Les Portugais éliront leur président le 8 février prochain, et c’est une première depuis 40 ans, il y aura un second tour. André Ventura du parti d'extrême droite Chega a obtenu 23,5 % des suffrages, mais le premier homme de l'élection, c'est le socialiste Antonio José Seguro. Avec 31,1% des suffrages, il a déjoué les pronostics des sondages. Sept points d’avance sur l’extrême droite, une surprise pour le socialiste. À 63 ans, les cheveux poivre et sel, ses lunettes enfoncées sur le nez, Antonio José Seguro est un revenant. « C'est un peu un outsider », explique Victor Pereira, historien et chercheur à l’université de Lisbonne. « C'est pas le candidat le plus évident, ce n'est pas un candidat historique. Il a eu quelques fonctions gouvernementales, mais dans des périodes extrêmement difficiles au Portugal. Ce sont les années de la troïka, des années où le Portugal est au plus bas économique », ajoute l’historien. À son arc, Antonio José Seguro a d'autres cordes, comme la présidence des jeunesses socialistes. Il est aussi très proche de l'actuel secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Le socialiste était son secrétaire d'État adjoint lorsque Antonio Guterres était Premier ministre du Portugal. Dix ans de traversée du désert Antonio José Seguro a aussi été député socialiste, puis sa carrière prend un tournant. « Entre 2011 et 2014, il a été secrétaire général du Parti socialiste et là il a été battu aux primaires en 2014 », rappelle Yves Léonard, historien, professeur à Science Po et spécialiste du Portugal. « Il est battu par celui qui va marquer de son empreinte les dix dernières années de la politique portugaise, à savoir, le socialiste Antonio Costa. Là commence la traversée du désert pour Antonio José Seguro ». Antonio Costa, qui succède à Seguro à la tête du Parti socialiste, avant d'être nommé Premier ministre puis de prendre la tête du Conseil européen. Après cette défaite, Antonio José Seguro se retire de la vie politique pendant une dizaine d'années. Mais il ne disparaît pas totalement de la vie publique. Pendant cette période, il enseigne les relations internationales à l'université autonome de Lisbonne, il apparaît comme éditorialiste politique sur la chaîne CNN Portugal, et il se lance aussi dans l'entrepreneuriat dans les secteurs de l'agroalimentaire, du tourisme et de l'agriculture. Il s'est même mis à produire du vin et de l'huile d'olive. En 2024, il fait son retour sur la scène politique et commence à évoquer une possible candidature à l'élection présidentielle de 2026. Et en juin 2025, il officialise son entrée dans la course. Un candidat que personne n’attendait Ce candidat que personne n'attendait a donc réussi à emporter 31 % des voix au 1ᵉʳ tour le 18 janvier dernier, grâce à une campagne modérée. « Je vais reprendre un slogan de campagne d'un homme politique français dans les années 80 : "La France tranquille", en l'occurrence le Portugal tranquille… il a joué sur une certaine tranquillité », décrypte Victor Pereira, historien et chercheur à l'Institut d'histoire contemporaine de l'université de Lisbonne. Face à André Ventura de Chega et ses sorties tonitruantes, Antonio José Seguro a joué la carte de la mesure. « Ce qui est intéressant, c'est que Seguro a toujours eu ce positionnement de modéré au sein du Parti socialiste, un Parti socialiste qui est lui-même modéré à l'échelle européenne. C'est pas un profil de révolutionnaire, de gauchiste, et de ce point de vue-là, il ne fait pas peur à un électorat de centre, de centre droit, voire de droite », analyse Victor Pereira. Et c'est cette posture qui fait de lui le favori pour le second tour, le 8 février prochain. L’enjeu de la poussée de l’extrême droite Antonio José Seguro l'a déclaré à plusieurs reprises, s'il est élu, il sera le président de tous les Portugais. Il se veut au-dessus de la politique partisane malgré son étiquette socialiste. Mais le grand enjeu après ces élections est ailleurs. « Il aura à composer et à essayer, dans la mesure du possible, de contenir l'ascension jusqu'ici assez fulgurante du parti Chega », anticipe le spécialiste du Portugal Yves Léonard. Cette campagne pour la présidence a surtout servi de rampe de lancement au parti d'André Ventura, dont l'objectif principal était avant tout d'accéder au second tour et d'unir la droite derrière lui, avant de prochaines échéances électorales. À lire aussiPrésidentielle au Portugal: vers un second tour entre les candidats socialiste et d'extrême droite
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