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Questions d'environnement

Questions d'environnement

Auteur(s): RFI
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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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  • Comment les pollutions sonores et lumineuses affectent-elles le vivant?
    Feb 4 2026
    Humains, oiseaux, baleines ou plantes, nous sommes tous victimes des excès de bruit et de lumière qui accompagnent la présence humaine sur la planète, dans les villes en particulier. Elles ne figurent pas au menu du « Giec de la pollution », le groupe d’experts et de politiques sur la pollution chimique qui tient sa première réunion cette semaine à Genève. Et pourtant… Les pollutions sonores et visuelles sont elles aussi sources de quelques dégâts pour le vivant. Commençons par nous, humains, avec la pollution sonore, et avec un exemple tout bête, et vraiment bête : une moto qui traverse Paris la nuit, avec un pot d'échappement troué, réveille 300 000 personnes. La pollution sonore est source de stress et de maladies cardio-vasculaires. Rien qu'en Europe, le bruit provoque 20 000 décès prématurés chaque année. À lire aussiSous les vagues, la pollution sonore Le bruit perturbe aussi les autres animaux. Et en particulier les oiseaux, comme le merle qu’on commence à entendre très tôt le matin à Paris. Serait-il insomniaque ? « Les chants servent à deux choses : "Je suis chez moi, je ne veux pas que tu rentres chez moi". Ça sert aussi à dire à une femelle qui passerait : "Je suis tout seul"… pas besoin de faire un dessin, sourit Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. Donc les merles chantent plus tôt le matin à cause du bruit, ou plutôt de l’absence de bruit. » Plus fort ou plus aigu Pour dépasser le bruit des voitures, d'autres oiseaux, comme le rossignol, chantent plus fort. La mésange charbonnière, elle, chante plus aigu, « parce que le bruit de fond de la ville est dans les graves. Donc la mésange charbonnière a une note de son chant plus haute en ville », explique Frédéric Malher. Mais toutes ses stratégies déployées par les oiseaux en ville représentent « semble-t-il une dépense d’énergie supplémentaire ». En mer aussi, la pollution sonore perturbe la communication. Et à cet égard, on est loin du Monde du silence, comme le commandant Cousteau avait baptisé les mers et les océans. « Le son circule cinq fois plus plus vite que dans l’air. Surtout, les océans sont un open-space, il n’y a pas de barrière qui limite le son. Les baleines bleues, par exemple, vont pouvoir communiquer à plus de 100 kilomètres de distance, probablement jusqu’à 1000 kilomètres, selon certains chercheurs », explique Olivier Adam, bio acousticien à l'Université Paris Sorbonne. Pertes de repères Mais le bruit des bateaux, des sonars militaires ou des éoliennes est lui aussi sans limite. Et les conséquences peuvent être mortelles pour les cétacés, les baleines ou les cachalots. « Si les intensités sonores sont trop fortes et qu’ils ont une perte même temporaire de leur système auditif, ils perdent tout moyen de se repérer et peuvent aller s’échouer très facilement. Pour des baleines grands plongeurs comme les baleines à bec qui descendent à deux ou trois kilomètres de profondeur pour s’alimenter, elles peuvent remonter trop vite "en mode panique" et avoir des problèmes irréversibles au niveau de la décompression », souligne Olivier Adam. À lire aussiFrance: le bruit, une pollution qui coûte plus de 150 milliards La colonisation de la planète par l’espèce humaine engendre une autre pollution : la pollution lumineuse rendue possible grâce à la fée électricité. Une pollution à laquelle les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables. « Elle peut détourner ces oiseaux parce qu’ils sont attirés par la lumière, précise Frédéric Malher de la LPO. Quand il y a du brouillard, ils sont complètement perdus et c’est à ce moment-là qu’on peut avoir des massacres d’oiseaux qui se sont précipités sur les vitres des bâtiments parce qu’ils sont perdus dans un brouillard lumineux où il n’y a plus du tout de repères. » Le progrès nous aveugle Les lumières de la ville perturbent aussi les plantes. « Une plante éclairée la nuit ne repère pas que c'est la nuit. Donc elle continue sa vie, elle continue sa photosynthèse et produit donc un excédent de sucre, racontait pour « C’est dans ta nature » Louis Gerin, qui avait mis au point un lampadaire sans lumière bleue, la plus nuisible au vivant. Avec la lumière, il y a plein d'insectes. Et comme c'est plus sucré, ils viennent la voir ! Et comme elle ne peut pas dormir la nuit, elle est encore plus fatiguée, elle s'épuise et se retrouve plus vulnérable face aux parasites et aux maladies. » Humains, nous sommes nous aussi plus vulnérables face à la lumière artificielle. Les leds, les lampes nouvelles générations, certes économes, abiment la rétine et notre vue vieillit plus vite. Parfois le progrès nous aveugle.
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    4 min
  • Pourquoi «le Giec de la pollution» arrive-t-il aussi tard?
    Feb 3 2026

    Le Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution se réunit pour la première fois cette semaine, alors que le phénomène est aussi vieux que la Révolution industrielle du XIXe siècle et tue plus que les guerres, le sida ou la crise climatique.

    Une grande première pour une tragédie ancienne. La première réunion du Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution a commencé lundi 2 février 2026 à Genève, en Suisse. On le surnomme « le Giec de la pollution », en référence au groupe des experts internationaux sur le climat, qui publiait son premier rapport en 1990, un quart de siècle après les premières études scientifiques sur le changement climatique provoqué par les activités humaines. Le Giec de la pollution arrive bien plus tard. Est-ce trop tard ?

    On sait que la pollution, également d’origine anthropique, existe depuis le début de la Révolution industrielle, quand les feuilles des arbres se couvraient de noir à cause du charbon. L’écrivain britannique Charles Dickens évoquait déjà le fameux smog londonien, ce brouillard provoqué par les poussières industrielles, dans un roman publié au milieu du 19e siècle.

    9 millions de morts par an

    La pollution n’est pas un phénomène récent et ses effets sur la santé ne sont pas négligeables. On commence à mourir du climat, mais on meurt déjà beaucoup et depuis longtemps de la pollution. Elle provoque chaque année 9 millions de morts prématurées dans le monde, plus d'un décès sur dix. La pollution tue plus que les guerres, le sida, ou même le climat. La crise climatique ne tue « que » 600 000 personnes par an. Et alors qu’on parle beaucoup des Cop, les sommets pour le climat, alors qu’il existe aussi des Cop sur la biodiversité et sur la désertification, la pollution, les pollutions, elles, passent un peu en-dessous des radars, alors que les constats sont tout aussi alarmants.

    Plusieurs dizaines de milliers de produits chimiques sont en circulation sur la planète – on peut à cet égard saluer la créativité humaine. Il y a tous ces mots qu’on entend presque chaque jour, désormais : plastique, microplastiques, particules fines, PFAS, les fameux polluants éternels qui s’immiscent partout et pour toujours. On boit des PFAS et on mange des pesticides. À tel point qu’aujourd’hui, on est tous contaminés. On a des microplastiques dans le cerveau. On nait déjà contaminé. Oui, les bébés naissent déjà le corps pollué…

    On consomme de la pollution

    D'ailleurs on n'est pas sûr d'en mourir, ou alors pas tout de suite, on peut juste être malade de la pollution. On en est venu à inventer une expression : les cancers environnementaux. Un autre chiffre suffit à mesurer l'ampleur du problème : les maladies provoquées par une exposition aux produits chimiques représentent plus de 10% du produit intérieur brut mondial, plus de 10 000 milliards d’euros par an.

    Comment s’explique alors cette relative indifférence ? Sur le climat, il y a un ennemi identifié, le CO2 et les producteurs d'énergies fossiles. Mais sur la pollution chimique, il y a des milliers et des milliers de coupables. Les données et les études sont dispersées. Les scandales multiples mais isolés, microéconomiques. Le principe de précaution est à géométrie variable. Enfin les lobbies sont beaucoup plus nombreux, présents dans de nombreux secteurs : l'automobile, l'agriculture, l'agroalimentaire, les emballages, les vêtements, les produits de beauté... Partout il y a de la pollution chimique, dans tout ce qu'on consomme au quotidien. S'y attaquer, c'est aussi, d'une certaine manière, remettre en cause nos habitudes de consommation et notre mode de vie. C'est réaliser que cette belle idée du progrès recouvre une réalité beaucoup plus sale.

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  • Restera-t-il des chênes dans cinquante ans?
    Feb 2 2026

    L'un des arbres les plus répandus en Europe (et dans tout l'hémisphère nord) est-il armé face au réchauffement climatique ? Quinze millions d'années d'évolution lui confèrent quelques atouts.

    Il est le roi des forêts européennes, l'un des arbres qu'à peu près tout le monde est capable d'identifier. On a toujours un chêne près de chez soi. « Un jour je me suis amusé à estimer le nombre de chênes en France, et on arrive à plusieurs milliards, en y incluant les petits semis évidemment, explique Antoine Kremer, directeur de recherche émérite à Biogeco à l'université de Bordeaux, spécialiste de l’évolution des arbres et en particulier du chêne. Vous n’êtes jamais très loin d’un chêne si vous êtes en France, à moins de quelques kilomètres, mis à part si vous êtes en haute altitude. Et c’est vrai aussi en Europe. On ne s’en rend pas compte mais c’est quelque chose qui nous est très proche ».

    Face au réchauffement climatique, ce monument forestier a quelques atouts. D'abord, le chêne est l'un des arbres à la plus grande diversité génétique, rendue possible par les échanges entre individus, grâce au pollen, et même entre espèces – rien qu'en Europe on compte une trentaine d'espèces de chêne. Et la diversité génétique, c'est un grand avantage. « Quand il y a une crise environnementale, si tout le monde est pareil génétiquement dans une population, la probabilité est forte que cette population s’éteigne. En revanche, si vous avez une forte diversité, la probabilité pour qu’au sein de cette population il y ait des individus qui résistent est beaucoup plus élevée. Cette diversité est une espèce d’assurance vis-à-vis de l’avenir », souligne Antoine Kremer.

    La lutte pour la vie

    La force du chêne, c'est donc son nombre, et son âge aussi. Le chêne a 15 millions d'années, autant dire qu'il a vu passer des changements climatiques, des alternances de froid et de chaud. Les plus résilients ont survécu et se sont répandus, par la sélection naturelle. « En fait il a fait le yoyo en termes de migrations, raconte Antoine Kremer. Quand il faisait chaud, il est resté présent dans toute l’Europe tempérée, mais quand il faisait froid, quand la moitié de l’Europe était couverte de glaciers, les chênes se sont retrouvés dans le sud de l’Europe. Et dès que le climat s’est réchauffé, ils ont migré vers le nord. C’était la lutte pour la vie, en quelque sorte. C’est celui qui colonisait le plus vite qui s’en est sorti à chaque fois ».

    Les arbres migrent, ce qui peut sembler paradoxal puisque ce qui différencie les plantes des animaux, c'est leur incapacité à bouger, à fuir un danger... Mais les arbres ont quelques alliés pour transporter leurs graines, les glands en l'occurrence : des oiseaux, des mammifères, les rivières et mêmes les humains qui se nourrissaient de glands. Cette migration est encore à l'œuvre aujourd'hui. On voit par exemple le chêne vert, présent en Méditerranée, se déplacer vers le nord. On le retrouve aussi le long de la côte Atlantique « mais juste sur deux ou trois kilomètres le long de la côte, où un microclimat lui permet de se maintenir. Quand vous regardez dans ces forêts-là, il migre vers l’intérieur, vers l’est, de manière assez vigoureuse. Parmi les espèces qui sont appelées à se développer numériquement dans le contexte du changement climatique, à cause de leur meilleure adaptation à la sécheresse, il y a notamment le chêne vert, et également le pin maritime ». Le problème, c'est que la vitesse du réchauffement climatique actuel, le seul provoqué par l'homme, est beaucoup plus rapide que la vitesse de migration du chêne. Des arbres disparaîtront, mais le chêne sera toujours là. Il y aura toujours des forêts, mais sûrement moins dans le sud…

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    3 min
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