans cette affaire. Il s’est fait fort de le rappeler en précisant que les précédents accords, depuis 30 ans, n’avaient pas connu de succès parce qu’ils « n’avaient pas été axés sur la prospérité et l’investissement ». En face, le Congolais Félix Tshisekedi, vœux pieux et bons sentiments, expressions de la vieille diplomatie et de l’impuissance, le type même que Trump exècre. Pour l’instant, l’Américain se laisse attendrir, mais jusqu’à quand ? La conquête d’Uvira, quelques jours après la signature, en grande pompe, de l’accord dit de Washington, le 5 décembre, a vu l’administration américaine ruer sur Kigali, l’enjoignant d’ordonner le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira. Depuis le 15 décembre, en trainant les pas et en posant des conditions, les rebelles ont amorcé un retrait difficile à évaluer. Mais Kinshasa ne peut que s’en contenter. Car les forces congolaises, les FARDC et leurs supplétifs burundais et miliciens Wazalendo sont plus craints, malgré leur piteuse défaite. Sans en avoir le monopole, on craint tant leurs exactions sur les populations que leur capacité à les protéger. Donald Trump, connu pour être fluctuant, pourrait, en fonction des réalités du terrain, tourner casaque. Félix Tshisekedi a intérêt à avoir toujours les cartes et les bonnes en main. Interdiction de séjour aux États-Unis visant cinq pays africains Enfin, la nouvelle interdiction de voyager aux États-Unis qui touche cinq pays africains, dont les trois pays de l’AES. Donald Trump a peut-être provoqué les frelons sahéliens : on s’attend à une sortie musclée, concertée et confédérale. La souveraineté sourcilleuse de l’AES ne peut être offensée impunément. En attendant la réciprocité, c’est quand même un coup dur, pour les jeunes, plutôt pour les « happy few », qui pouvaient espérer une possibilité d’études supérieures dans des universités de qualité. La rhétorique anticoloniale, panafricaniste des juntes ayant rendu radioactive la destination France autrefois prisée par les nouveaux bacheliers sahéliens qui en avaient les moyens. C’est l’horizon des possibles qui se rétrécit pour les citoyens de l’AES, dont la frange bruyante sur les réseaux sociaux avait curieusement souhaité et applaudi l’élection du président Trump.
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  • Ce 7 décembre, que le Benin n’oubliera pas de sitôt
    Dec 13 2025
    Le regard de Newton Ahmed Barry porte sur les péripéties du coup d'État manqué au Bénin. Surprise et consternation. Surprise d’abord, les yeux étaient rivés sur Abidjan. Les cassandres y avaient prédit tellement de choses qu’une psychose s’installait à chaque veille d’échéance importante : et, voilà que le 7 décembre, la veille de l’investiture d'Alassane Ouattara, au petit matin, c’est à Cotonou que les armes tonnent. Stupeur totale ! Le putsch, surprise, semblait même consommé, quand les carillons des matines réveillent Cotonou. Le lieutenant-colonel Tigri et une dizaine de colistiers avaient pu préempter la télévision nationale et faisaient passer leur déclaration de prise de pouvoir. En général, à ce stade du pronunciamiento, sauf quelques rares exceptions, il est irréversible. Pas cette fois : le président béninois Patrice Talon a eu plus de bol. Sa garde, en premier, met en échec le commando lancé à l’assaut de sa résidence. Ensuite, et pour la première fois, la Cédéao n’a pas palabré. Elle a agi. La France n’a pas eu de scrupule. Elle n’a pas tourné talons à Patrice comme elle l’avait fait au pauvre Mohamed Bazoum qui s’était condamné en accueillant les troupes françaises, chassées du Mali. À lire aussiTentative de coup d’État au Bénin: comment l’intervention de la Cédéao a été décidée Recrudescence des attaques terroristes, mais tentative contrée Cette année 2025 a été éprouvante pour le Bénin à cause d’une série de violentes attaques terroristes dans son septentrion, à sa frontière avec le Burkina Faso et le Niger, appelé aussi le « Point Triple ». Deux attaques en moins d’un trimestre, dont celle du 17 avril 2025, avec 54 soldats tués, est la plus meurtrière à ce jour. Depuis 2021, le Bénin fait face aux groupes terroristes, du Jnim, spécifiquement, dont les attaques croissent à mesure que ses grands voisins, le Burkina et le Niger, perdent le contrôle de leurs territoires qui lui font frontière. C’est devenu quasiment itératif dans la région. Quand les armées sont défaites par les terroristes, elles s’en retournent braquer les institutions politiques, dans les capitales, pour faire payer aux élites politiques de n’être pas aussi bien armées que les terroristes. Armements inadaptés quand il s’agit des terroristes, mais jamais quand il s’agit de perpétrer des coups d'État. Puis, des douillets palais présidentiels, elles retrouvent l’inspiration pour faire la guerre avec d’autant plus d’allant que, hissées sur ce promontoire, elles n’ont pas une obligation de résultats et n'entendent pas qu’on leur dise. À lire aussiAttaque au Bénin: «Le Jnim n’a pas encore de base fixe au Bénin mais a des relais dans les communautés locales» Les unités d’élite contre le terrorisme sont paradoxalement les fauteurs de coup d'État Si le colonel Tigri avait réussi, il aurait été le quatrième officier des forces spéciales à renverser un gouvernement qui avait en lui une totale confiance. Les Forces spéciales africaines, mieux aguerries et mieux équipées que le reste de l’armée, ne paient pas bien en retour les présidents qui les chouchoutent. De Bamako, Ouagadougou à Conakry, elles font tomber les régimes démocratiques comme des quilles. Assimi Goita, des Forces spéciales, appelé à déjouer le complot ourdi dans le sillage de l’insurrection du M5-RFP, en aout 2020, va finalement renverser Ibrahim Boubakar Keïta, père de son ami Karim Keita. Le 24 janvier 2022 à Ouagadougou, le président Kaboré, aux abois, fait l’erreur d’appeler à sa rescousse, les Forces spéciales du commandant Aouba. Plutôt que de contrer les mutins, c’est lui qu’elles vont contraindre à la reddition. Enfin, Alpha Condé, de la Guinée, depuis son exil, continue de s’en vouloir d’avoir fait confiance au colosse Mamadi Doumbouya. Le patron des Forces spéciales était sa fierté d’autrefois. Le 7 décembre, le Béninois Tigri voulait faire comme ses prédécesseurs. La providence ne l’a pas servi. L’oracle réputé du Bénin, le Fâ, avait prévenu, début janvier 2025, qu’un violent coup d'État allait être tenté, sans succès. Tigri pensait, sans doute, faire mentir l’oracle. Il l’a appris à ses dépens.
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