Épisodes

  • Les cotonculteurs africains réclament des subventions pour les pesticides
    Feb 3 2026

    Une quarantaine de cotonculteurs ouest-africains, venus de six pays du continent, se sont réunis pendant trois jours à Dakar. Objectif : mettre en commun les bonnes pratiques et échanger sur les défis partagés par la filière, entre fluctuation des volumes dans un contexte de changement climatique, lutte contre les ravageurs et difficulté de financer les intrants agricoles.

    De notre correspondante à Dakar,

    Autour de la table, des producteurs de coton du Burkina Faso, du Cameroun, du Mali, du Sénégal, du Tchad et du Togo. Du bilan de l’année écoulée ressort un constat commun : entre la pluviométrie erratique liée au changement climatique, l’insécurité dans de nombreuses zones et la pression des parasites, impossible de maintenir un rendement satisfaisant sans appui de l’État.

    Principal plaidoyer de l’Association des producteurs de coton africains (AProCA) : obtenir davantage de soutien financier des pays producteurs. « Il faut que l’État subventionne les intrants, estime Koussouwè Kouroufei, président de la Fédération des groupements de producteurs de coton du Togo et de l’AProCA, surtout les engrais et les pesticides qui sont tellement chers aujourd’hui, surtout avec l’apparition de ce jasside. C’est une augmentation qui n’était même pas dans notre compte d’exploitation, donc, aujourd’hui, si l’État ne fait pas quelque chose, le producteur ne s’en sortira pas ».

    À lire aussiFace à un contexte mondial défavorable, le coton africain en lutte pour sa survie

    Le jasside, un ravageur qui fait exploser les coûts de production

    Le jasside, du nom de cet insecte ravageur apparu en Afrique de l’Ouest début 2020, provoque des dégâts considérables sur le coton. Comme au Cameroun l’année dernière, seul pays où il n’y a pas de subventions aux engrais ou pour l’achat de pesticides. Résultat : un important manque à gagner, comme en témoigne Gilbert Dousselbe, producteur de coton sur 20 hectares au nord du Cameroun : « C’est vrai, la campagne 2024-2025 a beaucoup joué sur le rendement, car on a eu l’attaque des jassides et le produit qu’on a utilisé pour contrôler ces jassides a eu aussi un autre effet, car ça a tellement coûté cher. En plus, les rendements ont baissé, ça a beaucoup joué sur les recettes ».

    Des recettes en baisse, avec une production en recul de plus de 20 %.

    Le Sénégal, une exception grâce à l’appui de l’État

    Il y a cependant une exception dans ce climat morose : le Sénégal, avec une production qui a presque doublé, elle est passée de 12 000 à 20 000 tonnes cette année. La recette ? « C’est la relation entre les producteurs de coton et la société cotonnière, explique Moussa Sabaly, producteur dans la région de Kolda, nous avons eu beaucoup de difficultés mais le gouvernement nous a soutenu et nous avons pu obtenir des intrants de qualité, à bon prix et à bonne date. L’État nous a soutenu sur le prix ».

    Dans un manifeste publié à l’issue de la réunion, les 15 pays membres de l’Association des producteurs de coton africains appellent les États à soutenir une filière particulièrement fragilisée, en facilitant l’accès à des intrants agricoles à des prix abordables et à du matériel de qualité, avec un objectif : produire au moins une tonne par hectare d’ici 2030.

    À lire aussiLes cotonniers africains sur le qui-vive refusent d'être déclassés

    Voir plus Voir moins
    2 min
  • Ghana: après des années chaotiques, le secteur pétrolier va-t-il connaître un second souffle?
    Feb 2 2026

    Après quatre ans d'arrêt, la seule raffinerie de pétrole publique du Ghana a finalement recommencé ses activités en décembre 2025. Une annonce précédée plus tôt dans l'année par des promesses d'investissements chiffrées à plus de trois milliards de dollars dans l'exploration et le forage. Au cœur de la stratégie de l'administration de John Dramani Mahama : la reconstruction de la confiance avec les géants du secteur, après des années de déclin.

    De notre notre correspondant à Accra,

    Un rendement en mesure de couvrir 40% des besoins en carburant du Ghana : voici ce que devrait permettre de produire la raffinerie de pétrole de Tema, selon les estimations de Kodzo Yaotse, responsable pétrole et énergie conventionnelle à l'Africa Centre for Energy Policy. De quoi soulager les finances du pays – le carburant représentant le premier poste d'importation du Ghana –, mais pas seulement.

    « C'est une très bonne nouvelle pour sa contribution à la sécurité énergétique du pays, spécifiquement en réduisant la dépendance énergétique en importation de produits raffinés. Mais également dans la constitution de réserves stratégiques de carburants essentiels à un niveau national », explique Kodzo Yaotse.

    D'une production de 28 000 barils raffinés par jour, la raffinerie de Tema espère presque doubler sa production dans un futur proche. Encore faut-il, selon Kodzo Yaotse, que la seule raffinerie administrée par l'État ghanéen ne retombe pas dans les travers qui ont conduit à sa fermeture, quatre ans plus tôt : « Accumulation de dettes chroniques, exposition à la volatilité des prix du pétrole brut, manque de devises étrangères ou encore mauvaise gestion généralisée au sein de l'entreprise... Depuis la reprise en main par le nouveau gouvernement, nous n'avons pas vu de stratégie accessible au public qui montre que ces problèmes ont été résolus de manière durable. »

    À lire aussiPétrole: au Ghana «l'objectif, c'est de produire jusqu'à la dernière goutte»

    « La rhétorique doit être suivi d'actes »

    En plus de l'arrêt de la raffinerie de Tema, le Ghana a par ailleurs connu, ces huit dernières années, une absence d'investissements majeurs dans l'exploration et le forage de pétrole brut. Des erreurs stratégiques auraient été commises par la précédente administration. « Ce qu'ils essayaient de faire, c'était d'optimiser les gisements en déclin, beaucoup moins de mener de nouvelles explorations. Donc d'exploiter la ressource jusqu'à la dernière goutte plutôt que de la faire grandir », avance Bright Simons, analyste au think tank ghanéen Imani.

    Résultat : la production de pétrole brut n'a fait que décliner depuis cinq ans, passant de 71 millions de barils environ en 2019 à seulement 48 millions en 2024. Une trajectoire que le président actuel du Ghana, John Dramani Mahama, entend bien changer. En septembre 2025, le gouvernement ghanéen a par exemple annoncé la signature d'un mémorandum d'intention de 1,5 milliard de dollars avec la major italienne ENI. Mais, d'après Bright Simons, le chemin est encore long avant de pouvoir en tirer réellement profit :

    « La rhétorique doit être suivie d'actes. Aujourd'hui, il y a un manque de coordination au niveau gouvernemental qui doit être adressé afin de pouvoir provoquer de réelles débouchées commerciales, et ainsi attirer encore plus d'investissements. »

    À lire aussiLe Ghana annonce le redémarrage de la raffinerie publique de pétrole de Tema

    Voir plus Voir moins
    3 min
  • En Afrique du Sud, la guerre du tabac est déclarée avec le géant British American Tobacco
    Feb 1 2026

    Le groupe British American Tobacco (BAT) menace de fermer sa seule usine de production sud-africaine. BAT se dit victime du marché illégal de cigarettes dans le pays ; l'entreprise estime qu'il représente environ 75% du marché. Seulement, derrière ce possible retrait du sol sud-africain, certains acteurs du secteur y voient surtout une manœuvre commerciale.

    Selon British American Tobacco, le marché du tabac sud-africain est aujourd'hui dominé à 75% par le commerce illégal de cigarettes. « On nous a longtemps promis des changements, mais rien n'est fait. Et aujourd'hui, nous avons tout simplement atteint un point où nous ne sommes plus en mesure de desservir un marché qui n'existe pas », se défend Johnny Moloto, en charge de la région Afrique subsaharienne pour l'entreprise. Seulement, dans son communiqué, BAT annonce passer à un modèle d'importation.

    La multinationale souhaite donc quitter l'industrie sud-africaine, mais pas son marché. Une situation incompréhensible pour Sinen Mnguni, président de FITA, une coopération d'acteurs du tabac créée en 2012 pour faire face aux grandes entreprises du secteur :

    « Si vous n'êtes pas satisfait des règles, pourquoi produire à l'étranger pour ensuite importer en Afrique du Sud ? En fin de compte, ils licencient des employés en Afrique du Sud et souhaitent désormais avoir le moins de relations possible avec les autorités sud-africaines. Tout en faisant en sorte que la réglementation soit si stricte pour les acteurs locaux et qu'il leur sera impossible de faire des affaires. Ils veulent renforcer leur contrôle à tel point que les acteurs locaux ne puissent plus les concurrencer. »

    Un coup de bluff de British American Tobacco ?

    La situation illustre le combat entre petits producteurs et multinationales. Quelques jours après l'annonce par BAT de la fermeture de son usine fin 2026, plusieurs médias sud-africains révèlent qu'en parallèle, l'entreprise a racheté plus de 100 000 de ses propres actions.

    « Le cœur de cette histoire, c'est surtout l'intérêt des actionnaires, décrypte le professeur Lekan Ayo-Yusuf, directeur du Centre africain pour la surveillance de l'industrie du tabac, mais ils utilisent désormais la question du commerce illicite pour forcer le gouvernement à négocier et à les aider à retrouver une place dominante, puisqu'ils ne sont pas en mesure de battre leurs concurrents sur le marché… Vous savez, BAT est une entreprise très rusée. Par exemple : BAT est désormais le plus grand détenteur de parts de marché dans le domaine des cigarettes électroniques. Ils pourraient alors tenter d'utiliser ce problème de commerce illicite, qui concerne les cigarettes traditionnelles, pour faire pression sur le gouvernement et obtenir une exemption des restrictions publicitaires ou des taxes sur les cigarettes électroniques, tout ça pour compenser leurs pertes liées au tabac. »

    Le professeur utilise l'expression « faire pression », parce que BAT parle maintenant de continuer sa production locale si la part du commerce illicite chute drastiquement en Afrique du Sud.

    À lire aussiLe tabac: histoire d'un produit populaire devenu un problème de santé publique

    Voir plus Voir moins
    2 min
  • En Éthiopie, la réforme fiscale fait grincer des dents les petits commerçants
    Jan 29 2026

    En juillet 2025, le Parlement éthiopien a adopté une importante réforme fiscale. Objectif : moderniser son système de collecte de l'impôt pour augmenter les recettes de l'État. Six mois après son entrée en vigueur, les conséquences de cette révision se font sentir auprès des petits commerçants, auxquels les autorités demandent toujours plus de taxes.

    Avec notre correspondante à Addis-Abeba,

    La file de clients ne désemplit pas devant l'épicerie d'Assefa. À l'angle d'un chemin escarpé du quartier de Kotebe, à Addis-Abeba, le commerçant vend depuis quatre ans des produits du quotidien comme l'huile, le sucre ou des légumes. Mais cette année, Assefa est amer : les taxes exigées par les autorités d'Éthiopie ont explosé.

    « Cette année, j'ai payé entre 25 000 et 30 000 birrs de taxes. L'année dernière, on m'a demandé entre 3 000 et 5 000 birrs. Quand j'ai vu ça, j'étais dévasté. Ca m'a beaucoup stressé. Le gouvernement ne nous aide vraiment pas avec cette politique, ça détruit les petits business. On ne peut pas payer ces sommes et en même temps bien gagner notre vie », confie-t-il.

    Assefa fait partie des nombreux propriétaires de petites entreprises étranglés par les taxes. Car pour atteindre l'objectif ambitieux de recettes de 1 200 milliards de birrs éthiopiens, fixé pour le dernier exercice fiscal, les autorités ont besoin de collecter toujours plus d'argent. Les PME exerçant dans le système formel sont les premières touchées, explique Hayat Fedlu, économiste et rédactrice pour Business Review Magazine.

    « La plupart des petites entreprises opèrent dans le secteur informel. À cause de cela, l'État éprouve des difficultés à percevoir des recettes fiscales. Le système s'est donc focalisé à tort sur les cibles faciles, à savoir les petites entreprises déclarées », détaille-t-elle.

    Encourager la formalisation

    À l'origine de cette situation, on retrouve la révision du système fiscal éthiopien, en vigueur depuis six mois. « La dernière réforme de l'impôt sur le revenu a introduit un nouveau mécanisme d'imposition des petites entreprises, basé sur le chiffre d'affaires annuel », décrypte Edris Seid, économiste spécialiste de la fiscalité. « Or, j'ai constaté que certaines entreprises sont surtaxées simplement parce qu'elles sont sous la surveillance des agents du fisc. Lorsque ces agents sont chargés de recouvrer des impôts supplémentaires, ils s'en prennent généralement aux entreprises formelles qui paient déjà leur juste part », poursuit-il.

    Pour l'économiste, des solutions existent pour rendre ce changement moins brutal auprès des petits commerçants : « Le gouvernement doit faciliter quelque peu l'enregistrement ou la formalisation, afin de leur permettre d'intégrer l'économie formelle. Ce qui lui permettra de collecter davantage d'impôts. » Les montants, jugés exorbitants par les commerçants et exigés par les autorités font partie, des raisons qui ont poussé à l'expiration de plus de 80% des licences commerciales en 2025.

    À lire aussiL'économie informelle en Afrique

    Voir plus Voir moins
    2 min
  • Port de Berbera: convoitises autour du «balcon sur le Bab el-Mandeb»
    Jan 28 2026
    Mi-janvier, la Somalie, en conflit diplomatique avec les Émirats arabes unis, a annoncé annuler tous les accords avec Abou Dhabi. Parmi eux, Mogadiscio vise notamment le contrat d’exploitation du port de Berbera, opéré par DP World au Somaliland. Hargeisa et l’opérateur émirien ont réfuté la compétence de Mogadiscio sur ce port. Un port au cœur d'enjeux croisés. Cette sortie de Mogadiscio est la dernière en date d’une longue série. En 2024 déjà, un accord avec l'Éthiopie devant lui permettre un accès à la mer suscitait une levée de boucliers de la part de la Somalie. À lire aussiL’Éthiopie signe un accord avec le Somaliland pour avoir accès à la mer Pour Yann Alix, spécialiste des infrastructures portuaires africaines, ces frictions révèlent l’enjeu stratégique du port de Berbera : « Aujourd'hui, dans la lecture géopolitique que l'on peut faire sur l'exploitation des trafics de conteneurs dans la Corne d'or, c'est cette mise en avant, évidemment, de l'importance géostratégique et géoéconomique des terminaux à conteneurs dans le fonctionnement socio-économique des nations et de toute la Corne d'or. » Le gérant de la fondation Sefacil rappelle : « On l'avait déjà vu avec Djibouti et le litige qu'ils avaient avec DP World. Et donc effectivement, ce sont des assets stratégiques qui sont de plus en plus exposés, finalement, à la turbulence géopolitique du monde que l'on vit aujourd'hui. » Berbera suscite l’intérêt du fait notamment de sa position géographique, aux portes du canal de Suez. « Berbera est comme un balcon sur un énorme corridor maritime, ce balcon sur le Bab el-Mandeb est incontournable », décrit Ali Hojeij, avocat d’affaires, spécialiste des infrastructures portuaires en Afrique. Berbera, en chiffres, c’est aujourd’hui « à peu près 1 050 mètres de quais, dont un nouveau quai conteneur de 400 mètres, un tirant d'eau de 17 mètres, et une capacité annuelle moyenne d'EVP, donc pour les conteneurs, on est aujourd'hui à 500 000 en moyenne ». À lire aussiSomaliland: le port de Berbera au cœur des tensions entre la Somalie et les Émirats arabes unis DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars Depuis sa prise opérationnelle en 2017, DP World revendique avoir fait progresser le volume de cargo de 35 %. Le Somaliland importe l’essentiel de sa consommation par Berbera : principalement des produits alimentaires, des produits pétroliers, des matériaux de construction et tous types de machines et d’équipements. Un accès vital pour son approvisionnement, mais également stratégique pour l’entrée des devises. Spécificité : Berbera s’est imposé dans la région sur le segment de l’exportation de bétail sur pied, c'est-à-dire moutons, chèvres et vaches, mais aussi chameaux. « Il a une capacité de bétail qui est aujourd'hui d'environ 4 millions de têtes par an pour les terminaux spécialisés. Et si on observe au-delà de la question bétail, qui, en effet, est essentielle non seulement pour le Somaliland, mais aussi pour l’hinterland de l'Éthiopie, on voit de manière plus globale en termes de performance que les ports de Berbera et de Djibouti, bien sûr, qui est plus grand que celui de Berbera, sont quand même devant Mombasa », souligne Ali Hojeij. En 2024, l’exportation a rapporté plus d’un demi-milliard de dollars au Somaliland, en augmentation de 20 % sur un an. Pour tenir le rythme, à terme, DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars dans les infrastructures portuaires de Berbera. À lire aussiLe port de Berbera au centre de l'accord entre l'Éthiopie et le Somaliland
    Voir plus Voir moins
    3 min
  • Guinée: orpailleur artisanal, une profession à haut risque
    Jan 27 2026

    Dans la préfecture de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, région riche en or, l’orpaillage artisanal est l’activité économique qui emploie le plus. Selon des estimations, plus de 200 000 personnes en tirent un revenu direct. Mais, cette activité présente des risques. Régulièrement, des puits s’effondrent sur les mineurs. Les sites d’orpaillage bénéficient certes de l’assistance de la Croix-Rouge pour les secours, mais cela ne suffit pas toujours.

    De notre envoyé spécial à Siguiri,

    Au fond de son puits d’une dizaine de mètres, Sidiki remplit des seaux de boue et de roches qu’il a extraites avec sa pioche. Quand le seau est plein, il est remonté avec une corde par des personnes restées à la surface. Si les orpailleurs ont de la chance, ils y trouveront de la poussière d’or. Sidiki remonte à la surface, ses vêtements sont recouverts de boue, son visage aussi. Il a une quarantaine d’années, cela fait vingt ans qu’il est mineur, et il a déjà connu un accident.

    « C’est un travail difficile, témoigne le mineur. J’ai déjà vu un éboulement sur d’autres mineurs. Et moi, ça m’est aussi arrivé une fois : j’étais dans le puits, j’ai cherché à me lever, il y a eu un bruit puis ça s’est effondré. J’ai crié et cinq personnes sont venues m’aider : ils ont creusé pour enlever la terre et j’ai pu sortir. Mon corps était entièrement enseveli, sauf ma tête. J’ai eu de la chance. » Et même s’il a vécu cet épisode traumatisant, il continue à descendre. « Malgré ça, je n’ai pas peur. Je n’ai pas d’autre travail donc je continue de faire ça pour nourrir ma famille », explique-t-il.

    « Il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé »

    Mounir, lui, reste à la surface pour remonter les seaux. Il a 18 ans, il était chauffeur, mais un accident lui a causé des problèmes de vue, alors il travaille ici depuis deux ans. Quand il a débuté, il descendait dans les puits, mais il a arrêté à cause du danger que cela représente. « C’est très profond, c’est obscur et on a du mal à respirer quand on est au fond. J’ai déjà vu un éboulement, tout s’est effondré sur le creuseur. Les autres ont pu le sortir, il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé. Ses hanches sont abîmées, il ne peut plus marcher normalement. Depuis, ça me fait peur. Même si on gagne plus d’argent quand on descend, je ne veux plus le faire », détaille Mounir.

    Souvent, les accidents se produisent à cause de négligences. « Généralement, c’est lorsque les consignes de sécurité ne sont pas appliquées », déplore M’Bemba Bayo, le président de la Croix-Rouge dans la préfecture de Siguiri. « Là où on creuse et qu’il y a faille, les traditionnels sont informés et ils interdisent et balisent la zone pour interdire l’accès au site. Mais si vous ne respectez pas les consignes de sécurité et que vous descendez en l’absence des chefs traditionnels, s’il y a effondrement, c’est que vous n’avez pas respecté », détaille-t-il.

    En cas d’effondrement, la Croix-Rouge aide les orpailleurs à sortir les victimes, à leur appliquer les premiers soins et à les évacuer vers un centre de santé. Malgré ces risques, le cours élevé de l’or incite toujours plus d’orpailleurs à creuser le sol pour en trouver.

    À lire aussiRemède à la misère pour certains, l’or transforme en profondeur la société guinéenne

    Voir plus Voir moins
    2 min
  • En Tunisie, les agricultrices à la conquête de la propriété et des marchés
    Jan 26 2026

    Comment aider les Tunisiennes à devenir propriétaires de leurs terres agricoles ? Elles représentent 80 % de la main-d'œuvre agricole, mais seulement un quart d'entre elles tiennent une exploitation. Pour les aider à se mettre à leur propre compte, ou à acheter leurs terres, ces dernières années, des programmes leur viennent en aide. Grâce à des bailleurs de fonds ou des financements étatiques, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer.

    Derrière son stand bien achalandé, Dhekra Ben Salah présente fièrement son huile d'olive. Elle a fait le déplacement depuis le Kef, au nord de la Tunisie, pour faire découvrir son travail à l'occasion d'un événement à Tunis. Le résultat d'un labeur acharné pour cette ingénieure agronome reconvertie à l'agriculture. « J’ai planté dix hectares d’olives de la variété Chetoui », explique-t-elle.

    C’est grâce à un prêt foncier, « une opportunité que donne l’État pour les ingénieurs agronomes », qu’elle a pu se lancer. Un prêt sur 25 ans avec un taux d’intérêt à 3 %, une aubaine pour elle qui a toujours voulu revenir sur sa terre natale après des années passées à l’étranger. Malgré ce coup de pouce, les difficultés restent nombreuses, notamment pour « la vente en ligne, la visibilité ou le financement. Par exemple, pour exporter un produit, il faut avoir certaines certifications, telles que le bio qui coûte au minimum 4 000 dinars par an ».

    Des collectifs pour s'entraider

    Cela représente un budget considérable pour ces agricultrices-entrepreneuses qui partent souvent de rien. Comme Meriem Majdi, qui tient un collectif d'agricultrices à Sidi Bouzid, au centre-ouest tunisien. « Au début, on n’avait pas grand-chose, à part le savoir-faire lié au bois d’olivier », raconte-t-elle tout en se prenant en photo avec des représentants étrangers sur son stand. « On s'est organisées à plusieurs pour s'entraider et aussi créer plusieurs produits de la région. On a participé à des formations et on a réussi à se rendre plus visibles. Et après une visite organisée par l'Organisation internationale du travail en Afrique, on a commencé à participer à des foires africaines et maintenant, nous avons un réseau. »

    Aujourd’hui, avec trente femmes de la région, Meriem Majdi exporte de l’huile d’olive et du bois d’olivier vers la Côte d’Ivoire et le Kenya. Cette constitution en collectif leur permet aussi de sortir du travail informel et de constituer des entreprises durables. Un élan important pour ces femmes qui représentent près de 50 % de la population rurale active.

    À lire aussiEn Tunisie, les femmes apportent un nouveau souffle au secteur de l'olive

    Voir plus Voir moins
    2 min
  • RDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23
    Jan 25 2026

    Les rebelles du M23 contrôlent plusieurs gisements stratégiques et font transiter les minerais par le Rwanda, un moyen clé de financement du conflit. C’est notamment le cas des mines de Rubaya, situées à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, qui fourniraient entre 15 et 20 % du coltan mondial et restent toujours sous le contrôle du M23.

    Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux gravissent les collines de Rubaya, pelles et pioches en main, dans l’espoir de trouver sous terre de précieux fragments de coltan. Les équipes de jour et de nuit se relaient sans interruption sur ces sites hautement convoités.

    Le M23 y prélève des taxes importantes : 50 000 francs congolais par jour et par puits. Une spoliation organisée qui se poursuit, selon Jean-Pierre Okenda, directeur de l’ONG congolaise La Sentinelle des ressources naturelles. « La guerre, c’est l’argent, et l’argent, ce sont les mines de Rubaya. En réalité, c’est l’essentiel du budget du M23, compte tenu de l’importance du gisement et de la qualité du coltan. Rubaya reste l’épicentre de cette guerre et permet de ravitailler suffisamment le M23, et bien entendu le Rwanda », explique-t-il.

    À lire aussiEst de la RDC: les minerais des Kivus entre économie, géopolitique et insécurité (rfi.fr)

    Une contrebande de minerais avérée

    Une fois extraits, les minerais sont vendus à des négociants, qui s’acquittent eux aussi d’un agrément annuel auprès du M23. Le coltan est ensuite confié à des transporteurs qui l’acheminent jusqu’à Mubambiro, près de Goma, avant de franchir la frontière rwandaise.

    À ce stade, les minerais sont mélangés à d’autres productions, ce qui rend leur traçabilité quasi impossible. Des fraudes documentées par le programme ITSCI, chargé de promouvoir des chaînes d’approvisionnement responsables. Son directeur, Mickaël Daudin, pointe des incohérences. « Prenons l’exemple du Rwanda. Nous avons mis en place des contrôles efficaces au niveau local et constatons que, sur l’année 2025, les données de production tracées sont restées stables. En revanche, si l’on observe les statistiques internationales, on note une très forte augmentation des importations, en particulier de tantale, en provenance du Rwanda », souligne-t-il.

    Des gisements dans l'accord USA-RDC ?

    Les mines de coltan de Rubaya figurent aujourd’hui sur la liste des projets proposés par la RDC aux États-Unis dans le cadre d’un accord sur les minerais stratégiques. Le pari de Kinshasa : attirer l’intérêt américain pour sécuriser la zone. Un espoir que tempère Jean-Pierre Okenda. « On peut considérer cet accord comme un échange minerais contre sécurité. Kinshasa nourrit beaucoup d’attentes, car les minerais sont la clé de voûte de tout le système. Il y a clairement une volonté des États-Unis de contrer la Chine en RDC. Mais il faut relativiser : une exploitation industrielle n’est pas possible sans une pacification durable de la région », avertit-il.

    Récemment, le groupe suisse Mercuria et un fonds d’investissement américain ont annoncé des investissements pour moderniser l’extraction à Rubaya. Un effet d’annonce, selon plusieurs experts, qui estiment que le Rwanda ne renoncera pas à l’exploitation de ces ressources sans garanties solides.

    À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?

    Voir plus Voir moins
    2 min